Une nouvelle législation américaine, visant à encadrer la détention de cryptomonnaies par l'État fédéral, abandonne l'ambition initiale d'acquérir jusqu'à un million de bitcoins en cinq ans. Selon Cryptoast, la copie du projet de loi ARMA Act, obtenue par le média The Block, recentre la stratégie sur des mécanismes d'acquisition « budget-neutres », sans objectif chiffré. Ce texte, baptisé American Reserve Modernization Act of 2026 (ARMA), devrait être publié officiellement d'ici la semaine prochaine.

Ce qu'il faut retenir

  • L'objectif d'acheter 1 million de bitcoins en cinq ans, initialement prévu par le BITCOIN Act, est abandonné dans le projet ARMA Act.
  • La nouvelle loi impose un verrou de 20 ans sur les cryptomonnaies détenues par l'État américain, interdisant toute vente ou disposition pendant cette période.
  • Après ce délai, le secrétaire au Trésor pourra vendre jusqu'à 10 % des actifs de la réserve tous les deux ans.
  • Les actifs crypto de l'État, estimés à 26 milliards de dollars, proviennent majoritairement de confiscations judiciaires.
  • Le projet introduit des obligations de transparence : rapports trimestriels, audits indépendants et inventaire complet des actifs sous 60 jours.

L'ARMA Act remplace le précédent projet, le BITCOIN Act, qui prévoyait l'acquisition de cryptomonnaies par le gouvernement fédéral. Contrairement à son prédécesseur, le nouveau texte ne fixe aucun objectif quantitatif d'achat. Il confie au Trésor américain et au département du Commerce la mission d'étudier des mécanismes d'acquisition « budget-neutres ». Parmi les pistes envisagées figurent la conversion d'actifs en bitcoin, la réévaluation de certificats-or, ou encore les partenariats avec les États fédérés.

L'administration américaine n'est pas dépourvue de cryptomonnaies. Selon des données non officielles d'Arkham Intelligence, rapportées par Cryptoast, les avoirs crypto du gouvernement s'élèveraient à 26 milliards de dollars, principalement composés de bitcoins, d'ethers et d'USDT issus de saisies judiciaires. Une somme qui place les États-Unis parmi les plus grands détenteurs de cryptomonnaies au monde, derrière certains pays comme El Salvador.

Un verrouillage de 20 ans pour les actifs crypto de l'État

Le projet ARMA Act introduit une disposition majeure : tout bitcoin ou autre cryptomonnaie déposé dans la réserve stratégique devra y rester au moins 20 ans. Pendant cette période, le gouvernement sera dans l'incapacité de « vendre, échanger, mettre aux enchères, grever ou disposer autrement » de ces actifs, quelle que soit la raison invoquée. Cette mesure vise à garantir la stabilité de la réserve et à éviter toute manipulation à court terme.

Une fois ce délai écoulé, le secrétaire au Trésor aura la possibilité de recommander la vente d'une partie des actifs. Il ne pourra cependant céder que 10 % des réserves sur une période de deux ans. Cette restriction vise à limiter l'impact potentiel sur les marchés, tout en permettant une gestion progressive des avoirs.

Une transparence inédite pour les réserves crypto fédérales

Le projet ARMA Act marque une rupture en matière de transparence. Il impose aux agences fédérales de publier des rapports trimestriels prouvant l'existence des réserves, assortis d'audits indépendants. Le Congrès disposera également de mécanismes de supervision renforcés pour suivre l'évolution de ces actifs. Ces mesures s'inscrivent dans un contexte où la gestion des cryptomonnaies par les États soulève des questions sur leur légitimité et leur contrôle.

Dans un délai de 60 jours après l'entrée en vigueur de la loi, les agences fédérales devront également fournir un inventaire complet des actifs numériques sous leur contrôle. Une exigence qui contraste avec la gestion opaque des réserves d'or, comme celle de Fort Knox, souvent critiquée pour son manque de transparence. L'ancien président américain Donald Trump a d'ailleurs réitéré, le 10 mai 2026, sa volonté d'auditer les réserves d'or américaines, mettant en lumière les attentes en matière de clarté financière.

« Les mécanismes de supervision du Congrès et les audits indépendants introduits par l'ARMA Act constituent une avancée significative pour la transparence des réserves crypto. Aucun autre actif stratégique n'est soumis à de telles obligations. »
Cryptoast, synthétisant les dispositions du projet de loi

Les pistes d'acquisition « budget-neutres »

Sans objectif chiffré d'achat, l'ARMA Act mise sur des mécanismes d'acquisition qui n'impactent pas le budget fédéral. Plusieurs options sont évoquées pour alimenter la réserve. La conversion d'actifs existants en bitcoin, comme des réserves d'or ou des dollars, figure parmi les solutions envisagées. La réévaluation de certificats-or ou les revenus tarifaires pourraient également servir de levier. Les saisies judiciaires, déjà à l'origine d'une partie des avoirs actuels, resteront un moyen privilégié d'enrichir le portefeuille crypto de l'État.

Les partenariats avec les États fédérés sont également envisagés. Certains États, comme le Texas ou le Wyoming, ont déjà adopté des législations favorables aux cryptomonnaies. Une collaboration avec ces entités pourrait permettre de mutualiser les ressources et d'accroître les réserves sans recourir à des dépenses publiques directes.

Et maintenant ?

Le projet ARMA Act doit encore être soumis au vote de la Chambre des représentants américaine avant d'entrer en vigueur. Si son adoption est confirmée, les premières mesures de transparence pourraient être mises en place dès le second semestre 2026. Les marchés crypto suivront de près l'évolution des réserves fédérales, dont l'impact sur l'offre de bitcoins reste à évaluer. Une question centrale persiste : dans quelle mesure ces réserves influenceront-elles la volatilité du marché, alors que l'objectif de 1 million de BTC est abandonné ? La réponse dépendra des mécanismes concrets retenus pour alimenter la réserve.

L'abandon de l'objectif d'achat d'un million de bitcoins marque un tournant dans la stratégie américaine. Le projet ARMA Act privilégie désormais la prudence et la transparence, deux valeurs souvent absentes des débats autour des cryptomonnaies. Alors que les États-Unis renforcent leur position dans l'écosystème crypto, les prochains mois seront déterminants pour évaluer l'impact de cette nouvelle approche sur le marché et la gouvernance des actifs numériques.

L'ARMA Act abandonne l'objectif d'acheter jusqu'à 1 million de bitcoins en cinq ans, initialement prévu par le BITCOIN Act. Il se concentre sur des mécanismes d'acquisition « budget-neutres » et impose un verrouillage de 20 ans sur les actifs détenus par l'État, avec des obligations de transparence accrues.

Les avoirs crypto du gouvernement américain, estimés à 26 milliards de dollars, sont principalement composés de bitcoins, d'ethers et d'USDT, issus de confiscations judiciaires selon Arkham Intelligence.