L’Iran a exécuté lundi 10 mai 2026 un ingénieur aérospatial de 29 ans, Erfan Shakourzadeh, accusé d’espionnage au profit de la CIA et du Mossad. Selon Euronews FR, cette exécution intervient quelques jours après que des organisations de défense des droits de l’Homme avaient alerté sur son sort et publié une note dans laquelle le jeune homme affirmait avoir été torturé et avoir fait des aveux sous la contrainte.
Né en 1996, Erfan Shakourzadeh avait étudié l’ingénierie électrique à l’université de Tabriz avant d’obtenir un master en ingénierie aérospatiale et technologie des satellites à l’université iranienne des sciences et de la technologie. Considéré comme l’un des principaux jeunes talents du pays dans ce domaine, il travaillait au sein d’une organisation scientifique spécialisée dans les satellites lorsqu’il a été arrêté en février 2025 par les services de renseignement du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI).
Ce qu'il faut retenir
- Erfan Shakourzadeh, 29 ans, ingénieur aérospatial, a été exécuté lundi 10 mai 2026 après avoir été accusé d’espionnage au profit de la CIA et du Mossad.
- Il affirmait dans une note clandestine avoir été torturé pendant huit mois et demi et avoir fait des aveux sous la contrainte.
- Arrêté en février 2025 par le CGRI, il travaillait dans une organisation spécialisée dans les satellites avant son incarcération.
- Le pouvoir judiciaire iranien l’accusait d’avoir tenté de contacter le Mossad et la CIA « en trois étapes » et d’avoir transmis des informations classifiées.
- Son exécution porte à près de 30 le nombre de personnes pendues en Iran ces dernières semaines pour des motifs politiques ou de sécurité présumés.
Un profil d’ingénieur au cœur des tensions géopolitiques
Erfan Shakourzadeh s’était distingué dans le domaine de l’ingénierie aérospatiale, une filière stratégique en Iran où les compétences scientifiques sont étroitement surveillées. Après des études à Tabriz, il avait poursuivi sa formation dans l’une des universités les plus prestigieuses du pays, l’université iranienne des sciences et de la technologie. Son expertise en technologie des satellites en faisait une cible potentielle pour les services de renseignement étrangers, selon les autorités iraniennes.
L’agence de presse Mizan, affiliée au pouvoir judiciaire iranien, avait affirmé qu’il était « un espion de la CIA et du Mossad », recruté « dans le cadre d’un projet et en raison de son expertise ». Les autorités l’accusaient d’avoir tenté de contacter ces services « en trois étapes » et d’avoir transmis des informations classifiées. Aucune preuve concrète n’a cependant été rendue publique avant son exécution, un point souvent critiqué par les organisations de défense des droits de l’Homme.
Des aveux sous la contrainte dénoncés par les défenseurs des droits humains
Dans une note sortie clandestinement de la prison d’Evin à Téhéran, où il avait été détenu après son arrestation, Erfan Shakourzadeh avait catégoriquement nié les accusations portées contre lui. « Je suis Erfan Shakourzadeh, 29 ans, l’un des rares membres de la soi-disant élite à avoir refusé d’émigrer », écrivait-il. « Quelques mois avant le conflit de 12 jours, j’ai été détenu par les services de renseignement du CGRI sous de fausses accusations d’espionnage et de collaboration avec des pays ennemis (en guerre avec l’Iran), et j’ai été contraint de faire des aveux pendant huit mois et demi de torture et d’isolement. »
Les organisations de défense des droits de l’Homme ont confirmé que Shakourzadeh avait été transféré vendredi 7 mai à la prison de Qezel Hesar, à Karaj, dans le centre de l’Iran, avant son exécution. Après son arrestation, il avait été détenu dans la tristement célèbre prison d’Evin, un établissement souvent pointé du doigt pour les conditions de détention et les pratiques de torture.
« Huit mois et demi de torture et d’isolement » — Erfan Shakourzadeh, dans une note clandestine.
Une vague d’exécutions politiques en Iran
L’exécution d’Erfan Shakourzadeh s’inscrit dans un contexte de multiplication des condamnations à mort en Iran pour des motifs politiques ou liés à la sécurité nationale. Selon les ONG, près de 30 personnes auraient été pendues ces dernières semaines pour des accusations liées à des activités politiques présumées, à des atteintes à la sécurité ou aux manifestations de janvier.
Téhéran est régulièrement critiqué par la communauté internationale pour ses pratiques judiciaires, notamment l’utilisation d’aveux extorqués sous la torture et l’absence de transparence dans les procédures. En 2025, les ONG recensaient au moins 1 639 exécutions en Iran, soit une hausse de 68 % par rapport à l’année précédente. Ces chiffres placent le pays parmi les plus actifs au monde en matière de peine de mort, derrière la Chine et devant l’Arabie saoudite.
La communauté internationale pourrait multiplier les pressions diplomatiques dans les semaines à venir, notamment via les instances des Nations unies. Pour autant, aucune date précise n’a été fixée pour une éventuelle résolution ou une intervention plus directe.
Réactions et perspectives
Plusieurs organisations non gouvernementales, dont Amnesty International et Human Rights Watch, ont déjà réagi à cette exécution. « Cette nouvelle condamnation à mort illustre une fois de plus l’absence totale de garanties judiciaires en Iran », a déclaré un porte-parole d’Amnesty International. « Les aveux obtenus sous la torture ne devraient jamais être utilisés comme preuves dans une procédure judiciaire. »
Du côté iranien, les autorités continuent de défendre leur système judiciaire. « Les exécutions sont conformes à la loi islamique et visent à protéger la sécurité nationale », a rappelé un responsable du pouvoir judiciaire cité par l’agence Mizan. « Ceux qui collaborent avec des services étrangers pour nuire à l’Iran seront toujours punis. »
L’Iran applique la peine de mort dans un cadre légal inspiré de la charia, où certains crimes, comme l’espionnage ou les atteintes à la sécurité nationale, sont passibles de la pendaison. Le régime justifie cette pratique par la nécessité de lutter contre les menaces extérieures et de maintenir l’ordre intérieur. Cependant, les ONG dénoncent un usage politique de la justice et des procédures opaques, où les aveux sous la contrainte jouent un rôle central.