Deux conflits majeurs illustrent les mutations de la guerre au XXIe siècle : l’enlisement de la Russie en Ukraine et l’échec des États-Unis à renverser le régime iranien. Tandis que Pékin observe cette recomposition des rapports de force, Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po, identifie deux facteurs clés ayant bouleversé la culture guerrière contemporaine. Selon Ouest France, cette analyse s’appuie sur une relecture des dynamiques internationales actuelles.

Ce qu'il faut retenir

  • La Russie se heurte à une résistance ukrainienne inattendue depuis le début de l’invasion en 2022.
  • Les États-Unis échouent à destabiliser le régime iranien malgré plusieurs années d’efforts diplomatiques et militaires.
  • La Chine adopte une posture d’observation, renforçant son influence sans s’engager directement.
  • Bertrand Badie, professeur à Sciences Po, souligne l’impact de la mondialisation et des sociétés civiles sur les conflits modernes.
  • Selon l’expert, ces deux éléments ont radicalement modifié les stratégies et les perceptions de la guerre.

Une nouvelle donne géopolitique

Les revers subis par Moscou en Ukraine, malgré des moyens militaires et économiques colossaux, révèlent une évolution majeure dans la conduite des conflits. D’après Bertrand Badie, « la mondialisation a changé la culture de la guerre ». Cette transformation s’explique en partie par l’interdépendance croissante des économies et des sociétés, qui limite la liberté d’action des États belligérants. Autant dire que les guerres d’autrefois, menées à coups d’invasions frontalières et de blocus économiques, relèvent désormais du passé.

De son côté, l’échec américain en Iran illustre une autre facette de ce changement. Malgré des décennies de sanctions et d’ingérences, Washington n’est parvenu ni à renverser le régime des mollahs, ni à imposer une transition démocratique. Ces constats soulignent une perte d’efficacité des outils traditionnels de la puissance militaire et diplomatique.

Le rôle croissant des sociétés civiles

Bertrand Badie met en lumière un second facteur de transformation : l’influence grandissante des sociétés. « Les populations ne sont plus de simples spectateurs, elles deviennent des acteurs à part entière », explique-t-il. Les mouvements de résistance ukrainiens, les manifestations pro-démocratie en Iran ou encore les pressions citoyennes en Occident contre les interventions militaires montrent que les conflits ne se limitent plus aux champs de bataille.

Cette dynamique a pour conséquence de complexifier les stratégies des États. Les gouvernements doivent désormais composer avec des opinions publiques de plus en plus mobilisées, capables de faire pression via les réseaux sociaux ou les médias. Bref, la guerre n’est plus l’apanage des armées, mais s’inscrit dans un écosystème global où chaque acteur, qu’il soit étatique ou non, pèse dans l’équation.

La Chine, spectatrice avisée

Dans ce contexte, la Chine adopte une posture de prudence calculée. Pékin évite de s’engager dans des conflits directs, préférant consolider son influence par le biais d’alliances économiques et technologiques. « La Chine observe, mais ne reste pas inactive », souligne Bertrand Badie. Son modèle de « guerre sans guerre » — combinant soft power, cyberattaques et contrôle des ressources — s’inscrit dans cette nouvelle grammaire des conflits.

Cette stratégie lui permet de tirer profit des tensions sans en subir les coûts. Alors que les États-Unis et la Russie s’épuisent dans des guerres coûteuses, Pékin renforce discrètement sa position sur la scène internationale, notamment en Afrique et en Asie du Sud-Est.

Et maintenant ?

À court terme, la tendance devrait se confirmer : les conflits prolongés, comme en Ukraine, resteront marqués par une asymétrie croissante entre les moyens militaires traditionnels et la résistance des sociétés civiles. D’ici à 2028, les prochaines élections américaines et européennes pourraient, selon les observateurs, redéfinir les priorités géopolitiques des grandes puissances. Reste à voir si cette période verra émerger de nouvelles formes de médiation ou, au contraire, une radicalisation des positions.

Pour Bertrand Badie, l’enjeu est désormais de repenser les cadres de la diplomatie internationale. « Les États doivent accepter que leur pouvoir n’est plus absolu », rappelle-t-il. Une conclusion qui invite à reconsidérer les outils de la paix, tout comme ceux de la guerre.

Selon Bertrand Badie, l’échec russe s’explique par deux facteurs principaux : d’une part, la mondialisation a réduit l’efficacité des stratégies conventionnelles, d’autre part, la résistance ukrainienne bénéficie d’un soutien international et d’une mobilisation citoyenne sans précédent. La combinaison de ces éléments a transformé le conflit en une guerre d’usure où la supériorité numérique ne suffit plus.