Selon BFM Business, l'Italie se déclare ouverte à l'intégration de l'Allemagne dans le programme GCAP (Global Combat Air Programme), une initiative visant à développer un avion de chasse de sixième génération. Cette proposition intervient quelques jours après l'échec officiel du projet SCAF (Système de combat aérien du futur), porté conjointement par la France, l'Allemagne et l'Espagne jusqu'à début juin.

Ce qu'il faut retenir

  • L'échec du SCAF entre la France, l'Allemagne et l'Espagne en juin 2026 rebat les cartes des alliances européennes en matière de défense.
  • Le programme GCAP, lancé en décembre 2022 par l'Italie, le Royaume-Uni et le Japon, vise à remplacer l'Eurofighter Typhoon et le Mitsubishi F-2 d'ici 2035.
  • Le nouveau directeur général de Leonardo, Lorenzo Mariani, a déclaré que l'Italie serait « ravi[e] » d'accueillir des industriels allemands dans ce projet, tout en soulignant les défis logistiques et financiers d'une telle intégration.
  • Le Japon se montre réticent à l'ajout d'un nouveau partenaire, craignant des retards dans le calendrier de livraison prévu pour 2035.
  • L'Allemagne et Airbus ont indiqué vouloir s'engager dans un nouveau programme d'avion de chasse, soit en dirigeant un projet comme la Team Gen 6, soit en rejoignant un programme existant, à condition d'y jouer un rôle « substanciel ».
  • Le coût initial du SCAF, estimé à 100 milliards d'euros, a été l'un des points de rupture entre Airbus et Dassault.

Un contexte marqué par l'échec du SCAF et la recherche de nouveaux partenariats

Début juin 2026, Paris et Berlin ont officiellement acté la fin du projet SCAF, qui devait rassembler la France, l'Allemagne et l'Espagne autour du développement d'un avion de combat de nouvelle génération. Cet échec ouvre une période d'incertitude pour l'industrie européenne de la défense, alors que plusieurs alternatives émergent déjà. Selon BFM Business, huit entreprises majoritairement allemandes ont proposé dès le 9 juin de travailler sur une solution de rechange, baptisée Team Gen 6.

C'est dans ce contexte que le nouveau directeur général de Leonardo, le groupe italien de défense contrôlé par l'État, a évoqué la possibilité d'intégrer l'Allemagne au GCAP. Ce programme, lancé en décembre 2022, associe l'Italie, le Royaume-Uni et le Japon dans le développement d'un avion de chasse multirôle de sixième génération. Objectif : remplacer les flottes actuelles, notamment l'Eurofighter Typhoon utilisé par la Royal Air Force britannique et l'armée de l'air italienne, ainsi que le Mitsubishi F-2 japonais.

L'Italie ouverte à une collaboration avec Berlin, sous conditions

Lors d'un entretien accordé au Financial Times et relayé par BFM Business, Lorenzo Mariani, en poste depuis un mois seulement, a exprimé son enthousiasme quant à la participation allemande. « Je serais ravi que certains acteurs du complexe industriel allemand se joignent à nos activités », a-t-il déclaré. « Ces programmes sont toujours très exigeants en termes d'investissements. Ils absorbent généralement plus que prévu initialement. Avoir un autre partenaire disposant à la fois de capitaux et de compétences industrielles serait donc un atout. »

Cependant, il a nuancé son propos en soulignant que l'intégration d'une nouvelle nation à ce stade, « avec les mêmes droits que les trois autres, serait quelque peu perturbateur ». Il a ajouté que « les avantages à long terme sont évidents », tout en reconnaissant que des négociations intensives seraient nécessaires pour concilier les intérêts des différents partenaires.

« Vous pouvez commencer par de la politique, mais si l'industrie ne s'accorde pas sur les bonnes modalités, les bons objectifs et le partage des tâches, alors cela devient très difficile. »
— Lorenzo Mariani, directeur général de Leonardo

Berlin et Airbus en quête d'un rôle « substanciel » dans un nouveau programme

La question de l'engagement allemand survient alors que Berlin et Airbus Defence and Space ont réaffirmé leur intention de participer à un nouveau projet d'avion de chasse. Deux options sont envisagées : diriger un programme comme la Team Gen 6 ou rejoindre un projet existant, à condition d'y jouer un rôle « substanciel ». Cette exigence correspond à la « contribution financière de l'Allemagne », un point qui avait cristallisé les tensions lors des négociations sur le SCAF, évalué à 100 milliards d'euros.

