Le Conseil européen, sous l’impulsion de la présidence chypriote, a présenté une réforme du règlement CE 261/2004, qui encadre depuis plus de vingt ans les droits des passagers aériens en cas de retard ou d’annulation de vol. Selon BFM Business, cette proposition vise à réduire significativement les indemnisations actuelles, suscitant une vive opposition des associations de défense des droits des voyageurs.

Ce qu'il faut retenir

  • Un retard de 3 à 5 heures sur un vol court-courrier ne donnerait droit qu’à 83 € d’indemnisation au lieu de 250 €, soit une baisse de 66 %.
  • Le montant plein ne serait versé qu’à partir de 7 heures de retard, contre 3 heures actuellement.
  • En cas d’annulation, l’indemnisation serait limitée si le passager est informé plus de 48 heures avant le départ, contre 14 jours aujourd’hui.
  • L’Association of Passenger Rights Advocates (APRA) qualifie cette réforme de « régression dangereuse » et de « plaisanterie » pour les voyageurs.
  • Les compagnies aériennes justifient cette mesure par une charge financière annuelle estimée à 8,1 milliards d’euros par la Commission européenne.
  • Selon AirHelp, 52 % des demandes d’indemnisation sont rejetées sans raison valable dès leur première soumission.

Le texte en discussion modifie profondément le dispositif actuel, qui prévoit des compensations fixes en fonction de la distance du vol et de la durée du retard. Aujourd’hui, un passager victime d’un retard de plus de trois heures sur un vol de moins de 1 500 km perçoit 250 €, 400 € pour un vol entre 1 500 et 3 500 km, et 600 € au-delà. La réforme introduit un système de compensation dégressif : pour un retard de 3 à 5 heures, l’indemnisation chuterait à un tiers du montant actuel, soit 83 € pour les vols courts. Entre 5 et 7 heures, le passager ne toucherait que deux tiers du montant prévu. Le montant plein ne serait versé qu’à partir de 7 heures de retard.

Cette proposition, portée par le lobby Airlines for Europe et défendue par la présidence chypriote du Conseil européen, est vivement critiquée par l’APRA. « Le Conseil prétend préserver le seuil de 3 heures tout en le vidant de toute substance », dénonce Tomasz Pawliszyn, président de l’association. « En réalité, le seuil effectif est relevé à 7 heures, et les 83 € prévus pour les retards courts ne couvrent même pas les frais engagés par les passagers. Aucun professionnel du droit ne peut raisonnablement traiter des dossiers d’une telle valeur. » L’APRA estime que cette réforme créerait des droits « sur le papier » que les voyageurs ne pourront jamais exercer en pratique.

Autre mesure controversée : la limitation de l’indemnisation en cas d’annulation lorsque le passager est informé plus de 48 heures avant le départ, contre 14 jours actuellement. « Cette mesure réduirait la période de protection actuelle de 14 jours et risquerait d’affaiblir un principe fondamental du droit aérien européen : la liberté des passagers de choisir entre réacheminement et remboursement sans pénalité financière », explique l’association. Par ailleurs, la proposition prévoit l’utilisation de formulaires pré-remplis pour les demandes de compensation, une mesure jugée insuffisante par l’APRA, qui rappelle que 52 % des demandes éligibles sont rejetées dans un premier temps sans raison valable, selon les chiffres d’AirHelp.

Les compagnies aériennes, quant à elles, justifient cette réforme par une charge financière « excessive », estimée à 8,1 milliards d’euros par an par la Commission européenne. Pourtant, plusieurs études montrent que moins de la moitié des passagers font valoir leurs droits en cas de retard ou d’annulation. « C’est un démantèlement systématique de l’une des législations de protection des consommateurs les plus efficaces d’Europe », souligne Tomasz Pawliszyn. « On demande aux passagers de renoncer à leurs indemnisations sous couvert de compromis. Ce texte est encore pire que la position précédente du Conseil. Celui-ci masque une régression drastique derrière l’illusion de maintenir la règle des 3 heures, tout en la privant de toute portée réelle. »

