En prenant la présidence de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (BAII) en janvier 2026, Zou Jiayi a choisi une approche inhabituelle pour une dirigeante de cette envergure : écouter avant d’agir. Selon Euronews FR, elle a sillonné 15 économies membres en Asie au cours des premiers mois de son mandat, rencontrant chefs d’État, ministres des finances et partenaires locaux. Ces déplacements lui ont permis d’évaluer concrètement l’impact des projets financés par la banque, comme les systèmes de transport rapide ou les hôpitaux équipés grâce à son soutien.
Ce qu'il faut retenir
- Zou Jiayi a lancé une tournée d’écoute en Asie dès son arrivée à la présidence de la BAII en janvier 2026, visitant 15 économies membres.
- La BAII compte 111 membres répartis sur six continents et finance 381 projets dans 42 économies pour un montant de 67 milliards d’euros.
- La banque vise à doubler son volume de financement annuel d’ici 2030, en misant sur l’innovation et l’intégrité.
- En avril 2026, Zou Jiayi a coordonné avec d’autres banques multilatérales pour renforcer le financement d’urgence et la gestion des ressources en eau.
- La BAII a lancé une facilité spécifique pour soutenir les membres affectés par les chocs économiques, énergétiques et alimentaires liés aux conflits.
Son objectif ? Comprendre les priorités des pays membres et mesurer l’efficacité des projets sur le terrain. « L’objectif était simple : écouter », a-t-elle déclaré. « Je voulais entendre directement nos membres parler de leurs priorités en matière de développement et voir comment les projets financés par la BAII fonctionnent sur le terrain. » Selon Euronews FR, deux tendances se sont dégagées de ces échanges : une reconnaissance unanime des résultats obtenus par la BAII depuis sa création il y a dix ans, et un appel pressant à intensifier l’action face à l’aggravation des défis mondiaux.
Des projets concrets qui transforment le quotidien
Les visites de Zou Jiayi ont mis en lumière des réalisations tangibles. En Indonésie, elle a inspecté deux hôpitaux modernisés grâce au soutien de la BAII, permettant désormais un diagnostic précoce et des traitements spécialisés pour des patients auparavant exclus de ces soins. En Inde, elle a emprunté le système de transport régional rapide Delhi-Meerut, premier train de banlieue à grande vitesse du pays. À bord, une étudiante lui a confié que cette ligne avait réduit son trajet quotidien de plus d’une heure.
« Grâce à ces projets, nous pouvons voir comment l'infrastructure relie les gens aux possibilités qui s'offrent à eux », a souligné Zou Jiayi. « L'impact se mesure dans la vie des gens, pas seulement dans les chiffres. »
Cette dimension humaine a marqué son parcours. Elle a également rencontré des responsables locaux pour discuter des besoins spécifiques de chaque région, des infrastructures portuaires en Malaisie aux réseaux d’assainissement en Asie centrale.
Innovation, intégrité et multilatéralisme : les piliers de la nouvelle stratégie
Les enseignements tirés de ces déplacements ont permis à la BAII de définir ses priorités pour les années à venir. « Ce que nous avons entendu nous a inspirés et nous a aidés à clarifier notre objectif », a expliqué Zou Jiayi. La banque mise sur trois axes majeurs : l’impact, l’innovation et l’intégrité.
Côté impact, la BAII ne se contente plus de financer des projets. Elle évalue désormais leur qualité en fonction de leur contribution réelle au développement local. « Le volume seul n’est pas une mesure », a précisé la présidente. « L’impact, c’est la différence que nous faisons dans la vie des gens. » D’ici 2030, la BAII ambitionne de doubler son volume annuel de financement, tout en renforçant la transparence et l’efficacité de ses interventions.
L’innovation occupe également une place centrale. La banque élargit ses outils financiers pour attirer davantage de capitaux privés et propose désormais des financements en monnaie locale, évitant ainsi les risques de change pour les communautés. « Nous devons adapter nos instruments aux défis actuels du développement », a indiqué Zou Jiayi. L’intégrité, enfin, reste un pilier : « Cela signifie défendre le multilatéralisme, respecter notre mandat de soutien aux infrastructures et appliquer les normes les plus strictes en matière de politique opérationnelle. »
Un multilatéralisme plus que jamais nécessaire
Dans un contexte mondial marqué par des tensions commerciales et une remise en question de la gouvernance internationale, Zou Jiayi défend avec force le rôle des banques multilatérales. « Dans le monde turbulent d’aujourd’hui, le multilatéralisme est plus important que jamais », a-t-elle affirmé. « Il ne s’agit pas d’éliminer les désaccords, mais de choisir de coopérer pour trouver des solutions. »
La structure même de la BAII, qui rassemble 111 membres issus d’Europe, du Golfe, d’Asie centrale et de la région Asie-Pacifique, incarne ce modèle de « régionalisme ouvert ». « Oui, nous avons des différences, mais nous choisissons de coopérer », a-t-elle résumé. Cette approche s’est concrétisée en avril 2026 à Washington, où Zou Jiayi a rejoint les dirigeants d’autres grandes banques multilatérales pour renforcer la coordination en matière de financement d’urgence, de gestion de l’eau et de mobilisation des capitaux privés.
Un exemple récent illustre cette volonté : la BAII a lancé la Facilité pour l’énergie, la sécurité alimentaire et la résilience économique, conçue pour soutenir les membres dont le développement est menacé par les perturbations énergétiques, alimentaires ou économiques, notamment celles liées aux conflits.
Des résultats mesurables et des ambitions élargies
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Un projet de satellite soutenu par la BAII en Indonésie a connecté 45 millions de personnes à près de 100 000 écoles et centres de santé. En Égypte, un programme d’assainissement rural a amélioré l’accès à l’eau potable pour près d’un million de personnes. « Réussir, c’est avoir un impact constant sur le développement sur le terrain », a rappelé Zou Jiayi. « Avoir uniquement des moyens financiers n’est pas suffisant. »
Ces réalisations ont convaincu la BAII de poursuivre sur cette voie. « Les gens disent souvent qu’un monde meilleur est possible », a-t-elle conclu. « Je suis convaincue qu’il est possible de construire un monde meilleur. Nous sommes des bâtisseurs, des créateurs. En construisant des infrastructures, nous créons des liens et instaurons la confiance. »
Avec une gouvernance axée sur l’intégrité et une stratégie centrée sur l’impact humain, la BAII s’impose comme un acteur clé du développement en Asie et au-delà. Son modèle, à la fois ambitieux et pragmatique, pourrait bien inspirer d’autres institutions multilatérales dans les années à venir.
Selon Euronews FR, la BAII vise à renforcer son impact face à l’aggravation des défis mondiaux, notamment en matière d’accès aux soins, de transport, d’assainissement et de résilience économique. La banque souhaite également innover dans ses outils de financement pour attirer davantage de capitaux privés et s’adapter aux besoins locaux, tout en maintenant les plus hauts standards d’intégrité.