Les ménages retraités français figurent parmi les seniors les plus aisés d’Europe, avec un patrimoine net médian de 232 800 euros, selon une étude de la Banque centrale européenne (BCE) relayée par Capital. Ce classement place la France en cinquième position, derrière Malte (310 000 euros), la Belgique (307 000 euros), le Luxembourg (1 219 500 euros) et l’Allemagne (232 100 euros).
Publié en juin 2026, ce rapport met en lumière les disparités de richesse entre les seniors européens, âgés de 65 à 74 ans. Les écarts sont spectaculaires : le patrimoine médian des retraités lettons s’élève à seulement 36 300 euros, contre plus d’un million d’euros pour leurs homologues luxembourgeois. En Europe, le patrimoine net médian pour cette tranche d’âge atteint 185 300 euros, avec des variations marquées selon les pays. En France, l’écart de patrimoine entre les 65-74 ans et les 75 ans et plus n’est que de 14 %, un chiffre inférieur à la moyenne européenne de 22 %.
Ce qu'il faut retenir
- Le patrimoine net médian des retraités français s’élève à 232 800 euros, soit la cinquième position en Europe.
- Le Luxembourg détient le record avec 1 219 500 euros, tandis que la Lettonie affiche le patrimoine le plus faible (36 300 euros).
- En France, l’écart de patrimoine entre les 65-74 ans et les 75 ans et plus n’est que de 14 %, contre 22 % en moyenne dans la zone euro.
- L’Italie se distingue parmi les grandes économies européennes avec un patrimoine médian de 168 000 euros, inférieur à la moyenne de 185 300 euros.
- Cinq pays, dont la Lituanie (51 400 euros) et la Hongrie (54 400 euros), affichent des patrimoines inférieurs à 100 000 euros.
Des écarts liés à l’immobilier et aux politiques nationales
Les différences observées s’expliquent par plusieurs facteurs structurels. D’abord, l’accès à la propriété immobilière joue un rôle clé : là où les seniors ont pu acheter leur logement et profiter de la hausse des prix, leur patrimoine net est plus élevé. À l’inverse, dans les pays où la location domine, le patrimoine privé apparaît souvent plus modeste, même si les retraités bénéficient d’autres protections sociales.
Les revenus, la composition des ménages, les taux d’endettement et les niveaux de prix immobiliers varient également selon les pays. « Ces différences rappellent que la richesse n’est jamais uniquement le résultat du comportement individuel d’épargne », analyse Fabian Pfeffer, professeur à l’université LMU de Munich et directeur du Munich International Stone Center for Inequality Research. Pour lui, le contexte macroéconomique et les politiques publiques façonnent autant les patrimoines que les choix personnels.
L’immobilier, principal levier de constitution du patrimoine
Le logement constitue souvent l’actif le plus important des ménages retraités. « Là où les ménages âgés ont largement eu accès à la propriété de leur logement et ont bénéficié de la hausse des prix de l’immobilier, le patrimoine net médian tend à être beaucoup plus élevé », explique le chercheur. Cette tendance se vérifie particulièrement dans les pays où l’accès à la propriété est historique, comme la Belgique ou Malte, où les patrimoines médians dépassent les 300 000 euros.
À l’opposé, les pays baltes ou l’Europe centrale, où l’endettement immobilier a été moins répandu et où les prix de l’immobilier sont restés modérés, affichent des patrimoines bien inférieurs. En Lettonie, par exemple, le patrimoine médian des 65-74 ans ne dépasse pas 36 300 euros, un niveau proche de celui observé en Lituanie (51 400 euros) ou en Hongrie (54 400 euros).
La France dans le peloton de tête, mais avec des limites
Avec 232 800 euros de patrimoine médian, la France se classe juste derrière l’Allemagne (232 100 euros) et devant l’Espagne (200 800 euros). Ce score place les retraités français devant la moyenne européenne, mais derrière des pays comme l’Autriche (188 500 euros) ou la Finlande (176 100 euros). L’Italie, avec 168 000 euros, fait figure de mauvais élève parmi les grandes économies de l’Union.
Cependant, ce patrimoine médian masque des disparités internes. En effet, le système de retraite français repose en partie sur la capitalisation individuelle (PER, assurance-vie), ce qui peut favoriser les ménages les plus aisés. Par ailleurs, l’écart de patrimoine entre les 65-74 ans et les 75 ans et plus est particulièrement faible en France (14 %), suggérant une meilleure préservation du niveau de vie après 75 ans. Seuls le Luxembourg et la Belgique enregistrent un phénomène similaire.
Pour les retraités français, la question n’est pas tant de savoir s’ils font partie des plus riches d’Europe, mais plutôt comment ces patrimoines se maintiendront face aux défis économiques à venir. La hausse des prix de l’immobilier, souvent pointée comme un facteur de richesse, pourrait aussi devenir un fardeau pour ceux qui ne sont pas propriétaires. Autant dire que la question du patrimoine des seniors reste un sujet aussi complexe que stratégique pour l’équilibre social du continent.
Le Luxembourg affiche un patrimoine médian de 1 219 500 euros principalement en raison de son marché immobilier dynamique, de salaires élevés et d’une fiscalité avantageuse pour les hauts revenus. La concentration de grandes fortunes et d’expatriés aisés joue également un rôle clé dans ce classement.
En France, l’écart de 14 % entre les deux tranches d’âge s’explique par un système de retraite relativement protecteur et une épargne individuelle bien répartie. Les réformes récentes, comme celle de 2023, ont aussi contribué à maintenir un niveau de vie stable pour les seniors, limitant la baisse de patrimoine après 75 ans.