Les avocates de la famille de Mourad Zeghidi, ancien commentateur sportif sur Canal+ et journaliste franco-tunisien actuellement incarcéré en Tunisie, ont annoncé ce lundi 8 juin 2026 le début d’une grève de la faim. Cette initiative vise à alerter sur « l’extrême gravité » de sa situation, a indiqué Mes Louise El Yafi et Inès Davau, ses représentantes légales à Paris. Le journaliste purge une peine de trois ans et demi de prison, confirmée en appel mi-mai 2026, dans un contexte dénoncé comme une atteinte à la liberté de la presse.

Ce qu'il faut retenir

  • Mourad Zeghidi, ancien chroniqueur sportif sur Canal+, est incarcéré en Tunisie depuis mai 2024 pour des déclarations jugées critiques envers le président Kais Saied.
  • Il a été condamné à trois ans et demi de prison, une peine confirmée en appel mi-mai 2026 malgré les critiques des organisations de défense des droits humains.
  • Sa famille a lancé une grève de la faim pour exiger sa libération immédiate et dénoncer plus de deux années de privation de liberté liée à son métier de journaliste.
  • Les avocates du journaliste accusent les autorités tunisiennes d’utiliser « l’apparence de la procédure judiciaire » pour neutraliser une parole indépendante.
  • La France est appelée à se mobiliser « avec la plus grande fermeté » pour obtenir sa libération, tandis que des organisations internationales sont invitées à agir.

Une grève de la faim pour dénoncer une détention jugée arbitraire

La grève de la faim engagée par la famille de Mourad Zeghidi s’inscrit dans un combat pour sa libération, alors que le journaliste franco-tunisien cumule plus de deux années de détention. Ses avocates, Mes Louise El Yafi et Inès Davau, ont souligné dans un communiqué diffusé lundi que cette action visait à « dénoncer plus de deux années de privation de liberté en raison de l’exercice de son activité de journaliste ». Selon elles, la grève traduit « l’impasse dans laquelle se trouve aujourd’hui Mourad Zeghidi », dont la situation est qualifiée d’« extrêmement grave ».

L’ancien commentateur sportif de Canal+ avait été incarcéré en mai 2024 après des déclarations à la radio et à la télévision jugées critiques envers le président tunisien Kais Saied. Condamné initialement à huit mois de prison, il avait été libéré en janvier 2025, mais de nouvelles poursuites pour « malversations financières présumées » avaient été engagées à son encontre. Celles-ci ont abouti à une condamnation confirmée en appel en mai 2026.

Une condamnation confirmée en appel malgré les critiques internationales

La cour d’appel de Tunis a confirmé mi-mai 2026 la peine de trois ans et demi de prison infligée à Mourad Zeghidi et à son confrère Borhen Bsaies, lui aussi journaliste. Cette décision a été largement condamnée par les organisations de défense de la liberté de la presse, à l’image de Reporters sans frontières, qui dénoncent un « harcèlement judiciaire » à l’encontre des deux hommes. Pour les avocates de Zeghidi, cette procédure judiciaire sert en réalité à « prolonger la privation de liberté d’un journaliste » et à « neutraliser l’exercice d’une parole indépendante ».

Le procès initial, comme la condamnation en appel, a été critiqué pour son manque de transparence et son instrumentalisation présumée. Les deux journalistes avaient été ciblés après avoir exprimé des critiques envers le pouvoir en place, une pratique qui, selon les défenseurs des droits humains, s’inscrit dans une tendance plus large de restriction de la liberté d’expression en Tunisie. « La liberté de la presse se trouve directement menacée lorsque l’apparence de la procédure judiciaire sert, en réalité, à prolonger la privation de liberté d’un journaliste », ont rappelé Mes El Yafi et Davau.

La famille et les avocats appellent à une mobilisation internationale

Face à l’aggravation de la situation de Mourad Zeghidi, sa famille a lancé un appel urgent aux autorités tunisiennes pour qu’elles « mettent fin à cette détention et procèdent à sa libération immédiate ». Dans leur communiqué, les proches du journaliste ont également demandé à la France de « se mobiliser sans délai et avec la plus grande fermeté » en sa faveur. « Les organisations de défense des journalistes, les médias et l’ensemble des défenseurs des droits humains » sont également invités à se mobiliser « sans délai » pour soutenir sa cause.

Cette mobilisation s’inscrit dans un contexte où la Tunisie est régulièrement pointée du doigt pour son recul démocratique et ses restrictions croissantes à l’encontre des voix critiques. Le cas de Zeghidi illustre, selon ses défenseurs, une stratégie de criminalisation des journalistes indépendants, où les poursuites judiciaires se multiplient pour des motifs souvent flous, comme des accusations de malversations financières. « C’est une tactique classique pour faire taire ceux qui dérangent », a expliqué l’une de ses avocates.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront des réactions des autorités tunisiennes et de la pression internationale exercée sur Tunis. Une grâce présidentielle, bien que possible, reste incertaine, d’autant que le pouvoir en place a jusqu’ici montré peu d’empressement à libérer les journalistes emprisonnés. La mobilisation des organisations internationales, comme Reporters sans frontières ou l’Union européenne, pourrait jouer un rôle clé dans les semaines à venir. Pour sa part, la famille de Mourad Zeghidi a indiqué qu’elle maintiendrait sa grève de la faim « jusqu’à obtenir des garanties concrètes pour sa libération ».

Un cas symptomatique des tensions autour de la liberté de la presse

Le cas de Mourad Zeghidi s’ajoute à une liste croissante de journalistes et défenseurs des droits humains emprisonnés ou poursuivis en Tunisie. Depuis plusieurs années, le pays a vu se durcir les conditions d’exercice du journalisme, avec des arrestations arbitraires, des fermetures de médias indépendants et des condamnations judiciaires jugées politiquement motivées. En 2022, Reporters sans frontières classait la Tunisie au 121e rang sur 180 pays dans son classement mondial de la liberté de la presse, un recul de 20 places par rapport à l’année précédente.

Cette tendance s’inscrit dans un contexte plus large de recul démocratique dans la région, où plusieurs pays ont renforcé leur contrôle sur les médias et les oppositions. Pour les défenseurs de la liberté de la presse, le cas de Zeghidi illustre les risques encourus par ceux qui osent critiquer le pouvoir, même depuis l’étranger. « Quand un journaliste est emprisonné pour ses prises de parole, c’est toute la société qui en paie le prix », a rappelé une porte-parole de Reporters sans frontières.

La situation de Mourad Zeghidi rappelle également celle d’autres journalistes franco-tunisiens ou étrangers détenus dans des conditions similaires, comme Christophe Gleizes, un journaliste français actuellement emprisonné en Algérie après avoir été condamné pour espionnage. Ces affaires soulèvent des questions sur le rôle des diplomaties européennes dans la protection de leurs ressortissants et de leurs alliés locaux.

Mourad Zeghidi a été incarcéré en mai 2024 après avoir tenu des propos jugés critiques envers le président tunisien Kais Saied lors d’émissions radio et télévisées. Ces déclarations ont été qualifiées de diffamatoires ou de subversives par les autorités, entraînant son arrestation puis une condamnation à trois ans et demi de prison, confirmée en appel en mai 2026.

Initialement condamné à huit mois de prison pour ses déclarations, Mourad Zeghidi a vu sa peine alourdie en raison de nouvelles accusations de « malversations financières présumées ». Ces charges, selon ses avocats, relèvent d’une manœuvre judiciaire visant à prolonger sa détention et à museler son travail de journaliste.