Dans une lettre adressée à Ursula von der Leyen, Giorgia Meloni demande à la Commission européenne d’assouplir les règles fiscales pour faire face à la hausse des coûts de l’énergie. La première ministre italienne menace même de retirer son pays du programme européen SAFE, dédié à la défense, en l’absence de concessions sur l’énergie. Selon Euronews FR, cette requête s’inscrit dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes et de craintes renouvelées d’une crise énergétique similaire à celle qui a suivi l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.

Rome justifie sa demande en soulignant que la sécurité énergétique doit être traitée avec la même urgence que les dépenses militaires. Dans sa missive, envoyée lundi 12 mai à la présidente de la Commission, Giorgia Meloni estime que l’UE ne peut exiger des citoyens qu’ils financent davantage la défense tout en ignorant la pression financière pesant sur les ménages et les entreprises. « Si nous considérons à juste titre que la défense est une priorité stratégique telle qu’elle justifie l’activation de la clause d’évasion nationale, alors nous devons avoir le courage politique de reconnaître qu’aujourd’hui la sécurité énergétique est également une priorité stratégique européenne », écrit-elle, comme le rapporte Euronews FR.

Ce qu'il faut retenir

  • La première ministre italienne Giorgia Meloni a envoyé une lettre à Ursula von der Leyen le 12 mai 2026 pour demander une flexibilité budgétaire sur les dépenses énergétiques.
  • Rome menace de se retirer du programme SAFE (Security Action for Europe), un fonds d’emprunt de 150 milliards d’euros pour la défense, si ses demandes ne sont pas satisfaites.
  • L’Italie, qui affiche le deuxième ratio dette/PIB le plus élevé de l’UE après la Grèce, peine à financer des subventions massives sans assouplissement des règles fiscales.
  • Meloni invoque la clause d’évasion nationale de l’UE, adoptée en juillet 2025, qui permet une flexibilité temporaire pour les dépenses de défense.
  • La crise énergétique actuelle s’accompagne de tensions accrues au Moyen-Orient, notamment des craintes de perturbation du détroit d’Ormuz.
  • Le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, doit trancher d’ici la fin mai sur la participation de Rome au fonds d’acquisition d’armes de l’UE.

Une requête motivée par l’urgence énergétique et les limites budgétaires

La demande de Rome s’inscrit dans un contexte où les gouvernements européens redoutent une répétition de la crise énergétique de 2022. Après l’invasion de l’Ukraine, la flambée des prix de l’énergie avait provoqué des fermetures d’usines, une inflation record et des subventions d’État d’urgence. Aujourd’hui, les tensions au Moyen-Orient, notamment autour du détroit d’Ormuz — une artère vitale pour le transport du pétrole et du gaz —, ravivent ces inquiétudes. « Nous ne pouvons pas justifier aux yeux de nos citoyens que l’UE autorise une flexibilité financière pour la sécurité et la défense strictement comprises et non pour défendre les familles, les travailleurs et les entreprises contre une nouvelle urgence énergétique », affirme Meloni dans sa lettre, citée par Euronews FR.

L’Italie, dont la dette publique représente plus de 140 % de son PIB — un niveau dépassé seulement par la Grèce dans l’Union européenne —, dispose de peu de marge de manœuvre pour financer des aides massives sans enfreindre les règles budgétaires européennes. La clause d’évasion nationale, adoptée en juillet 2025, permet aux États de déroger temporairement aux limites de déficit pour augmenter leurs dépenses de défense. Meloni souhaite une application similaire pour les mesures énergétiques, arguant que la sécurité ne se limite pas à la dimension militaire.

La défense européenne au cœur d’un bras de fer politique

Le programme SAFE (Security Action for Europe), lancé en 2025, vise à renforcer les capacités militaires des États membres via un emprunt commun de 150 milliards d’euros. Il s’agit pour l’UE de combler l’écart avec les objectifs de dépenses de défense fixés par l’OTAN. Pourtant, l’Italie pourrait conditionner sa participation à un assouplissement des règles sur l’énergie. « En l’absence de cette nécessaire cohérence politique, il serait très difficile pour le gouvernement italien d’expliquer au public un éventuel recours au programme SAFE dans les conditions actuellement envisagées », écrit Meloni, selon Euronews FR.

Cette position reflète les tensions au sein de la coalition gouvernementale italienne, dirigée par les Frères d’Italie, un parti conservateur. Alors que Rome augmente ses dépenses de défense pour répondre aux exigences de l’OTAN, une partie de l’opinion publique reste sceptique, priorisant la lutte contre le coût de la vie. Le ministre de la Défense, Guido Crosetto, a d’ailleurs indiqué le 14 mai avoir demandé au Trésor de clarifier la position de l’Italie sur le fonds d’acquisition d’armes de l’UE, avec une décision attendue avant la fin du mois.

Une stratégie risquée pour une économie sous tension

La stratégie de Meloni présente un double enjeu : d’un côté, obtenir des concessions de Bruxelles pour soulager les ménages et les entreprises ; de l’autre, éviter un rejet public des dépenses militaires. L’Italie, qui dépend fortement des importations d’énergie, est particulièrement vulnérable aux chocs géopolitiques. La hausse des coûts de l’électricité et du gaz pourrait aggraver une inflation déjà élevée, pesant sur le pouvoir d’achat et la compétitivité industrielle.

Pourtant, une inflexion des règles budgétaires en faveur de l’énergie risquerait d’alimenter les critiques des partenaires européens, déjà méfiants envers les dérives des finances publiques italiennes. La Commission européenne, sous pression pour concilier rigueur budgétaire et relance économique, devra arbitrer entre les demandes de Rome et les craintes d’un effet domino sur les autres États membres.

Et maintenant ?

La réponse d’Ursula von der Leyen à la lettre de Meloni est attendue dans les prochains jours, alors que la Commission doit présenter ses propositions pour le cadre budgétaire 2027-2033. Une décision sur la participation italienne au programme SAFE pourrait intervenir d’ici la fin mai, date butoir fixée par Guido Crosetto. Dans l’immédiat, les marchés surveilleront de près les signaux envoyés par Bruxelles : un refus catégorique pourrait accentuer les tensions entre l’Italie et ses partenaires, tandis qu’un compromis risquerait d’ouvrir la voie à de nouvelles demandes similaires de la part d’autres États.

Cette affaire illustre les défis auxquels l’UE est confrontée : concilier sécurité énergétique, défense commune et discipline budgétaire, dans un contexte géopolitique toujours plus incertain. Reste à savoir si l’Italie parviendra à faire de sa vulnérabilité économique un levier de négociation, ou si sa posture ne fera qu’aggraver les clivages au sein du bloc.