Selon Le Monde, les positions des différentes traditions religieuses sur l’homosexualité, le travestissement ou encore l’existence d’un « troisième genre » restent profondément contrastées. Si une majorité de courants maintiennent une posture de rejet, une frange non négligeable des communautés spirituelles, quelle que soit leur obédience, envisage désormais ces questions avec une certaine nuance.

Ce qu'il faut retenir

  • Les religions ne forment pas un bloc homogène face aux questions LGBTQ+ : certaines condamnent, d’autres interprètent ou tolèrent.
  • Les textes sacrés, selon les traditions, peuvent être lus de manière littérale ou symbolique sur ces sujets.
  • Des courants minoritaires au sein même des grandes religions prônent une acceptation progressive de la diversité des orientations sexuelles et des identités de genre.
  • Les débats théologiques et sociétaux évoluent, notamment sous l’effet des pressions culturelles et des droits humains.

Des interprétations qui varient selon les traditions

Les grandes religions monothéistes — christianisme, islam et judaïsme — affichent des positions souvent divergentes. Dans le christianisme, par exemple, l’Église catholique romaine maintient une doctrine ferme contre les actes homosexuels, rappelant régulièrement que « l’inclination homosexuelle, bien que ne constituant pas en soi un péché, est objectivement désordonnée » (Catéchisme de l’Église catholique, §2357). À l’inverse, certaines Églises protestantes, notamment en Europe du Nord, ont adopté une posture plus ouverte, allant jusqu’à bénir les unions entre personnes de même sexe.

Côté islam, la majorité des écoles juridiques traditionnelles considèrent l’homosexualité comme un acte contraire à la charia. Pourtant, des voix se font entendre pour une réinterprétation des textes. En 2023, l’imam américain Daayiee Abdullah, spécialiste du fiqh, a expliqué dans une tribune au Monde que « le Coran ne mentionne pas explicitement l’homosexualité comme un péché, mais condamne plutôt le viol et l’exploitation ». Ces débats restent marginaux, mais ils illustrent une remise en question croissante.

Le bouddhisme et l’hindouisme face à la fluidité des genres

Les traditions asiatiques offrent un éclairage différent. En Inde, l’hindouisme reconnaît depuis des siècles l’existence du « troisième genre », ou hijra, une catégorie sociale et spirituelle à part entière. Les textes anciens, comme les Puranas, évoquent des divinités androgynes ou transgenres, comme Ardhanarishvara, représentation half-mâle, half-femelle de Shiva et Parvati. Aujourd’hui encore, les hijras jouent un rôle rituel dans certaines cérémonies.

Le bouddhisme, quant à lui, aborde la question sous l’angle de la souffrance et de la libération. Le Dalaï-Lama, interrogé à ce sujet en 2021, a déclaré : « Si deux personnes s’aiment et que leur relation est basée sur l’affection et la compassion, cela ne pose pas de problème d’un point de vue bouddhiste. » Une position qui contraste avec celle de certains moines conservateurs, pour qui les actes homosexuels relèvent du kama (désir) et s’opposent à l’idéal de renoncement.

Entre tradition et modernité : les courants réformistes

Face à la montée des droits LGBTQ+ dans les sociétés occidentales, plusieurs mouvements religieux tentent de concilier foi et inclusion. Aux États-Unis, l’organisation Reconciling Ministries Network, liée à l’Église méthodiste unie, rassemble plus de 1 000 congrégations favorables à l’inclusion des personnes LGBTQ+. En Europe, des rabbins libéraux, comme ceux du Mouvement Massorti en France, célèbrent des mariages homosexuels et ordonnent des rabbins transgenres.

Ces initiatives s’appuient souvent sur une relecture des textes sacrés. Le théologien allemand Josef Wohlmuth, spécialiste du catholicisme, a souligné dans un entretien au Monde en 2024 que « les Écritures ne sont pas des codes juridiques intangibles, mais des récits à interpréter à la lumière des contextes historiques ». Une approche qui, selon lui, pourrait ouvrir la voie à une « Église synodale et inclusive ».

Et maintenant ?

Les prochaines années pourraient voir une polarisation accrue au sein des institutions religieuses. D’un côté, les courants traditionalistes devraient renforcer leur opposition aux évolutions sociétales, comme en témoignent les récentes prises de position des autorités vaticanes contre les « idéologies de genre ». De l’autre, les mouvements réformistes pourraient gagner en visibilité, notamment grâce aux réseaux sociaux et aux alliances avec les militants laïcs pour les droits humains.

Une chose est sûre : les débats autour de la sexualité et du genre continueront de façonner le paysage religieux, dans un dialogue constant avec les normes culturelles et juridiques. Les prochains synodes ou assemblées religieuses, prévus d’ici 2027 dans plusieurs dénominations, pourraient être déterminants.

Les religions ne sont pas monolithiques sur ces sujets. Autant dire que la question de l’homosexualité et de la transidentité reste un miroir des tensions entre fidélité aux textes et adaptation aux réalités sociales.

Oui. En plus des hijras en Inde, certaines traditions amérindiennes, comme les Two-Spirit, reconnaissent depuis des siècles une troisième identité de genre. Dans le monde contemporain, des Églises comme l’Église épiscopale américaine ou la Communauté du Christ (mouvement issu du mormonisme) acceptent pleinement les personnes transgenres, y compris dans leurs ministères.