Le projet SCAF avait en effet achoppé sur la répartition des tâches entre industriels français et allemands, notamment entre Dassault Aviation et Airbus Defence and Space. Le coût exorbitant et les désaccords sur la gouvernance avaient finalement conduit à son abandon. Pour l'Allemagne, la participation à un nouveau programme doit donc garantir une place centrale dans les décisions industrielles et financières.

Des réticences côté japonais et une situation politique britannique instable

Le Financial Times, cité par BFM Business, indique que le Japon se montre particulièrement réticent à l'idée d'intégrer un nouveau partenaire. Tokyo craint en effet que l'arrivée de l'Allemagne ne complique le calendrier du projet, dont le lancement est prévu pour 2035. La crainte des retards est d'autant plus forte que les négociations entre les trois partenaires actuels ont déjà été « difficiles », selon Lorenzo Mariani.

Par ailleurs, le contexte politique britannique ajoute une couche d'incertitude. Début juin, le ministre britannique de la Défense, John Healey, a démissionné en invoquant le « refus » du gouvernement de « s'engager dans les ressources nécessaires pour défendre le pays ». Cette crise ministérielle intervient alors que le Premier ministre Keir Starmer fait face à des pressions croissantes. Pour autant, Mariani s'est dit confiant : « Le combat aérien est un secteur tellement important pour le Royaume-Uni qu'il n'abandonnera jamais cette priorité. »

Leonardo mise sur la croissance industrielle et l'emploi

Dans ce paysage mouvant, Leonardo affiche des ambitions industrielles fortes. Le groupe italien, spécialisé dans l'armement, l'aéronautique, les hélicoptères, l'industrie spatiale et l'énergie, prévoit d'« accélérer » sa production en agrandissant ses sites et en créant « des milliers » de nouveaux emplois. Cette stratégie s'inscrit dans un contexte où l'Europe cherche à renforcer son autonomie stratégique, notamment face aux tensions géopolitiques et aux dépendances technologiques.

Alors que l'industrie européenne de la défense se réorganise, l'intégration éventuelle de l'Allemagne au GCAP pourrait redessiner les équilibres. Reste à savoir si Berlin parviendra à concilier ses exigences industrielles avec les impératifs de rapidité et de stabilité exprimés par ses partenaires actuels.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être décisives pour l'avenir du GCAP. Une réunion des trois partenaires actuels — Italie, Royaume-Uni et Japon — est attendue pour clarifier leur position respective, notamment sur l'opportunité d'intégrer l'Allemagne. Du côté allemand, la décision dépendra des garanties offertes en termes de leadership industriel et de financement. Si un accord était trouvé, les négociations techniques pourraient débuter d'ici la fin de l'année, avec pour objectif de finaliser les contours du projet avant 2027. En revanche, un refus ou des désaccords persistants pourraient accélérer la mise en œuvre d'alternatives comme la Team Gen 6, voire d'autres initiatives nationales ou bilatérales.

L'enjeu dépasse le cadre industriel : il s'agit de savoir si l'Europe parviendra à présenter un front uni face aux défis de la modernisation de ses capacités militaires, dans un contexte de rivalité accrue entre grandes puissances. Les prochains mois diront si la défection du SCAF aura servi de catalyseur à une nouvelle dynamique européenne, ou si elle aura, au contraire, fragmenté davantage un secteur déjà sous pression.

Le SCAF (Système de combat aérien du futur) était un projet lancé en 2017 par la France, l'Allemagne et l'Espagne pour développer un avion de combat de nouvelle génération. Il a été abandonné en juin 2026 en raison de désaccords financiers et industriels, notamment entre Dassault Aviation et Airbus Defence and Space. Le GCAP (Global Combat Air Programme), lancé en décembre 2022, est une initiative similaire portée par l'Italie, le Royaume-Uni et le Japon. Il vise également à remplacer les flottes actuelles d'avions de combat d'ici 2035, mais avec une approche différente en termes de gouvernance et de répartition des tâches.

Le Japon craint que l'ajout d'un nouveau partenaire comme l'Allemagne ne complique et ne retarde le calendrier du projet. Le GCAP a pour objectif de livrer un nouvel avion de combat d'ici 2035, et Tokyo souhaite éviter toute perturbation qui pourrait compromettre cette échéance. De plus, les négociations entre les trois partenaires actuels ont déjà été longues et difficiles, ce qui rend toute nouvelle intégration perçue comme un risque supplémentaire.