Selon Ouest France, Léa Chamboncel, journaliste spécialisée dans les questions politiques, féministes et antiracistes, publie un essai intitulé « À qui profite la lutte ? » qui interroge la transformation de l'engagement militant à l'ère numérique. L'autrice y explore notamment la « starification » des militants sur les réseaux sociaux et ses conséquences sur les mouvements de contestation.

Ce qu'il faut retenir

  • Léa Chamboncel, journaliste politique, féministe et antiraciste, publie un essai intitulé « À qui profite la lutte ? »
  • L'ouvrage questionne l'impact des réseaux sociaux sur l'engagement militant et la visibilité des causes
  • L'autrice souligne le phénomène de starification des militants en ligne, qui transforme leur combat en produit médiatique
  • Ce processus soulève des interrogations sur l'authenticité des luttes et leur instrumentalisation

Un essai qui interroge le militantisme à l'ère du numérique

Dans son livre « À qui profite la lutte ? », Léa Chamboncel propose une réflexion sur la manière dont les réseaux sociaux ont modifié les dynamiques de l'engagement politique et social. Selon l'autrice, l'activisme en ligne ne se contente plus de porter des revendications : il devient aussi une forme de performance médiatique où les figures militantes sont mises en scène, parfois au détriment de l'efficacité de leur combat. Ce phénomène, qu'elle qualifie de « starification », transforme les militants en influenceurs, brouillant ainsi les frontières entre authenticité militante et quête de visibilité.

Pour Chamboncel, cette évolution pose un défi majeur :

« Sur les réseaux sociaux, les militants sont starifiés. Quel impact sur les luttes ? »
La journaliste s'interroge sur les conséquences de cette médiatisation, qui peut à la fois amplifier la portée d'un message et, à l'inverse, le vider de sa substance en le réduisant à un simple contenu viral.

La starification des militants : entre amplification et dilution des causes

L'autrice analyse comment les plateformes comme Twitter, Instagram ou TikTok transforment les militants en figures publiques, souvent plus connues pour leur persona en ligne que pour leur action concrète. Ce processus, bien que bénéfique pour la diffusion rapide d'informations, peut aussi conduire à une marchandisation des luttes. Les causes deviennent des « produits » à consommer, avec des codes esthétiques et des formats standardisés qui répondent aux algorithmes des réseaux sociaux.

Chamboncel souligne que cette starification ne touche pas seulement les militants individuels, mais aussi les organisations, qui adaptent leurs stratégies de communication pour capter l'attention des utilisateurs. Les hashtags, les threads et les vidéos courtes deviennent des outils incontournables, au risque de réduire des enjeux complexes à des slogans simplifiés. Autant dire que le militantisme, autrefois ancré dans des actions locales et des débats approfondis, se retrouve aujourd'hui pris dans une logique de viralité, où la rapidité prime sur la profondeur.

Un débat qui dépasse le cadre numérique

Au-delà de la critique des réseaux sociaux, l'essai de Léa Chamboncel invite à repenser la manière dont les luttes sociales sont portées aujourd'hui. L'autrice rappelle que les militants des années 1960 ou 1970, par exemple, n'avaient pas à composer avec cette pression de la visibilité instantanée. Leur engagement s'inscrivait dans des contextes locaux, avec des actions ciblées et des débats internes aux mouvements. Aujourd'hui, la frontière entre le militantisme et le spectacle est de plus en plus floue.

Pourtant, Chamboncel ne rejette pas en bloc les réseaux sociaux. Elle reconnaît leur capacité à démocratiser la parole et à donner une visibilité inédite à des causes marginalisées. Les mouvements comme #MeToo ou Black Lives Matter ont ainsi pu émerger et se structurer grâce à ces plateformes. Le défi, selon elle, est de trouver un équilibre entre l'exploitation des outils numériques et la préservation de l'intégrité des luttes.

Et maintenant ?

La sortie de « À qui profite la lutte ? » pourrait relancer le débat sur la régulation des réseaux sociaux et leur rôle dans l'espace public. Certains acteurs politiques et associatifs pourraient s'emparer de ces questions pour plaider en faveur d'un encadrement plus strict des plateformes, notamment en matière de modération des contenus militants. Reste à voir si cette réflexion conduira à des changements concrets dans les stratégies d'engagement, ou si elle restera cantonnée au domaine des idées.

L'ouvrage de Léa Chamboncel tombe à point nommé, à l'heure où les questions de désinformation et de polarisation en ligne occupent le devant de la scène médiatique. Si les réseaux sociaux ont indéniablement changé la donne pour les militants, leur utilisation soulève des enjeux qui dépassent largement le cadre des luttes sociales.