Le 12 mai 2026, lors de la prestation de serment des nouveaux membres du gouvernement hongrois devant le Parlement de Budapest, le Premier ministre Péter Magyar a clairement affiché sa continuité avec la politique migratoire de son prédécesseur, Viktor Orbán. Selon Courrier International, Magyar reprend à son compte, voire durcit, le discours anti-immigration de l'ancien chef de gouvernement, tout en pointant les contradictions de l'exécutif précédent sur ce dossier devenu central dans le débat public hongrois.

Ce qu'il faut retenir

  • Le 13 juin 2026, Péter Magyar a accusé Viktor Orbán d'avoir « caché » un projet de camp de migrants à Vitnyéd, dans l'ouest de la Hongrie, en 2024
  • Le gouvernement actuel utilise les mêmes méthodes de communication que l'ancien pouvoir pour alimenter la peur de l'immigration
  • Plusieurs ONG, dont Amnesty International et le Comité Helsinki, dénoncent une « rhétorique d'exclusion » et des mesures contraires à l'État de droit
  • Le 5 juin 2026, Budapest a durci les conditions du programme « Travailleurs invités », limitant l'accès au marché du travail aux ressortissants philippins, arméniens et géorgiens
  • La Hongrie refuse toujours le « pacte migratoire » européen, entré en vigueur le 12 juin, et rejette toute idée de quotas ou de compensation financière

Un virage politique sous le signe de la continuité migratoire

Péter Magyar, qui a pris la tête du gouvernement hongrois après les élections d'avril 2026, surprend par son alignement sur les positions de Viktor Orbán en matière d'immigration. Le 13 juin, lors d'une conférence de presse, il a accusé l'ancien Premier ministre d'avoir « caché » un projet de construction d'un camp de migrants à Vitnyéd, dans l'ouest du pays, prévu pour l'été 2024. Des documents internes à l'appui, Magyar a dénoncé « l'un des plus grands mensonges » du gouvernement précédent, qui, selon lui, aurait délibérément omis d'informer la population sur ce projet alors qu'il communiquait publiquement sur les dangers de l'immigration.

Une stratégie de communication qui recycle les méthodes d'Orbán

Dès le lendemain de ces révélations, les pages Facebook officielles du gouvernement hongrois et de plusieurs ministres ont relayé l'information sous le titre « Le camp de migrants caché de Viktor Orbán ». Selon 444.hu, les publications des comptes gouvernementaux reprenaient mot pour mot les « réflexes » de communication du pouvoir précédent, visant à attiser les craintes de la population. Pourtant, comme le rappelle le site d'information en ligne, une « large partie » des Hongrois avait déjà rejeté, lors des élections du 12 avril 2026, les slogans répétés et les méthodes de « lavage de cerveau » utilisées par le passé.

Les ONG dénoncent une rhétorique « d'exclusion » et des coûts économiques

Face à cette stratégie, plusieurs organisations non gouvernementales ont réagi avec fermeté. Le Comité Helsinki et Amnesty International, cités par 24.hu, ont souligné que « privilégier des solutions respectueuses de l'État de droit et humaines » ainsi qu'un « débat public plus responsable » serait préférable à l'actuelle politique d'affolement. « L'ancienne politique contre les migrants coûte cher au pays, comme en témoignent les amendes infligées par l'Union européenne », a rappelé le Comité Helsinki. De son côté, Amnesty International a critiqué la « perpétuation d'une rhétorique d'exclusion » au sein de l'exécutif actuel.

« Critiquer les migrants pendant des jours en souriant est tout sauf responsable. La mise en œuvre des mesures prônées par la Fidesz n'est pas la bonne voie. Le gouvernement de Péter Magyar devrait plutôt opter pour une communication humaine et réfléchie au lieu de mettre tous les migrants dans le même sac. »
Aram Shakkour, conseiller municipal budapestois d'origine kurde, cité par Népszava

Renforcement des mesures restrictives sur l'emploi et la résidence

Le durcissement de la politique migratoire ne se limite pas aux discours. Le 5 juin 2026, le gouvernement hongrois a annoncé de nouvelles restrictions concernant le programme « Travailleurs invités », mis en place par l'administration Orbán. Désormais, les ressortissants étrangers concernés ne pourront exercer un métier qu'avec un titre de séjour professionnel. Par ailleurs, Budapest a mis fin à la procédure accélérée qui bénéficiait jusqu'alors aux citoyens philippins, arméniens et géorgiens. L'objectif affiché est clair : « Freiner l'afflux de travailleurs étrangers et renforcer la situation des travailleurs hongrois », selon les termes de l'exécutif.

La Hongrie maintient son rejet du pacte migratoire européen

Dans le même temps, Budapest continue de s'opposer au « pacte migratoire » européen, entré en application le 12 juin 2026. Selon le ministre de l'Intérieur, Gábor Posfai, cité par HVG, la Hongrie « n'a pas élaboré de plan de mise en œuvre et n'envisage pas d'en présenter un à l'avenir ». Budapest « ne considère comme acceptable que l'assistance technique », contrairement aux mécanismes de répartition par quotas ou de compensation financière en cas de refus, proposés par Bruxelles. Cette position confirme la ligne dure adoptée par la Hongrie depuis des années en matière de politique migratoire.

Une approche contestée, mais qui s'inscrit dans le contexte européen

Le site d'information Merce analyse cette évolution politique comme une confirmation de la « rigueur de fer » promise par le parti Tisza lors de la campagne électorale. « La Hongrie n'échappe pas à la paranoïa de ce Vieux Continent en proie à une crise démographique et économique », analyse le média. « Quels que soient les régimes illibéraux que nous avons remplacés, quelle que soit la forme de démocratie que nous avons instaurée, les ombres continuent de nous hanter. » Une analyse qui souligne la tension entre les promesses de changement et la réalité d'une politique migratoire toujours aussi restrictive.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances pourraient redessiner la politique migratoire hongroise dans les mois à venir. D'une part, l'entrée en vigueur du pacte migratoire européen, le 12 juin, place Budapest dans une position de plus en plus isolée au sein de l'UE. D'autre part, les prochaines élections locales, prévues pour 2027, pourraient offrir un nouveau test pour le gouvernement Magyar, alors que les critiques sur sa communication et ses méthodes commencent à se multiplier. Reste à voir si l'exécutif ajustera sa stratégie ou, au contraire, accentuera sa ligne dure pour séduire un électorat déjà largement acquis à cette rhétorique.

Une chose est sûre : la question migratoire reste au cœur des débats politiques hongrois, où les promesses de fermeté l'emportent encore largement sur les appels à une approche plus humaine et respectueuse des droits fondamentaux.

Les nouvelles mesures du programme « Travailleurs invités » concernent principalement les ressortissants philippins, arméniens et géorgiens, dont l'accès au marché du travail hongrois est désormais conditionné à un titre de séjour professionnel.

Budapest justifie son rejet par son opposition aux mécanismes de répartition par quotas et de compensation financière en cas de refus, qu'elle considère contraires à sa souveraineté. Le gouvernement hongrois ne privilégie que l'assistance technique, selon les déclarations du ministre de l'Intérieur, Gábor Posfai.