Autrefois plébiscité pour ses propriétés antifongiques, le cuivre, pilier de la viticulture biologique, se retrouve aujourd’hui sous le feu des régulateurs. Selon Le Monde, une quinzaine de produits phytosanitaires à base de ce métal ont été retirés du marché ces dernières années, laissant les vignerons du Val de Loire face à un défi majeur : protéger leurs parcelles du mildiou sans recourir à des alternatives controversées.

Ce qu'il faut retenir

  • 15 produits phytosanitaires à base de cuivre retirés du marché ces dernières années, selon les données officielles.
  • Le Val de Loire, terre de viticulture bio, est particulièrement touché par cette transition réglementaire.
  • Le mildiou, champignon dévastateur, menace les vignes chaque année, exigeant des traitements préventifs.
  • Les viticulteurs bio doivent désormais explorer des solutions alternatives, souvent moins efficaces ou plus coûteuses.
  • L’Union européenne limite strictement l’usage du cuivre depuis 2018, avec un plafond de 4 kg/ha/an.
  • La filière viticole bio cherche à concilier réglementation, viabilité économique et préservation des sols.

Un métal historique devenu problématique

Pendant des décennies, le sulfate de cuivre a été le rempart privilégié des vignerons contre le mildiou, un parasite qui peut réduire à néant une récolte en quelques semaines. Pourtant, ce métal lourd, dont les effets cumulatifs sur les sols et les nappes phréatiques sont aujourd’hui pointés du doigt, fait l’objet d’un durcissement réglementaire progressif. Depuis 2018, l’Union européenne impose un plafond maximal de 4 kg de cuivre par hectare et par an, une mesure qui a déjà entraîné le retrait du marché de plusieurs dizaines de spécialités commerciales.

Dans le Val de Loire, où l’agriculture biologique représente une part significative de la production viticole, cette contrainte pèse lourd. « Le cuivre était notre bouclier, mais aujourd’hui, il est devenu un boulet », confie Jean-Marc Bourgeois, vigneron à Vouvray et président de l’association des producteurs bio de la région. Selon lui, la réduction des doses autorisées expose les vignes à des risques accrus, surtout lors des années humides où le mildiou se propage rapidement.

Des alternatives limitées et coûteuses

Face à cette situation, les viticulteurs bio explorent plusieurs pistes. Certaines exploitations misent sur des préparations à base de plantes, comme la prêle ou l’ortie, reconnues pour leurs propriétés fongicides naturelles. D’autres optent pour des purins de lithotamne, une algue calcaire aux vertus antifongiques, bien que leur efficacité reste inférieure à celle du cuivre. « On teste tout, mais rien ne remplace vraiment le cuivre », explique Sophie Duval, œnologue dans un domaine près de Saumur. « Les résultats sont aléatoires, et les coûts explosent avec ces nouvelles méthodes. »

La filière bio n’est pas la seule concernée. Les vignerons en conversion ou en agriculture conventionnelle doivent également revoir leurs pratiques, sous peine de perdre leur certification. Une transition qui s’accompagne d’un surcoût estimé entre 20 % et 30 % pour les exploitations, selon les premières estimations des syndicats viticoles. Des aides publiques, notamment via les programmes de développement rural, tentent d’atténuer ce choc financier, mais leur enveloppe reste insuffisante pour couvrir l’ensemble des besoins.

Un enjeu environnemental et économique

Le débat dépasse le cadre strictement technique. Les défenseurs du cuivre soulignent son caractère biodégradable et son absence de résistance chez les pathogènes, contrairement à de nombreux fongicides de synthèse. « Le cuivre ne laisse pas de résidus persistants dans l’environnement, à condition de respecter les doses », rappelle Pierre Martin, chercheur à l’Institut français de la vigne et du vin (IFV). Pour autant, les autorités sanitaires et environnementales restent fermes : les risques de contamination des sols et des eaux, bien que modérés, ne peuvent plus être ignorés.

Dans le Val de Loire, certains domaines commencent à adopter une approche préventive radicale : l’association de cépages résistants au mildiou, comme le Cabernet Cortis ou le Muscaris. Une solution de long terme, mais qui implique de repenser entièrement les méthodes culturales et les goûts des vins produits. « Cela prend au moins dix ans avant que ces variétés ne donnent des résultats satisfaisants », estime Bourgeois. « Entre-temps, on marche sur un fil. »

Et maintenant ?

Plusieurs pistes sont sur la table pour l’automne 2026. L’Union européenne doit réévaluer, d’ici à la fin de l’année, le plafond d’usage du cuivre en viticulture. Une décision qui pourrait, selon les observateurs, soit assouplir légèrement les règles, soit les durcir davantage. Parallèlement, les instituts techniques comme l’IFV multiplient les essais pour identifier des alternatives viables, tandis que les syndicats viticoles négocient des enveloppes budgétaires supplémentaires auprès des collectivités locales. Une chose est sûre : la filière n’aura d’autre choix que de s’adapter, sous peine de voir disparaître une partie de son modèle historique.

En attendant, les vignerons du Val de Loire, comme ceux de toute la France, observent le ciel avec inquiétude. Car dans un contexte de changement climatique, où les épisodes de pluie violente se multiplient, chaque jour sans traitement efficace compte. Et le temps, lui, ne s’accorde pas.

Le cuivre, bien qu’efficace contre le mildiou, est un métal lourd dont l’accumulation dans les sols et les nappes phréatiques pose problème. Depuis 2018, l’Union européenne limite son usage à 4 kg/ha/an pour limiter les risques environnementaux, entraînant le retrait de nombreux produits phytosanitaires à base de ce métal.