Camilla a choisi de ne pas porter la couronne sertie du Koh-i-Noor lors du couronnement de Charles III en mai 2023, une décision qui illustre les tensions diplomatiques persistantes autour de ce diamant de 105,6 carats, symbole du passé colonial britannique. Selon BMF - International, cette absence remarquée visait à éviter une polémique avec l’Inde, qui réclame depuis des années le retour du joyau.
Ce qu’il faut retenir
- Le Koh-i-Noor, d’un poids de 105,6 carats, est actuellement exposé à la Tour de Londres au sein des joyaux de la Couronne britannique.
- Le diamant a été intégré à la collection britannique en 1849 après l’annexion du Pendjab par la Compagnie des Indes orientales, puis offert à la reine Victoria.
- L’Inde, le Pakistan, l’Iran et l’Afghanistan revendiquent sa restitution, mais le Crown Jewels Act de 1887 interdit juridiquement son aliénation sans l’accord du Parlement britannique.
- La dernière reine à l’avoir porté en public fut Elizabeth, épouse de Georges VI, en 1937, dans la couronne de la reine mère.
Un joyau aux origines légendaires et mouvementées
L’histoire du Koh-i-Noor plonge ses racines dans les mythes et les conquêtes. Selon les légendes les plus anciennes, le diamant aurait été offert à Krishna par le dieu soleil Surya il y a plus de 5 000 ans. Les archives historiques, bien que fragmentaires, situent son extraction dans les mines de Golconde, dans l’actuel État du Telangana (Inde). Toutes les pierres précieuses de cette région étaient vendues au fort de Golconde, d’où leur nom générique de « diamants de Golconde ».
Au XVIᵉ siècle, le diamant serait entré en possession de l’empereur moghol Babur après sa conquête du nord de l’Inde en 1526. Son fils, Humayun, aurait récupéré le joyau à Âgrâ, mais les mémoires de Babur mentionnent une pierre de 170 carats dont la valeur équivalait à deux jours et demi des revenus mondiaux de l’époque. Rien ne prouve cependant qu’il s’agisse du Koh-i-Noor. Plus tard, au XVIIᵉ siècle, l’empereur Shâh Jahân l’aurait fait sertir sur le trône du Paon avant qu’il ne soit emporté par Nader Chah en 1739, lors du sac de Delhi.
Un symbole de pillage colonial et de malédiction
Le Koh-i-Noor a été cédé aux Britanniques en 1849, à l’issue de la seconde guerre anglo-sikhe. La Compagnie des Indes orientales a imposé un traité au jeune souverain sikh Duleep Singh, alors âgé de dix ans, le contraignant à remettre le diamant à la reine Victoria, proclamée impératrice des Indes en 1876. Ce geste marquait la mainmise définitive de Londres sur le Pendjab et devenait un symbole de la puissance impériale britannique.
La réputation de « malédiction » du diamant s’est construite autour de son histoire mouvementée. Volé à maintes reprises lors de conflits sanglants — notamment lors de la prise de Delhi par Nader Chah —, il aurait été associé à la mort brutale de ce dernier. En Inde, où les pierres sont investies de vertus, un diamant aux inclusions est souvent considéré comme « maudit ». Pourtant, selon les historiens, cette légende ne s’est réellement répandue qu’après 1850, lorsque le joyau a quitté le sous-continent. Capucine Juncker, auteure de Diamants de Golconde, suggère que cette croyance pourrait aussi refléter le ressentiment des peuples spoliés : « Quand vous perdez quelque chose qui a de la valeur, vous avez envie de maudire cette personne, et donc tout ce qu’elle emporte avec elle. »
Une taille controversée et un héritage disputé
Lors de la Grande Exposition de 1851 à Londres, le public britannique a été déçu par l’apparence du diamant. Jugée trop sombre et asymétrique par rapport aux standards européens, la taille moghole a été jugée peu brillante par les visiteurs. Le prince consort Albert et la reine Victoria ont alors décidé de le faire retailler en 1852. La pierre est passée de 190 carats à 105,6 carats, perdant 43 % de son poids, mais gagnant en éclat. Ce changement a été perçu par certains observateurs, notamment en Inde, comme un acte de « vandalisme » visant à effacer la symbolique originelle du joyau.
Le Koh-i-Noor n’a été porté publiquement que par des femmes : Victoria, Alexandra, Mary et enfin Elizabeth, épouse de Georges VI, qui l’a arboré en 1937 dans la couronne de la reine mère. Sa dernière apparition en public remonte à 2002, lors des funérailles de cette dernière, dont le cercueil était orné de la couronne sertie du diamant.
Un casse-tête diplomatique et juridique
La question de la restitution du Koh-i-Noor oppose désormais quatre pays : l’Inde, le Pakistan, l’Iran et l’Afghanistan. New Delhi mène depuis des années une campagne pour obtenir le retour du joyau, qu’elle considère comme un symbole du pillage colonial. En 2023, l’absence du diamant lors du couronnement de Charles III a été interprétée comme un geste diplomatique envers l’Inde, où la demande de restitution reste vive.
Cependant, la restitution se heurte à un obstacle juridique majeur : le Crown Jewels Act de 1887, qui stipule que les joyaux de la Couronne britannique ne peuvent être aliénés sans un vote du Parlement. Ce cadre légal rend toute restitution politiquement improbable et juridiquement complexe. Les autorités britanniques se trouvent ainsi prises dans un paradoxe : le Koh-i-Noor, autrefois présenté comme un trophée de la puissance impériale, est aujourd’hui perçu comme la preuve matérielle des exactions coloniales.
La question de la légitimité de la possession du Koh-i-Noor dépasse largement le cadre d’un simple différend juridique. Elle interroge la manière dont les anciennes puissances coloniales gèrent leur héritage et leur rapport à l’histoire. Tant que le joyau restera un symbole de divisions, son sort continuera de hanter les relations internationales.
Le refus britannique s’appuie sur deux arguments principaux. D’une part, le Crown Jewels Act de 1887 interdit juridiquement l’aliénation des joyaux de la Couronne sans l’accord du Parlement. D’autre part, les autorités de Londres estiment que le diamant a été acquis légalement, bien que cette position soit contestée par les pays revendicateurs, qui y voient une spoliation coloniale.
La restitution d’objets culturels dépend de plusieurs critères, notamment la preuve d’un pillage avéré, l’absence de légitimité de l’acquisition et l’accord des parties. La Convention de l’UNESCO de 1970 encadre ces restitutions, mais elle n’a pas de caractère contraignant. Les négociations restent donc souvent bilatérales et politiques.