Les compagnies aériennes, interrogées par BFM Business, s’abstiennent généralement de commenter publiquement cette réforme, se retranchant derrière des arguments économiques. Cependant, les associations de défense des passagers rappellent que 26 % des demandes d’indemnisation ne reçoivent aucune réponse, et que 21 % des refus sont fondés sur des motifs fallacieux, comme des conditions météorologiques défavorables non prouvées. « Les formulaires pré-remplis ne changeront rien si l’indemnisation elle-même devient insignifiante », insiste Tomasz Pawliszyn. « Les compagnies continueront à rejeter abusivement des réclamations valides. »

Un texte déjà critiqué en 2024

Cette proposition n’est pas une nouveauté. Dès 2024, le Conseil européen avait tenté d’adopter une réforme similaire, mais celle-ci avait été bloquée face à l’opposition des États membres et des associations de consommateurs. Les défenseurs des droits des passagers craignent que la nouvelle mouture, bien que présentée comme un compromis, ne constitue en réalité une régression majeure. « Le texte actuel est pire que la position précédente », estime Tomasz Pawliszyn. « Il ne s’agit pas d’un équilibre, mais d’une capitulation devant les lobbies du secteur aérien. » L’APRA rappelle que le règlement CE 261/2004, adopté en 2004, est souvent cité en exemple pour sa capacité à protéger efficacement les voyageurs européens. Une remise en cause de ce dispositif, si elle aboutissait, marquerait un tournant dans la politique européenne de protection des consommateurs.

Quelles conséquences pour les voyageurs ?

Si cette réforme venait à être adoptée, les passagers seraient les premiers perdants. Les indemnisations, déjà difficiles à obtenir dans les faits, deviendraient encore plus symboliques. « Avec 83 € pour un retard de 3 à 5 heures, les compagnies n’auront plus aucun intérêt à améliorer la ponctualité de leurs vols », craint Tomasz Pawliszyn. Par ailleurs, la limitation du délai d’information en cas d’annulation pourrait priver les voyageurs de leur droit de choisir entre remboursement et réacheminement sans pénalité, un principe pourtant central dans le droit aérien européen. Les associations appellent donc les parlementaires européens à rejeter cette proposition lors du vote prévu dans les prochains mois.

Les compagnies aériennes, de leur côté, pourraient y trouver un avantage financier immédiat. Selon la Commission européenne, le coût actuel des indemnisations s’élève à 8,1 milliards d’euros par an. Une réduction drastique de ces montants permettrait aux compagnies de réaliser des économies substantielles, mais au détriment des voyageurs. « Les passagers ne doivent pas payer pour les défaillances des compagnies », rappelle l’APRA. « Ce n’est pas aux consommateurs de subir les conséquences d’un secteur en difficulté. »

Et maintenant ?

Le texte doit encore être examiné par le Parlement européen et le Conseil avant une éventuelle adoption. Les associations de défense des passagers appellent à une mobilisation des députés européens pour rejeter cette réforme, qu’elles jugent inacceptable. Une décision pourrait intervenir d’ici la fin de l’année 2026, date à laquelle la présidence chypriote du Conseil européen aura laissé place à un autre État membre. En attendant, les voyageurs sont invités à conserver tous les documents relatifs à leurs vols en cas de retard ou d’annulation, afin de pouvoir faire valoir leurs droits si la réforme venait à être adoptée.

Cette proposition soulève une question centrale : jusqu’où l’Union européenne est-elle prête à aller dans la réduction des droits des consommateurs au nom de la compétitivité économique ? Pour l’APRA, la réponse est claire : « Protéger les passagers n’est pas un luxe, c’est une obligation. »

Actuellement, le règlement CE 261/2004 prévoit une indemnisation de 250 € pour un retard de plus de 3 heures sur un vol de moins de 1 500 km, 400 € pour un vol entre 1 500 et 3 500 km, et 600 € pour les vols de plus de 3 500 km. Ces montants restent inchangés en cas de retard de 3 à 5 heures.

Les compagnies aériennes, représentées par le lobby Airlines for Europe, justifient cette réforme par une charge financière jugée « excessive », estimée à 8,1 milliards d’euros par an par la Commission européenne. Elles estiment que les indemnisations actuelles pèsent trop lourdement sur leurs finances.