Le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, effectue ce lundi 18 mai 2026 un déplacement à Alger, une visite qui illustre le récent dégel des relations diplomatiques entre la France et l’Algérie. Selon Franceinfo - Politique, cette mission s’inscrit dans la continuité des échanges engagés par Laurent Nunez, ministre de l’Intérieur, et Alice Rufo, ministre déléguée aux Armées, ainsi que par le retour à Alger de l’ambassadeur français Stéphane Romatet. Pourtant, ce rapprochement suscite des critiques virulentes de la part de la droite et de l’extrême droite, qui dénoncent une diplomatie jugée trop conciliante.
Ce qu'il faut retenir
- Gérald Darmanin se rend en Algérie ce 18 mai 2026 pour un déplacement diplomatique officiel.
- Ce déplacement s’ajoute à ceux de Laurent Nunez et Alice Rufo, ainsi qu’au retour de l’ambassadeur Stéphane Romatet à Alger.
- La droite et l’extrême droite critiquent ce réchauffement, accusant la France de « diplomatie de la courbette » ou de « politique des bons sentiments vouée à l’échec ».
- Quelque 900 000 Algériens vivent en France, tandis que plus d’un million de Français ont un parent algérien, et trois millions sont binationaux.
- La renégociation de l’accord franco-algérien sur la circulation et le séjour des ressortissants algériens, signé en 1968, est bloquée depuis 15 ans.
Un déplacement diplomatique dans un contexte de tensions électorales
La visite de Gérald Darmanin à Alger intervient alors que les relations entre la France et l’Algérie connaissent un net réchauffement. Selon Franceinfo - Politique, cette dynamique s’appuie sur une série d’initiatives récentes : le retour de l’ambassadeur français à Alger en février 2026, puis les déplacements de Laurent Nunez et Alice Rufo au cours des semaines précédentes. Pourtant, cette ouverture est immédiatement contestée par les partis de droite et d’extrême droite, qui y voient une faiblesse diplomatique.
Le Rassemblement National (RN) et Les Républicains (LR) multiplient les attaques. Laurent Jacobelli, porte-parole du RN, dénonce « la diplomatie de la courbette » de la France, tandis que Bruno Retailleau, président des Républicains et ancien ministre de l’Intérieur, accuse Paris de s’être « couchée face à l’Algérie ». Ces critiques, bien que virulentes, restent floues quant à leur proposition alternative : aucun de ces partis ne précise jusqu’où ils seraient prêts à aller dans la rupture des relations avec Alger s’ils arrivaient au pouvoir.
Deux visions opposées : l’électoralisme contre l’Histoire
Pour la droite et l’extrême droite, le dossier algérien est avant tout un outil électoral. « On espère bien faire du sujet algérien une rente électorale pour la présidentielle », analyse Franceinfo - Politique. Leurs discours reposent sur une rhétorique martiale, dénonçant « le pouvoir algérien qui insulte la France matin, midi et soir » ou qualifiant la politique française de « bons sentiments voués à l’échec ». Pourtant, cette approche ne propose aucun plan concret pour résoudre les contentieux persistants entre les deux pays.
À l’inverse, une approche historique reconnaît la complexité du dossier. Avec 132 ans de présence française en Algérie, une guerre d’indépendance achevée en 1962 après un conflit meurtrier, et une proximité géographique évidente, les relations franco-algériennes ne peuvent être réduites à une simple question de fermeté. Comme le souligne l’éditorialiste Renaud Dély, cité par Franceinfo - Politique, « impossible de traiter ce dossier sans tenir compte du poids de l’Histoire ». Les liens humains entre les deux peuples, notamment à travers les 900 000 Algériens résidant en France, les plus d’un million de Français ayant un parent algérien, et les trois millions de binationaux, rendent le dialogue indispensable.
L’accord de 1968, symbole des blocages persistants
Parmi les sujets de tension récurrents, l’accord franco-algérien sur la circulation et le séjour des ressortissants algériens, signé en 1968, cristallise les frustrations. La France réclame sa renégociation depuis 15 ans, sans succès. Alger fait la sourde oreille, et Paris peine à imposer son agenda. « Plutôt que de rejouer symboliquement la guerre d’Algérie, des deux côtés de la Méditerranée, le dialogue s’impose, dans l’intérêt des deux pays », rappelle Franceinfo - Politique.
Les critiques de la droite et de l’extrême droite, qui agitent régulièrement la menace de supprimer les visas pour faire pression, ignorent cependant la réalité des leviers diplomatiques. Une rupture unilatérale des accords aurait des conséquences immédiates sur les trois millions de binationaux et les familles concernées des deux côtés de la Méditerranée. Autant dire que la fermeté affichée pourrait se retourner contre ceux qui la prônent.
« La dénonciation de l’accord de 1968 est devenue un leitmotiv des partisans de "la fermeté". Sauf que la France réclame sa renégociation depuis 15 ans. En vain, le pouvoir algérien fait la sourde oreille. Et pour discuter, il faut être deux. »
Un réchauffement diplomatique malgré les critiques
Malgré les attaques de la droite et de l’extrême droite, les signes d’un réchauffement des relations franco-algériennes se multiplient. Le retour de l’ambassadeur Stéphane Romatet à Alger en février 2026, puis les déplacements ministériels récents, en sont les illustrations les plus tangibles. Pour Franceinfo - Politique, cette dynamique répond à une nécessité géopolitique et humaine : les deux pays partagent une histoire commune complexe, mais aussi des intérêts stratégiques indéniables.
Les critiques de LR et du RN s’inscrivent dans une logique électoraliste, où l’Algérie sert de faire-valoir pour mobiliser un électorat nostalgique d’une « France forte ». Pourtant, cette posture ne propose aucune solution concrète aux défis concrets, comme la gestion des flux migratoires ou la protection des ressortissants binationaux. À l’inverse, le gouvernement français semble privilégier une approche pragmatique, même si elle est contestée par une partie de l’opposition.
En toile de fond, la présidentielle de 2027 pourrait rebattre les cartes. Si la droite ou l’extrême droite accède au pouvoir, leur politique vis-à-vis de l’Algérie risque de se radicaliser, au risque de fragiliser les relations bilatérales. En attendant, le gouvernement français tente de maintenir un équilibre délicat entre fermeté et dialogue, dans un contexte où les émotions historiques et les calculs politiques s’entremêlent.
Selon Franceinfo - Politique, Alger utilise cet accord comme un levier politique pour obtenir des concessions de la France, notamment en matière de repentance historique et de réparations symboliques. Le pouvoir algérien considère que la France n’a pas suffisamment reconnu les crimes coloniaux, et refuse de négocier sans avancées de Paris sur ce sujet. Cette position est partagée par une partie de l’opinion publique algérienne, ce qui limite la marge de manœuvre du gouvernement algérien.