L’armée de Terre française vient d’atteindre une « étape clé » dans le développement de son futur équipement d’artillerie, avec la campagne d’évaluation du mortier mobile 120MC conçu par Thales. Selon Capital, cette phase de démonstration technique marque un tournant dans la modernisation des moyens de feu de l’institution, alors que le contexte géopolitique international pousse les armées européennes à accélérer leur réarmement.

Ce qu'il faut retenir

  • Le mortier mobile 120MC de Thales intègre un tube identique à celui du mortier 120 Rayé Tracté, garantissant des performances équivalentes en termes de précision et de portée.
  • Développé pour une intégration sur véhicules légers 4×4, le 120MC améliore la mobilité et la réactivité des unités d’artillerie, avec une mise en œuvre accélérée.
  • Cinquante tirs d’essais ont été réalisés pour valider la sécurité, la précision et la rapidité de déploiement de ce système.
  • Le projet s’inscrit dans une réorganisation des équipements : chaque régiment d’artillerie recevra huit véhicules Griffons MEPAC, en échange de mortiers tractés de 120 mm reversés à l’infanterie.
  • Cette innovation répond aux nouveaux besoins opérationnels identifiés par l’armée française, combinant puissance de feu et capacité à intervenir rapidement sur le terrain.

Ce nouveau système d’artillerie mobile, développé par le groupe industriel français Thales, représente une évolution majeure pour les forces terrestres. Le 120MC se distingue par son intégration sur des véhicules légers 4×4, une configuration qui lui permet de suivre les mouvements des unités d’infanterie tout en conservant une capacité de feu lourde. « Le 120MC répond aux nouveaux besoins opérationnels en combinant puissance de feu, mobilité et déploiement rapide », a souligné Thales dans un communiqué publié sur LinkedIn.

Pour valider ses performances, le système a fait l’objet d’une campagne d’essais approfondie. « Cinquante tirs ont été réalisés afin de démontrer sa précision, sa sécurité et sa rapidité de mise en œuvre », précise l’industriel. Le mortier mobile reprend le tube du mortier 120 Rayé Tracté, déjà en service dans l’armée française, ce qui garantit une continuité dans les performances balistiques. Cette approche permet également de limiter les coûts de développement et de formation des équipages, tout en assurant une interopérabilité avec les systèmes existants.

Une réorganisation des équipements au service de la modularité

L’adoption du 120MC s’accompagne d’une réorganisation des moyens d’artillerie de l’armée de Terre. Selon les informations rapportées par Capital, chaque régiment d’artillerie devrait recevoir huit véhicules Griffons MEPAC, spécialisés dans le tir de roquettes et de missiles. En contrepartie, les mortiers de 120 mm actuellement tractés — les Mo 120 F1 — seront reversés aux unités d’infanterie. Cette redistribution vise à renforcer la capacité de feu des petites unités tout en améliorant la mobilité globale des moyens lourds.

Cette stratégie s’inscrit dans une logique de modernisation plus large, visant à rendre les forces françaises plus réactives face aux menaces contemporaines. « Cela n’est pas forcément synonyme d’une baisse de l’armement. Bien au contraire », note Zone militaire, cité par le média. En effet, l’intégration de systèmes mobiles comme le 120MC permet aux unités de s’adapter rapidement aux évolutions du champ de bataille, notamment dans des environnements où la supériorité aérienne ou la couverture des feux d’artillerie lourds ne sont pas garanties.

Un contexte géopolitique propice à l’innovation militaire

Le développement et l’évaluation du 120MC interviennent dans un contexte international marqué par une intensification des tensions et une course aux armements. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, les pays européens ont accéléré leurs investissements dans la défense, craignant une résurgence des conflits de haute intensité sur le continent. La France, engagée aux côtés de Kiev, a également adapté sa posture stratégique en réponse aux incertitudes liées à la politique de sécurité américaine sous l’administration précédente.

Les tensions au Moyen-Orient, où Paris maintient des alliances avec plusieurs pays de la région comme les Émirats arabes unis, ont également contribué à renforcer la nécessité d’une armée plus agile et mieux équipée. Dans ce cadre, l’innovation technologique, telle que le 120MC, permet à la France de conserver un avantage opérationnel face à des adversaires potentiels disposant de moyens conventionnels et hybrides toujours plus sophistiqués.

Des performances validées, mais des questions en suspens

Si les essais menés sur le 120MC ont confirmé ses capacités techniques, plusieurs questions subsistent quant à son intégration à grande échelle. D’abord, la question des coûts : le développement et la production de systèmes d’artillerie mobiles représentent un investissement significatif, surtout dans un contexte budgétaire contraint. Ensuite, l’adaptation des unités à ce nouveau matériel nécessitera une formation spécifique, notamment pour les équipages chargés de sa mise en œuvre.

Enfin, l’efficacité réelle du 120MC sur le terrain dépendra de sa capacité à s’intégrer dans les doctrines opérationnelles de l’armée de Terre. « Le mortier mobile doit pouvoir opérer en appui des unités légères, tout en conservant une capacité de frappe précise et à longue portée », explique un officier de l’armée de Terre sous couvert d’anonymat. Ces défis logistiques et tactiques seront déterminants pour le succès de ce programme.

Et maintenant ?

La campagne d’évaluation du 120MC devrait se poursuivre dans les prochains mois, avec une décision d’acquisition attendue d’ici la fin de l’année 2026. Si les résultats sont concluants, une commande initiale pourrait être passée pour équiper les premiers régiments d’artillerie d’ici 2027. Par ailleurs, Thales et l’armée de Terre pourraient explorer des évolutions futures, comme l’intégration de systèmes de guidage ou de contre-mesures électroniques pour renforcer la furtivité et la précision du mortier mobile.

Cette innovation illustre la volonté de la France de maintenir sa souveraineté industrielle et technologique dans le domaine de la défense. Alors que les tensions internationales persistent, le 120MC pourrait bien devenir un pilier de la capacité de feu mobile des armées européennes pour les décennies à venir.

Le mortier mobile 120MC, grâce à son tube identique à celui du mortier 120 Rayé Tracté, offre une portée équivalente à celle du système tracté, soit environ 8 à 10 kilomètres selon les munitions utilisées. Son intégration sur véhicule léger 4×4 ne modifie pas ses capacités balistiques, mais améliore sa réactivité et sa mobilité sur le terrain.