Le gouvernement des îles Salomon a rétabli, lundi 18 mai 2026, l'interdiction d'exporter des dauphins, une mesure abrogée in extremis par l'exécutif précédent la veille de sa chute. Selon Le Figaro, cette décision survient après qu'une entreprise locale avait sollicité, en urgence, l'autorisation de capturer et d'exporter cinquante cétacés vers des aquariums chinois. Une requête qui avait suscité l'inquiétude des associations de défense de l'environnement, redoutant un impact sur la réputation internationale de l'archipel, dont l'industrie du thon constitue l'une des principales sources de revenus.
Ce qu'il faut retenir
- Le nouveau gouvernement des îles Salomon a rétabli l'interdiction d'exporter des dauphins, abrogée la veille par son prédécesseur.
- Une entreprise avait demandé l'autorisation de capturer et d'exporter 50 dauphins vers la Chine.
- Cette mesure risquait de nuire à la réputation de l'industrie du thon, pilier économique de l'archipel.
- Le Premier ministre Matthew Wale est perçu comme plus critique envers le soutien de la Chine aux îles Salomon.
- Deux nouveaux ministres, dont Peter Kenilorea, membre d'un groupe parlementaire critique envers Pékin, ont été nommés.
Cette volte-face intervient dans un contexte de transition politique aux îles Salomon. Le gouvernement précédent, dirigé par un exécutif proche de Pékin, avait été contraint à la démission jeudi 14 mai 2026, après une crise institutionnelle aboutissant à l'élection de Matthew Wale au poste de Premier ministre. Ce dernier, chef de l'opposition depuis 2019, s'est distingué lors de sa campagne en dénonçant le manque de transparence des accords miniers et forestiers conclus avec des entreprises étrangères. « C'est la bonne décision, non seulement pour sauver les dauphins, mais aussi pour protéger l'industrie du thon », a réagi auprès de l'AFP Lawrence Makili, militant écologiste basé à Honiara, la capitale de l'archipel.
L'interdiction, en vigueur depuis plusieurs décennies, avait été abrogée la veille de la chute du gouvernement, sous la pression d'une société locale. Cette dernière souhaitait exporter des dauphins capturés vers des parcs aquatiques chinois, une pratique de plus en plus controversée sur la scène internationale. Les îles Salomon, situées à quelque 2 000 km à l'est de l'Australie, s'appuient sur une tradition de chasse aux dauphins pour leurs dents, mais leur exportation récente vers l'étranger a attiré l'attention des défenseurs de la biodiversité.
Un tournant politique et économique
Le retour de l'interdiction s'inscrit dans une refonte plus large des priorités du nouvel exécutif. Matthew Wale, qui a rompu les relations diplomatiques avec Taïwan en 2019 au profit de la Chine, affiche désormais une posture plus critique envers Pékin. Ses premières nominations ministérielles reflètent cette orientation : Rick Hou a été désigné ministre des Affaires étrangères, tandis que Peter Kenilorea prend la tête du ministère de la Planification nationale et de la Coordination du développement. Ce dernier est un membre actif de l'Alliance interparlementaire sur la Chine, un groupe de députés connus pour leur scepticisme à l'égard des investissements chinois dans la région.
« Ces nominations envoient un signal clair », a déclaré à l'AFP James Batley, ancien haut-commissaire australien aux îles Salomon. Pourtant, l'expert tempère les attentes : « Il est très improbable que les îles Salomon reviennent sur leurs décisions concernant leurs relations avec la Chine. » Malgré cette posture critique, l'archipel reste économiquement dépendant de Pékin, qui figure parmi ses principaux partenaires commerciaux dans le Pacifique Sud. Les îles Salomon exportent notamment du thon vers la Chine, un secteur aujourd'hui menacé par les critiques internationales sur la chasse aux dauphins.
La chasse aux dauphins, une pratique traditionnelle sous surveillance
La capture de dauphins aux îles Salomon remonte à des pratiques ancestrales, notamment pour l'utilisation de leurs dents dans les échanges locaux. Cependant, leur exportation récente vers des aquariums étrangers a transformé cette tradition en un enjeu environnemental et diplomatique. Les associations écologistes, comme celle de Lawrence Makili, mettent en garde contre les risques de boycott de la part des consommateurs internationaux, particulièrement sensibles à la protection des cétacés. « L'industrie du thon est un pilier économique, mais sa réputation est fragile », souligne le militant, soulignant que la chasse aux dauphins pourrait dissuader les partenaires commerciaux de l'archipel.
Les îles Salomon ne sont pas les seules à faire face à des pressions sur cette question. Plusieurs pays du Pacifique, comme les Fidji ou la Papouasie-Nouvelle-Guinée, ont déjà interdit l'exportation de dauphins, sous la pression d'ONG et d'organisations internationales. Pour autant, la pratique persiste dans certaines zones, souvent sous couvert de traditions locales. Aux îles Salomon, les autorités devront désormais concilier préservation des espèces, protection des revenus économiques et équilibre géopolitique, alors que les relations avec la Chine restent un sujet sensible.
Si cette décision est saluée par les défenseurs de l'environnement, elle pourrait aussi attiser les tensions avec les entreprises locales impliquées dans le commerce des dauphins. Ces dernières devront désormais se tourner vers des alternatives, comme le tourisme d'observation ou la recherche scientifique, pour maintenir leurs activités. Quant à la Chine, elle n'a pas encore réagi officiellement à ce revirement, mais Pékin pourrait chercher à négocier des garanties pour ses investissements dans le secteur halieutique des îles Salomon.
Contexte géopolitique : entre tradition et modernité
Les îles Salomon, archipel de plus de 900 îles, comptent parmi les États les moins développés du Pacifique, avec un PIB par habitant estimé à moins de 2 500 dollars en 2025. Leur économie repose principalement sur l'exportation de thon, de bois et de coprah, mais dépend aussi de l'aide internationale. Le soutien de la Chine, qui finance notamment des infrastructures et des projets sociaux, a permis à l'archipel de réduire partiellement sa dépendance à l'Australie et à la Nouvelle-Zélande. Pourtant, cette alliance est de plus en plus contestée par une partie de la population et des élites politiques, qui dénoncent un endettement excessif et un manque de transparence.
Le Premier ministre Matthew Wale, issu d'une famille politique historique des îles Salomon, incarne cette remise en question. Son élection marque un tournant dans la gestion des ressources naturelles du pays, avec une volonté affichée de concilier développement économique et préservation de l'environnement. Reste à savoir si cette nouvelle orientation suffira à rassurer les partenaires internationaux, alors que les critiques sur la chasse aux dauphins risquent de s'amplifier. Pour l'heure, les associations écologistes saluent cette décision, tout en appelant à un renforcement des contrôles pour éviter les captures illégales.
Selon Le Figaro, une entreprise locale avait demandé l'autorisation de capturer et d'exporter cinquante dauphins vers des aquariums chinois. Cette pratique, bien que controversée, représentait une source de revenus pour certains acteurs économiques de l'archipel. Cependant, elle était de plus en plus contestée en raison de son impact sur la réputation internationale des îles Salomon, notamment dans le secteur de la pêche au thon.
Les îles Salomon entretiennent des relations économiques étroites avec la Chine, qui finance des infrastructures et achète du thon en grande quantité. Cependant, l'Australie et la Nouvelle-Zélande restent des partenaires importants, notamment en matière d'aide au développement et de sécurité régionale. L'archipel cherche également à diversifier ses partenariats, notamment avec les pays d'Asie du Sud-Est.