Hacène L., 24 ans, sera jugé lundi 11 mai 2026 à Paris dans le cadre d'une audience dite PNACO (Parquet national anticriminalité organisée). Il est accusé d'avoir commandité, depuis sa détention, un assassinat à Marseille en juin 2023. Selon BFM - Faits Divers, cette affaire révèle un profil atypique, celui d'un jeune homme qui revendique ouvertement son engagement dans la criminalité organisée.

Ce qu'il faut retenir

  • Hacène L., 24 ans, sera jugé le 11 mai 2026 à Paris pour avoir commandité un meurtre depuis sa cellule.
  • Il est mis en cause dans une tentative d’assassinat à Marseille en juin 2023, où aucun meurtre n’a finalement été commis.
  • Son casier judiciaire compte 15 mentions, et il a déjà reconnu avoir commandité d’autres meurtres depuis sa détention.
  • Il gère, selon ses déclarations, des points de deal à Marseille, Lorient et Avignon, avec des approvisionnements en Europe et en Colombie.
  • Une expertise psychiatrique le décrit comme présentant un trouble de la personnalité psychopathique, lié à des carences éducatives.
  • Il a reconnu avoir commandité des règlements de comptes depuis sa prison, affirmant maintenir son activité illicite « grâce aux téléphones et aux personnes de confiance à l’extérieur ».

Un réseau criminel piloté depuis la prison

Hacène L., incarcéré depuis mai 2021, est présenté comme un acteur central d’un réseau criminel organisé. Selon BFM - Faits Divers, il aurait déclaré aux magistrats instructeurs pouvoir « maintenir son activité illicite depuis la détention grâce aux téléphones et aux personnes de confiance qu’il pouvait avoir à l’extérieur ». Il affirmait que de jeunes tueurs, originaires de Grenoble, Lyon ou Paris, s’adressaient à lui pour des contrats. Les filles, quant à elles, servaient à récupérer les tueurs dans les gares.

Dans un courrier aux juges d’instruction, dont des extraits ont été transmis à la presse, il écrivait : « Mesdames, moi la criminalité je ne l’ai pas subie, je l’ai choisie afin de subvenir à mes besoins, personne ne m’a obligé à rien. Je savais dans quoi je m’engageais ». Il y reconnaissait également les faits « tout ouvertement, fièrement », non par orgueil, mais parce qu’il estimait avoir « une morale et tenait à assumer ses actes ».

Les faits reprochés : une tentative d’assassinat avortée à Marseille

Les événements remontent au 11 juin 2023, vers 4 heures du matin, lorsque le commissariat du 15e arrondissement de Marseille reçoit un appel anonyme. Un homme, incarcéré en Seine-et-Marne, déclare qu’un autre individu s’apprête à commettre un meurtre dans le cadre d’un règlement de comptes. Il précise être lui-même détenu au centre pénitentiaire de Réau et affirme avoir été contraint d’« envoyer quelqu’un tuer un gars ».

Les enquêteurs ont pu attribuer cet appel à Hacène L., alors âgé de 21 ans. Pourtant, l’opération criminelle a échoué avant même d’être menée à son terme. Un mineur de 17 ans, dont le prénom a été modifié (Anatole), avait été envoyé sur place la veille au soir pour accomplir la mission. Cependant, au moment des faits, il a croisé par hasard un individu étranger à l’affaire, déambulant dans la rue pour uriner. Pris de panique à la vue de l’arme remise par Hacène L., cet homme a tenté de désarmer Anatole, déclenchant une rixe qui a mis fin au projet criminel.

Un profil marqué par la violence et les carences éducatives

Les documents judiciaires révèlent un parcours chaotique. Enfant placé à la DASS dès l’âge de 13 ans, Hacène L. a commis un braquage à 15 ans, pour lequel il a été incarcéré en quartier mineurs. Après sa majorité, il s’est « recentré » sur le trafic de stupéfiants, selon ses propres termes. Son casier judiciaire compte 15 mentions, et il est également mis en examen dans un autre dossier pour avoir commandité un meurtre en 2024. Dans cette affaire, un mineur de 14 ans avait finalement tué un chauffeur VTC, Nessim Ramdane, qui n’était pas la cible initiale.

Me Laurène Hanna, son avocate, défend la thèse d’un homme en « profonde détresse émotionnelle ». Les expertises psychiatriques versées au dossier concluent à une altération, voire une abolition de son discernement au moment des faits. Elle souligne : « Il ne faut pas toujours se fier aux apparences. Mon client est incapable d’ôter la vie à quiconque, et l’instruction l’a démontré ».

Des déclarations inquiétantes et un réseau sous surveillance

Dans son courrier aux juges, Hacène L. se montre provocateur. Il indique que son transfert dans un quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) « ne changerait rien à sa détermination ». Il affirme : « Le fait qu’il rejoigne le QLCO ne changerait absolument rien et ne ferait qu’attiser sa haine ». Il ajoute avoir intégré la DZ Mafia en 2021, bien que les enquêteurs remettent en cause la véracité de ses affirmations concernant l’étendue de ses activités.

Son avocate rappelle qu’il a vécu un grave enlèvement en 2022 à Bobigny, lié à un trafic de stupéfiants. Les experts ont diagnostiqué chez lui un trouble de la personnalité psychopathique, en lien avec des carences éducatives précoces. Pourtant, ses déclarations restent ambiguës : il assume ses actes avec une froideur déconcertante, comme en témoignent ses propos : « Je reconnais ce que j’ai pu faire, commanditer. S’agissant de ce dossier, je reconnais le trafic de stupéfiants et l’association de malfaiteurs ».

Et maintenant ?

Le procès de Hacène L. et de deux autres prévenus, prévu le 11 mai 2026, s’annonce comme une audience clé pour le Parquet national anticriminalité organisée (PNACO). Les trois accusés risquent jusqu’à 10 ans de prison pour leur participation à un groupement en vue de la préparation d’un meurtre en bande organisée. En cas de récidive légale, la peine maximale pourrait être portée à 20 ans. Ce procès pourrait également permettre de mieux cerner l’ampleur du réseau dirigé depuis les prisons, un phénomène en hausse ces dernières années.

Cette affaire soulève une nouvelle fois la question de la pérennité des activités criminelles depuis les établissements pénitentiaires, où les téléphones portables, malgré les contrôles, restent un outil de communication redoutable. Elle met aussi en lumière les défis posés par la prise en charge des profils radicalisés ou psychopathes en milieu carcéral, dont la dangerosité ne s’atténue pas nécessairement avec l’incarcération.

Une audience PNACO (Parquet national anticriminalité organisée) est une procédure judiciaire dédiée aux affaires de criminalité organisée. Elle est menée par un parquet spécialisé, chargé de traiter les dossiers les plus complexes impliquant des réseaux criminels structurés. Ces audiences permettent une approche centralisée et renforcée contre les organisations mafieuses.

Selon les sources proches de l’enquête, Hacène L. aurait expliqué avoir agi de la sorte pour « assumer ses actes » et répondre à une question d’égo. Il aurait déclaré que sa morale lui commandait de reconnaître ses responsabilités, tout en justifiant ses choix par une forme de liberté dans le crime : « personne ne [l’]a obligé à rien », aurait-il affirmé.