Pour déterminer si une victime d’accident du travail, souffrant de séquelles, peut être indemnisée intégralement pour la perte de ses revenus futurs, les juges doivent se fonder sur sa « situation concrète » au regard de ses capacités professionnelles, rappelle la Cour de cassation dans deux arrêts rendus le 3 juin 2026. Selon Le Figaro, ces décisions opposées en apparence illustrent une ligne jurisprudentielle désormais clarifiée : la capacité à travailler ne se limite pas à une simple déclaration d’inaptitude, mais s’apprécie au cas par cas.
Ce qu'il faut retenir
- La Cour de cassation rappelle que l’indemnisation intégrale de la perte de revenus futurs dépend de l’évaluation de la situation concrète de la victime, et non de sa seule inaptitude déclarée.
- Deux affaires similaires ont abouti à des décisions inverses, soulignant l’importance des critères retenus par les juges du fond.
- Le fait qu’une victime n’ait pas entrepris de démarches pour retrouver un emploi ne peut être retenu contre elle pour refuser l’indemnisation.
- Les juges doivent prendre en compte les séquelles, le niveau de formation, les qualifications, l’âge et le marché local de l’emploi pour trancher.
Deux affaires, deux décisions, un même principe
Dans ses deux arrêts rendus le 3 juin 2026 (n°24-18.616 et n°24-19.134), la deuxième chambre civile de la Cour de cassation a rappelé un principe fondamental : pour statuer sur l’indemnisation de la perte de revenus futurs d’une victime d’accident du travail, les juges doivent examiner sa capacité réelle à exercer une activité professionnelle au vu de sa « situation concrète ». Autrement dit, il ne suffit pas qu’un salarié soit déclaré inapte pour qu’il ouvre automatiquement droit à une indemnisation intégrale de ses pertes de revenus. Le Figaro relève que cette nuance, souvent méconnue, a été au cœur de deux dossiers aux conclusions opposées.
Dans le premier cas, un agent communal de 45 ans, mis à la retraite anticipée d’office après un accident, s’est vu refuser l’indemnisation de la perte de ses gains professionnels futurs. Les juges d’appel avaient estimé qu’il ne démontrait pas son impossibilité définitive de travailler, faute de justificatifs de recherches d’emploi ou de formations pour une reconversion. À l’inverse, une auxiliaire de vie, licenciée pour inaptitude après un accident, a obtenu gain de cause en justice : la cour d’appel avait considéré qu’il suffisait de constater son incapacité à reprendre son activité antérieure pour lui octroyer une indemnisation intégrale.
L’inaptitude ne suffit pas : place à l’évaluation concrète
La Cour de cassation rappelle que l’indemnisation ne peut être automatique. « La capacité d’une victime à exercer une activité professionnelle s’évalue au vu de sa situation concrète, notamment de ses séquelles, de son niveau de formation, de ses qualifications, de son âge et du marché local de l’emploi », précise-t-elle dans un communiqué. Autrement dit, même en cas d’inaptitude reconnue, les juges doivent examiner si la victime reste en mesure d’exercer une autre activité, adaptée à ses contraintes.
Dans la première affaire, les juges du fond avaient reproché à l’agent communal de ne pas avoir apporté la preuve de son impossibilité définitive de travailler. Or, selon la Cour de cassation, le fait qu’il n’ait pas engagé de démarches de reconversion ne peut être retenu à son encontre. « Dans tous les cas, le fait que la victime n’ait pas entrepris de démarches pour retrouver un emploi n’a pas à être pris en compte », souligne-t-elle. Cette précision vise à éviter que les victimes soient pénalisées par leur propre passivité, souvent liée à la gravité de leurs séquelles.
Une jurisprudence qui clarifie les attentes des juges
Ces deux arrêts s’inscrivent dans une volonté de la Cour de cassation de clarifier les critères applicables en matière d’indemnisation des accidents du travail. Comme le rapporte Le Figaro, la haute juridiction rappelle que les juges du fond doivent systématiquement évaluer, au cas par cas, la situation de chaque victime. Cette approche permet d’éviter les décisions contradictoires, tout en garantissant une indemnisation proportionnée aux préjudices subis.
Pour les victimes, cette jurisprudence offre une meilleure visibilité sur leurs droits. Elle rappelle aussi que l’indemnisation intégrale de la perte de revenus futurs n’est pas automatique, mais dépend d’une analyse fine de leur situation réelle. « Soit la victime ne peut plus travailler et doit être intégralement indemnisée, soit elle n’est pas dans l’impossibilité définitive de travailler, et les juges doivent alors déterminer sa perte de revenus », résume la Cour de cassation.
Ce que cela change pour les salariés et les employeurs
Pour les salariés victimes d’un accident du travail, cette jurisprudence offre une protection accrue, mais aussi des obligations renforcées en matière de preuve. Ils devront désormais documenter leur situation concrète (certificats médicaux détaillés, attestations de formations, preuves de recherches d’emploi adaptées) pour étayer leur demande d’indemnisation. À l’inverse, pour les employeurs et les assureurs, cette décision encadre davantage les possibilités de contestation, notamment en cas d’inaptitude déclarée sans preuve d’une impossibilité définitive de travailler.
D’après Le Figaro, ces arrêts rappellent aussi l’importance des procédures internes de maintien dans l’emploi. Les entreprises pourraient être incitées à proposer des solutions de reclassement ou de formation adaptées aux salariés déclarés inaptes, afin d’éviter des contentieux coûteux. Bref, la Cour de cassation trace une ligne claire : l’indemnisation doit être juste, mais elle ne peut ignorer la réalité du marché du travail et des capacités résiduelles de chaque victime.
Quelles prochaines étapes pour les victimes ?
Pour les victimes dont les dossiers sont en cours, il est conseillé de faire réexaminer leur situation à la lumière de cette jurisprudence. Un recours devant la Cour de cassation pourrait être envisagé si leur indemnisation a été refusée au motif d’un manque de démarches de leur part. En revanche, pour les affaires futures, les victimes devront anticiper les critères retenus par les juges, en constituant un dossier solide mettant en avant leur situation concrète et leurs capacités résiduelles.
Reste à voir si cette jurisprudence sera suivie par les autres chambres de la Cour de cassation ou si d’autres précisions seront apportées dans les mois à venir. Une chose est sûre : les salariés et leurs conseils juridiques disposent désormais d’un cadre plus précis pour défendre leurs droits.
Oui, selon la jurisprudence récente. La Cour de cassation rappelle que l’indemnisation dépend de la situation concrète du salarié, et non de son inaptitude seule. Refuser une proposition de reclassement ne prive pas automatiquement le salarié de son droit à indemnisation, à condition qu’il démontre son impossibilité définitive de travailler dans les conditions proposées.
Les victimes doivent fournir des certificats médicaux détaillant leurs séquelles, des attestations de formations suivies ou envisagées, ainsi que des preuves de recherches d’emploi adaptées à leurs capacités (offres d’emploi, réponses à des candidatures, etc.). Ces éléments permettent de démontrer leur situation concrète et leur volonté de se réinsérer professionnellement.