Un député Les Républicains souhaite que l'Assemblée nationale examine les mécanismes de formation des prix des carburants, selon BFM Business. Antoine Vermorel-Marques, élu de la Loire, a déposé une proposition de résolution pour créer une commission d'enquête sur la rapidité des hausses et la lenteur des baisses des prix à la pompe, ainsi que sur l'efficacité des aides gouvernementales depuis le début du conflit au Moyen-Orient.

Ce qu'il faut retenir

  • Le litre de gazole a dépassé les 2,20 € et l'essence les 2,10 € en avril 2026, selon les relevés cités par le député.
  • Le député dénonce une transmission asymétrique des variations des cours du pétrole : les hausses sont répercutées rapidement, mais les baisses le sont beaucoup plus lentement.
  • Il évoque une augmentation des marges brutes des distributeurs depuis 2023, encore amplifiée depuis le début de la guerre en Iran.
  • Le gouvernement conteste cette analyse et affirme que les marges restent stables, s'appuyant sur les contrôles de la DGCCRF.
  • La proposition doit encore être validée par Les Républicains dans le cadre de leur « droit de tirage » pour obtenir une commission d'enquête.

Une proposition motivée par l'envolée des prix depuis le début des tensions au Moyen-Orient

Depuis le déclenchement de la guerre en Iran et les tensions persistantes au Moyen-Orient, les prix des carburants en France ont connu des fluctuations brutales. Antoine Vermorel-Marques, député Les Républicains de la Loire, a déposé une proposition de résolution pour que l'Assemblée nationale se saisisse de ce sujet. D'après les informations rapportées par BFM Business, cette initiative vise à éclairer deux phénomènes distincts : d'une part, la rapidité avec laquelle les hausses de prix du pétrole sont répercutées sur les consommateurs, et d'autre part, la lenteur avec laquelle les baisses de cours sont transmises aux prix à la pompe.

Le député évoque un « effet spéculatif » et rappelle que le litre de gazole a franchi le seuil de 2,20 € tandis que celui de l'essence a atteint 2,10 € en avril 2026. Ces chiffres illustrent l'ampleur de la hausse, mais aussi la vitesse à laquelle elle s'est imposée sur le marché.

L'asymétrie des transmissions de prix : un phénomène dénoncé par l'élu

L'une des principales critiques formulées par Antoine Vermorel-Marques porte sur ce qu'il qualifie de « transmission asymétrique » des variations des cours du pétrole. Selon lui, les hausses sont appliquées quasi instantanément par les distributeurs, tandis que les baisses mettraient bien plus de temps à être répercutées. Dans sa proposition, il souligne que « plusieurs signaux convergents indiquent que la transmission des baisses du cours du pétrole aux prix à la pompe demeure structurellement asymétrique ».

Cette asymétrie, si elle est avérée, pourrait avoir des conséquences directes sur le pouvoir d'achat des ménages. Le député y voit un manque de transparence dans la formation des prix et une possible opportunité pour les distributeurs d'augmenter leurs marges, surtout dans un contexte de crise énergétique.

Des marges en hausse selon le député, mais une stabilité contestée par le gouvernement

Antoine Vermorel-Marques affirme que les marges brutes des distributeurs de carburants « ont sensiblement augmenté depuis 2023 » et que cette hausse s'est encore accentuée depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Il estime que les mécanismes actuels de surveillance des prix ne permettent pas de documenter ni de corriger cette évolution de manière transparente. « Les marges brutes des distributeurs de carburants ont sensiblement augmenté depuis 2023 et se sont encore accrues depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, sans que les mécanismes actuels de surveillance et de contrôle des prix permettent de qualifier, documenter et corriger ce phénomène dans des conditions de transparence suffisantes », a-t-il déclaré.

Cette analyse est contestée par le gouvernement. Dans une réponse rapportée par BFM Business, Bercy a indiqué que « en moyenne, les marges brutes de transport-distribution » relevées début mai « sont équivalentes à celles pratiquées avant crise ». Cette affirmation s'appuie sur les contrôles réalisés par la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF). Le gouvernement semble donc minimiser l'ampleur des écarts dénoncés par le député.

Les aides gouvernementales sous le feu des critiques

Outre la question des marges, Antoine Vermorel-Marques s'interroge sur l'efficacité des dispositifs mis en place par l'État pour soutenir le pouvoir d'achat des ménages. Il cite notamment l'indemnité pour les « grands rouleurs », une aide destinée à compenser la hausse des prix des carburants. Le député regrette que cette mesure, comme d'autres, n'ait pas fait l'objet d'une évaluation parlementaire permettant d'en mesurer le ciblage, l'efficacité et le calibrage. « Les aides mises en place par le gouvernement n'ont pas fait l'objet d'une évaluation parlementaire permettant d'apprécier leur ciblage, leur efficacité et leur calibrage au regard de l'ampleur du choc subi par les ménages », a-t-il souligné.

Cette critique s'inscrit dans un contexte où les ménages français subissent de plein fouet la hausse des prix de l'énergie, alors que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient continuent de perturber les marchés pétroliers. La commission d'enquête, si elle est créée, pourrait permettre de faire la lumière sur l'adéquation entre les mesures gouvernementales et les besoins réels des citoyens.

Une commission d'enquête encore incertaine

Pour que cette commission d'enquête voie le jour, il faudra que le groupe Les Républicains décide de retenir ce thème dans le cadre de son « droit de tirage ». Ce dispositif permet à chaque groupe d'opposition de demander la création d'une commission d'enquête par session parlementaire. À ce stade, près de la moitié des députés du groupe LR soutiennent la proposition d'Antoine Vermorel-Marques, parmi lesquels figure l'ancien Premier ministre Michel Barnier.

Reste à savoir si cette initiative obtiendra l'aval nécessaire au sein du groupe. Si elle est retenue, la commission pourrait être mise en place d'ici la fin du mois de mai 2026. Dans le cas contraire, le débat sur la formation des prix des carburants pourrait continuer de s'enliser dans des échanges politiques sans lendemain concret.

Et maintenant ?

La décision des Républicains devrait intervenir dans les prochains jours. Si la commission est validée, elle pourrait auditionner les acteurs de la filière pétrolière, les représentants des distributeurs et les responsables gouvernementaux. Ses travaux pourraient aboutir à des recommandations structurelles pour renforcer la résilience de l'économie française face aux chocs énergétiques. En revanche, si la proposition est rejetée, le débat sur l'asymétrie des prix des carburants risque de rester sans suite immédiate, malgré son importance pour le pouvoir d'achat des Français.

Quoi qu'il en soit, cette initiative relance une question récurrente : dans quelle mesure les distributeurs de carburants profitent-ils des tensions géopolitiques pour augmenter leurs marges ? La réponse pourrait venir des travaux d'une commission d'enquête, si celle-ci voit effectivement le jour.

Le « droit de tirage » est un mécanisme prévu par le règlement de l'Assemblée nationale qui permet à chaque groupe politique d'opposition de demander la création d'une commission d'enquête par session parlementaire. Ce dispositif vise à garantir un minimum de contrôle parlementaire sur les sujets d'importance, même lorsque le gouvernement n'y est pas favorable.

Si la commission est validée, ses membres auront pour mission d'auditionner les acteurs du secteur, d'analyser les données disponibles sur les marges des distributeurs et d'évaluer l'efficacité des aides gouvernementales. Ils devront ensuite formuler des recommandations, qui pourraient donner lieu à des propositions de loi ou à des modifications réglementaires.