Un professeur assassiné en 2020, une mémoire qui reste vivace dans le débat public, et désormais un visage et une voix pour incarner Samuel Paty au cinéma. Selon Le Figaro, L’Abandon, fiction signée Vincent Garenq, retrace les onze derniers jours du professeur d’histoire-géographie, offrant une plongée dans une réalité souvent réduite à sa tragédie.

Ce qu'il faut retenir

  • Le film L’Abandon, réalisé par Vincent Garenq, sort en salles en mai 2026 et reconstitue les onze derniers jours de Samuel Paty, avant son assassinat le 16 octobre 2020.
  • Antoine Reinartz, connu du public pour son rôle dans Anatomie d’une chute, incarne le professeur avec une ressemblance troublante.
  • Le projet, approuvé par la sœur de Samuel Paty, évite tout sensationnalisme tout en abordant des réalités sociales et éducatives dérangeantes.
  • Le tournage a suscité des craintes chez l’équipe, consciente de la responsabilité de représenter un drame national.

Onze jours. C’est le temps que Vincent Garenq a choisi pour raconter la fin de Samuel Paty dans L’Abandon, un film qui évite soigneusement le piège du mélodrame. Selon Le Figaro, qui a pu visionner le film en exclusivité, le réalisateur s’attache à restituer l’humanité d’un homme réduit, pour beaucoup, à sa mort violente. Le projet, salué par la sœur du professeur, Zineb Paty, se veut une œuvre respectueuse, loin des polémiques qui ont entouré certains débats post-assassinat.

Antoine Reinartz, habitué aux rôles percutants comme celui de l’avocat général dans Anatomie d’une chute, endosse ici l’habit du professeur. Son interprétation, à la fois discrète et puissante, redonne une voix à Samuel Paty, dont la seule image connue du grand public reste celle, figée, de son assassinat. Deux semaines avant l’avant-première cannoise, l’acteur confiait au Figaro son appréhension : « Ce n’est pas la montée des marches du Palais des festivals qui m’angoisse, mais la responsabilité écrasante d’être à la hauteur d’un drame qui a bouleversé la France et d’un homme dont la mémoire est parfois calomniée. »

Le film se concentre sur le quotidien de Samuel Paty dans les semaines précédant sa mort, entre cours, tensions locales et engagement professionnel. Une approche qui dérange, selon les mots mêmes de l’équipe. « On nous a accusés de vouloir souffler sur les braises », a indiqué Vincent Garenq, soulignant les craintes de certains acteurs du débat public face à une reconstitution trop proche de la réalité. Pourtant, L’Abandon évite les écueils du pamphlet ou du réquisitoire. Le réalisateur mise sur une narration épurée, où chaque détail compte : les échanges en salle des professeurs, les réactions des élèves, ou encore les pressions extérieures pesant sur un établissement scolaire.

Le projet a reçu l’aval de la famille de Samuel Paty, un gage de légitimité pour l’équipe. Zineb Paty a ainsi confirmé au Figaro son soutien au film, saluant une œuvre qui « permet de mieux comprendre qui était mon frère ». Ce soutien n’a pas empêché les réticences de certains enseignants et associations, pour qui le sujet reste sensible. Pour autant, le film se présente comme une tentative de dialogue, bien au-delà de la polémique.

« Ce n’est pas la montée des marches du Palais des festivals qui m’angoisse, mais la responsabilité écrasante d’être à la hauteur d’un drame qui a bouleversé la France et d’un homme dont la mémoire est parfois calomniée. »
— Antoine Reinartz, acteur dans L’Abandon

Outre la question de la mémoire de Samuel Paty, L’Abandon soulève des enjeux éducatifs et sociétaux. Le film met en lumière les difficultés rencontrées par un professeur engagé, dans un contexte où les tensions autour de l’enseignement de l’histoire et des valeurs républicaines restent vives. Une réalité que le cinéma, jusqu’ici, avait peu explorée de manière aussi frontale.

Côté distribution, Antoine Reinartz n’est pas le seul nom connu. Le casting comprend également des seconds rôles inspirés de figures réelles du collège de Conflans-Sainte-Honorine, où Samuel Paty enseignait. Une attention particulière a été portée à la reconstitution des lieux, avec l’aide d’anciens collègues du professeur, afin de restituer au plus près l’atmosphère des semaines précédant l’attentat.

Et maintenant ?

La sortie en salles de L’Abandon intervient alors que le débat sur la mémoire de Samuel Paty et la laïcité à l’école reste d’actualité. Des projections-débats sont d’ores et déjà prévues dans plusieurs académies, avec la participation d’enseignants et de spécialistes. Pour Vincent Garenq, le film pourrait aussi servir de support pédagogique, à condition d’être accompagné d’un cadre de discussion adapté. Reste à voir comment le public et les institutions recevront cette œuvre, entre hommage et prise de conscience.

Alors que L’Abandon s’apprête à rencontrer son public, une question persiste : dans un paysage cinématographique où les biopics et les films historiques se multiplient, celui-ci parviendra-t-il à se distinguer par sa retenue et son honnêteté ? Le pari de Vincent Garenq est clair : ne pas trahir la mémoire de Samuel Paty, tout en offrant une porte d’entrée vers une réflexion plus large sur l’éducation et la liberté d’enseignement.

Une chose est sûre : après des années où Samuel Paty est resté un symbole, L’Abandon lui redonne un visage. Et c’est peut-être là son plus grand défi.

Selon le réalisateur Vincent Garenq, ces onze jours permettent de restituer l’humanité de Samuel Paty, bien au-delà de sa mort. « On a préféré montrer l’homme en mouvement plutôt que le martyr figé », a-t-il expliqué au Figaro.