À Paramaribo, capitale du Suriname, ce plat se retrouve sur toutes les tables. Selon Courrier International, qui relaie un article du de Volkskrant, le pom incarne bien plus qu’un simple mets local : il raconte une histoire de résistance, de métissage et de transmission culturelle. Photographié en mai 2025 sur les étals du marché central de Paramaribo par Juan Barreto pour l’AFP, ce plat, préparé à base de chou caraïbe et de poulet, symbolise aujourd’hui l’attente d’une richesse pétrolière promise à la population.

Ce qu'il faut retenir

  • Le pom est considéré comme le plat national du Suriname, où il est consommé par l’ensemble des communautés, malgré des variations de recette.
  • Son origine remonte au XVIIe siècle, lorsque des esclaves africains, sous l’impulsion de propriétaires juifs, ont adapté une recette européenne en utilisant le chou caraïbe, tubercules locaux.
  • Chaque famille, chaque groupe ethnique, possède sa propre version du pom, alimentant des débats culinaires endémiques.
  • Le plat est aujourd’hui au cœur des enjeux de partage des richesses liées à l’exploitation offshore du pétrole, un secteur en plein essor au Suriname.
  • Le chou caraïbe, ingrédient central, est aussi appelé macabo et diffère radicalement de la pomme de terre, contrairement à ce que suggère son nom.

Un plat né de l’histoire coloniale

L’histoire du pom plonge ses racines dans l’époque coloniale. Courrier International, citant un témoignage publié sur Facebook par une internaute, rappelle que ce plat est « l’expression tangible du savoir-faire africain au Suriname ». Il perpétue le souvenir des cuisinières réduites en esclavage, dont le talent a survécu à travers les siècles. L’origine exacte du plat reste floue, mais la version la plus répandue veut que des propriétaires juifs, installés au Suriname dès le XVIIe siècle, aient demandé à leurs esclaves de préparer un gratin à base de pommes de terre et de poulet.

Or, le Suriname ne produit pas de pommes de terre. Les esclaves ont alors eu recours au chou caraïbe, une plante tuberculeuse déjà maîtrisée dans leur cuisine quotidienne. Ainsi est né le pom, un plat qui mêle influences européennes et africaines, tout en s’adaptant aux ressources locales. Aujourd’hui, il est devenu un symbole de l’identité culinaire surinamaise, consommé aussi bien lors des fêtes familiales que des célébrations nationales.

Un mets aux multiples interprétations

La particularité du pom réside dans sa diversité. Comme le souligne Courrier International, chaque Surinamien, chaque famille, revendique sa propre recette. Faut-il désosser le poulet ou le laisser entier ? Faut-il incorporer du piccalilli, ce condiment à base de pickles, moutarde et curcuma ? Ou se contenter de jus d’orange pour assaisonner ? Les débats sont sans fin. Certains ajoutent des épices, d’autres préfèrent une version plus simple. «

Demandez leur recette à dix Surinamiens, vous obtiendrez dix réponses différentes
», écrit le de Volkskrant, repris par Courrier International.

Cette multiplicité des versions reflète la mosaïque ethnique du pays. Créoles, Hindoustanis, Javanais, Amérindiens, Chinois et descendants d’esclaves africains coexistent au Suriname, et chacun apporte sa touche au plat. Pourtant, malgré ces divergences, le pom reste un dénominateur commun, un lien entre les générations et les communautés. Pour certains, comme One’sy Muller, auteur cité par le de Volkskrant, la recette de sa grand-mère représente bien plus qu’un plat : c’est un héritage intouchable, transmis depuis des décennies.

Un symbole face aux défis économiques modernes

Le pom s’inscrit aujourd’hui dans un contexte économique bien plus large. Le Suriname, pays d’Amérique du Sud le moins peuplé, fait face à un tournant majeur avec l’exploitation de gisements pétroliers offshore. Depuis 2025, les autorités promettent que la manne financière issue de ces ressources profitera directement à la population. Une promesse qui prend tout son sens alors que le plat, autrefois simple expression de la cuisine locale, devient aussi le symbole d’un espoir de prospérité partagée.

La photo de Juan Barreto, prise en mai 2025 sur le marché central de Paramaribo, illustre cette transition. On y voit un étal de légumes, où le chou caraïbe occupe une place centrale. Autant dire que l’avenir du pom est aussi lié à celui du pays : si les revenus pétroliers se concrétisent, le plat pourrait devenir un marqueur encore plus fort de la culture surinamaise, tout en symbolisant une nouvelle ère de développement.

Un plat qui traverse les frontières

Bien que le pom soit indissociable du Suriname, son influence dépasse les frontières du pays. La diaspora surinamaise, notamment aux Pays-Bas, perpétue la tradition culinaire à travers le monde. Des restaurants à Amsterdam ou Rotterdam proposent des versions adaptées, tandis que les réseaux sociaux, comme le mentionne Courrier International, regorgent de recettes et de témoignages d’expatriés nostalgiques.

Pourtant, malgré cette popularité, le pom reste méconnu en dehors des cercles de passionnés. Les touristes visitant Paramaribo le découvrent souvent par hasard, lors de leur passage sur les marchés ou dans les échoppes locales. Certains blogs culinaires internationaux commencent à le mettre en avant, mais il reste loin derrière d’autres plats sud-américains comme la feijoada brésilienne ou l’ajiaco colombien. Un paradoxe pour un plat qui incarne à lui seul l’âme d’une nation.

Et maintenant ?

Si l’exploitation pétrolière devait se concrétiser d’ici 2027, comme le prévoient les projections, le Suriname pourrait connaître une croissance économique significative. Reste à voir si cette richesse sera équitablement redistribuée, et si le pom deviendra, au-delà de son statut de plat emblématique, un symbole de justice sociale. En attendant, les débats culinaires continueront de rythmer la vie quotidienne des Surinamiens, prouvant que ce plat, né de l’histoire coloniale, a encore de beaux jours devant lui.

La question de la préservation de ce patrimoine culinaire se pose également. Avec l’occidentalisation des modes de vie et la standardisation des recettes, certains craignent que le pom ne perde une partie de son authenticité. Des initiatives locales, comme des ateliers culinaires ou des festivals dédiés, tentent pourtant de perpétuer les savoir-faire traditionnels.

Le Suriname ne produit pas de pommes de terre, contrairement à l’Europe. Les esclaves africains, contraints de s’adapter aux ressources locales, ont utilisé le chou caraïbe — aussi appelé macabo — un tubercule déjà intégré à leur alimentation. Ce choix a donné naissance à une recette unique, mêlant influences européennes et savoir-faire africain.

Non. Le pom est consommé par l’ensemble des groupes ethniques du Suriname, des Créoles aux Hindoustanis, en passant par les Javanais et les Amérindiens. Chaque communauté y apporte sa touche, ce qui en fait un plat véritablement national, bien au-delà des clivages culturels.