Selon Franceinfo - Santé, après plusieurs années de recul, le vrac retrouve peu à peu sa place dans les rayons des grandes surfaces françaises. Pourtant, son offre reste inégale d’un point de vente à l’autre, et les enseignes peinent encore à convaincre tous les consommateurs.

Ce qu'il faut retenir

  • Le vrac représente désormais 10 % de croissance dans les rayons des supermarchés Carrefour, selon le directeur RSE de l’enseigne.
  • Une étude de Que Choisir Ensemble révèle que l’offre en vrac a diminué d’un tiers en trois ans dans les grandes surfaces.
  • À partir de 2030, la loi imposera aux grandes surfaces de consacrer au moins 20 % de leur surface à des produits sans emballage.
  • Les magasins spécialisés, eux, enregistrent une progression constante de leur fréquentation.

Un mode de consommation qui séduit, mais reste marginal

À Saint-Ouen-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), Anne Terrasse, régisseuse lumière, illustre parfaitement l’engouement croissant pour le vrac. Dans sa cuisine, bocaux en verre, sacs en tissu et boîtes en métal s’alignent sur les étagères. « Tout ce qui est céréales, lentilles, pois chiches, protéines de soja ou bouillon de légumes en poudre se trouve ici », explique-t-elle. Pour elle, l’objectif est clair : limiter au maximum les emballages jetables. « Couper des arbres pour fabriquer des sacs en papier utilisés une seule fois, c’est absurde. Extraire du pétrole pour des sacs plastiques qui servent 30 secondes, ça n’a aucun sens », déclare-t-elle.

Si les magasins 100 % vrac tirent leur épingle du jeu, les grandes surfaces traditionnelles peinent à suivre le mouvement. Une récente étude de Que Choisir Ensemble, relayée par Franceinfo - Santé, révèle en effet que l’offre en vrac a reculé d’un tiers en trois ans dans ces enseignes. Dans deux supermarchés visités par une équipe de France Télévisions, seuls les fruits et légumes échappaient encore à l’emballage plastique.

Les enseignes s’adaptent, mais le chemin reste long

Face à cette stagnation, Carrefour mise sur l’innovation pour relancer la dynamique. Bertrand Swiderski, directeur RSE du groupe, détaille les nouvelles stratégies mises en place. « On développe de nouvelles noix de cajou, comme des noix grillées au tamari, qui rencontrent un vif succès », précise-t-il. L’enseigne a également recours à une intelligence artificielle pour analyser en temps réel les ventes de ses produits en vrac. « Cette technologie permet d’ajuster l’offre en fonction de la demande, et les résultats sont encourageants : on observe une croissance de 10 % sur ce rayon, contre une stagnation ces dernières années », ajoute-t-il.

Pourtant, malgré ces efforts, une partie des consommateurs reste réticente. « Pour un apéritif, c’est pratique, mais ce n’est pas pour autant que je change mes habitudes », confie une cliente. Un autre client abonde dans le même sens : « C’est plus simple de prendre un paquet tout fait. Le vrac, ce n’est pas encore pour moi. »

Une réglementation qui pourrait tout changer d’ici 2030

La loi Agec (Anti-gaspillage pour une économie circulaire), adoptée en 2020, fixe un calendrier précis pour réduire les emballages. À partir de 2027, les grandes surfaces devront proposer au moins 5 % de produits en vrac, un seuil qui passera à 10 % en 2029 avant d’atteindre 20 % en 2030. Une échéance que les acteurs du secteur commencent à préparer, mais qui soulève des questions logistiques et économiques.

Les associations comme Que Choisir Ensemble ou Réseau Vrac et Réemploi militent pour une accélération du mouvement. Elles rappellent que le vrac ne concerne pas seulement l’alimentaire : cosmétiques, produits d’entretien et même vêtements peuvent être vendus sans emballage. « L’enjeu n’est pas seulement environnemental, mais aussi sociétal. Il s’agit de repenser notre rapport à la consommation », souligne un porte-parole de l’association.

Et maintenant ?

D’ici 2030, les grandes surfaces devront adapter leurs espaces de vente pour se conformer à la loi. Cela pourrait passer par une réduction des linéaires dédiés aux produits emballés au profit du vrac, ou par la création de corners dédiés. Les enseignes devront également investir dans des solutions logistiques pour garantir la fraîcheur des produits, un point crucial pour convaincre les consommateurs les plus sceptiques. Reste à voir si cette transition sera suffisamment rapide pour répondre aux attentes environnementales.

Un modèle économique encore fragile

Si le vrac séduit de plus en plus de Français, son modèle économique reste fragile. Les marges sont souvent plus faibles qu’en grande distribution classique, en raison des coûts liés à la gestion des stocks et à la traçabilité des produits. Certains petits commerçants spécialisés dans le vrac ont dû fermer boutique ces dernières années, faute de rentabilité. « Le vrac n’est pas une solution miracle, mais une partie de la réponse à la crise environnementale », tempère un expert en économie circulaire.

Les pouvoirs publics pourraient jouer un rôle clé en soutenant financièrement les enseignes qui s’engagent dans cette voie. Des subventions pour l’achat de matériel (balance, distributeurs, etc.) ou des exonérations fiscales pourraient accélérer la transition. Pour l’instant, les initiatives restent dispersées et dépendent largement de la bonne volonté des acteurs privés.

Le vrac, une tendance qui dépasse l’alimentaire

Le succès du vrac ne se limite pas aux denrées alimentaires. Les cosmétiques solides, les produits d’entretien rechargeables ou les vêtements en friperie gagnent en popularité. Les marques engagées dans une démarche zéro déchet multiplient les points de vente, des marchés locaux aux boutiques en ligne. « On assiste à une véritable prise de conscience collective. Les consommateurs ne veulent plus être complices de la surproduction d’emballages », explique une responsable d’une enseigne spécialisée.

Cette dynamique pourrait s’étendre à d’autres secteurs, comme celui de la mode. Des plateformes de location ou de revente de vêtements se développent, tandis que certaines marques proposent des modèles conçus pour être réparés ou recyclés. « Le vrac est un symptôme d’une société qui cherche à réduire son empreinte écologique, mais aussi à retrouver du sens dans ses achats », analyse un sociologue.

Pour les années à venir, l’enjeu sera double : convaincre les consommateurs les plus réticents et garantir la viabilité économique du vrac. Une équation complexe, mais pas insurmontable. Les prochaines années diront si le modèle a su s’imposer durablement dans le paysage commercial français.

Plusieurs facteurs expliquent cette lente progression. D’abord, les coûts logistiques sont plus élevés : gestion des stocks, contrôle de la qualité, adaptation des espaces de vente. Ensuite, les marges sont souvent plus faibles qu’en grande distribution classique. Enfin, les habitudes de consommation évoluent lentement, et une partie des clients reste attachée à la praticité des emballages individuels.

Les céréales, les légumineuses (lentilles, pois chiches), les noix et les fruits secs figurent parmi les produits les plus populaires. Les épices, les pâtes et certains produits d’entretien connaissent également un succès croissant. Les enseignes comme Carrefour misent désormais sur des gammes plus larges, comme les noix de cajou grillées ou les mélanges pour apéritifs, pour attirer de nouveaux clients.