Le projet de loi constitutionnelle visant à accorder un statut d’autonomie à la Corse, qui sera soumis au vote des députés ce mardi 23 juin, marque un tournant inattendu dans le paysage politique français. Longtemps opposés à toute forme de décentralisation pour l’île de Beauté, les députés du Rassemblement National (RN) ont en effet fait évoluer leur doctrine, au point de proposer leur propre contre-projet. Une volte-face que Le Figaro analyse comme le résultat d’une influence croissante du mouvement identitaire corse Mossa Palatina sur le parti d’extrême droite.

Ce revirement intervient alors que le texte, porté par les nationalistes corses, reçoit un soutien inattendu de plusieurs forces politiques. Si La France Insoumise (LFI) et Jean-Luc Mélenchon avaient déjà affiché leur soutien à ce concept d’autonomie, malgré leurs positions passées, d’autres acteurs majeurs du paysage politique français, comme le RN, souhaitent désormais peser dans ce débat. Une dynamique qui dépasse largement le cadre de l’île méditerranéenne pour interroger les recompositions idéologiques en cours à l’extrême droite.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Rassemblement National (RN), historiquement hostile à l’autonomie de la Corse, propose désormais un contre-projet dans le cadre du vote prévu le 23 juin à l’Assemblée nationale.
  • Ce changement de position s’explique notamment par l’influence du mouvement identitaire corse Mossa Palatina sur le parti.
  • La loi constitutionnelle vise à octroyer un statut d’autonomie à la Corse, une première dans l’histoire récente de la République.
  • Ce texte bénéficie déjà du soutien de La France Insoumise (LFI), malgré des positions passées opposées à l’autonomie.
  • Le RN cherche désormais à s’imposer comme un acteur central du débat, en proposant une alternative à la version initiale du texte.

Un héritage politique marqué par l’opposition à l’autonomie

Pour comprendre l’ampleur de ce revirement, il faut revenir sur l’histoire du RN et de ses figures fondatrices. En août 1984, Jean-Marie Le Pen, alors leader du Front National (devenu depuis le RN), se rend en Corse pour les élections européennes. Son discours, jugé provocateur par les nationalistes locaux, y compris ses opposants, marque les esprits. « Une Corse indépendante deviendrait un porte-avions soviétique ou une colonie arabe », déclarait-il alors, tout en qualifiant la langue corse de « dialecte ». Ce positionnement, qui reflétait la ligne jacobine et centralisatrice du parti, semblait alors indépassable.

Pourtant, en 2026, le RN présente un texte alternatif à l’Assemblée nationale, proposant une autonomie pour la Corse. Ce changement radical s’inscrit dans une stratégie plus large visant à élargir l’influence du parti sur le débat public. Il reflète également une adaptation aux réalités politiques locales, où les revendications autonomistes ou indépendantistes gagnent en légitimité, même au sein de l’électorat de droite.

L’influence de Mossa Palatina, un mouvement identitaire corse

Selon Le Figaro, ce virage doctrinal du RN s’explique en grande partie par l’émergence et l’influence du mouvement Mossa Palatina. Ce groupe identitaire corse, apparu ces dernières années, prône une vision de la Corse ancrée dans une identité à la fois méditerranéenne et européenne, tout en rejetant le centralisme parisien. Son discours, qui mêle défense de la langue corse, promotion d’une autonomie institutionnelle et rejet des influences étrangères, a progressivement séduit une partie de l’électorat nationaliste, y compris au sein du RN.

Cette influence s’est traduite par une réorientation progressive des positions du parti. Là où le RN défendait historiquement un modèle républicain jacobin, il intègre désormais des revendications décentralisatrices, du moins en ce qui concerne la Corse. Une évolution qui pourrait, à terme, s’étendre à d’autres régions françaises, même si le parti reste prudent sur ce sujet.

Un texte soutenu par des forces politiques inattendues

Si le RN a longtemps incarné l’opposition frontale aux revendications autonomistes, d’autres formations politiques, traditionnellement hostiles à toute forme de décentralisation, ont également fait évoluer leurs positions. C’est notamment le cas de La France Insoumise (LFI), dont le leader Jean-Luc Mélenchon avait, dans le passé, critiqué les mouvements indépendantistes. Pourtant, lors des débats parlementaires, LFI a affiché un soutien sans réserve au projet de loi constitutionnelle, marquant ainsi une rupture avec ses positions antérieures.

Cette convergence inattendue entre des forces politiques aussi opposées que le RN et LFI s’explique par un contexte particulier. La Corse, avec sa spécificité historique, linguistique et culturelle, cristallise des enjeux qui dépassent le clivage traditionnel gauche-droite. Le RN, en proposant son propre contre-projet, cherche à se positionner comme un arbitre légitime du débat, tout en évitant de laisser le champ libre aux nationalistes corses. Quant à LFI, son soutien au texte s’inscrit dans une logique de défense des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes, une position qu’elle défend par ailleurs dans d’autres contextes internationaux.

Et maintenant ?

Le vote prévu ce mardi 23 juin à l’Assemblée nationale constituera une première étape décisive pour l’adoption du projet de loi constitutionnelle. Si le texte est adopté, il devra ensuite être soumis à un référendum local en Corse, puis à une validation par le Congrès du Parlement. Reste à voir si ce revirement du RN suffira à convaincre les autres groupes politiques, notamment ceux qui restent attachés à un modèle républicain centralisé. Bref, l’issue de ce processus reste incertaine, mais une chose est sûre : les lignes politiques ont déjà commencé à bouger.

Quoi qu’il en soit, ce débat relance la question plus large de la décentralisation en France, un sujet qui pourrait resurgir à l’occasion des prochaines élections. En effet, si la Corse parvient à obtenir une autonomie, d’autres régions pourraient être tentées de suivre son exemple, transformant ainsi durablement l’architecture institutionnelle du pays. Une perspective qui, pour l’instant, reste à l’état de spéculations, mais qui interroge déjà les fondements mêmes de la République.

Ce revirement s’explique principalement par l’influence croissante du mouvement identitaire corse Mossa Palatina sur le parti. Le RN, historiquement jacobin, a progressivement intégré des revendications autonomistes pour séduire une partie de l’électorat local et élargir son influence politique.