Alors que l’Écosse s’apprête à faire son retour sur la scène mondiale du football à l’occasion de la Coupe du monde 2026, coorganisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique, un enjeu gastronomique prend une dimension symbolique. Selon Euronews FR, la boucherie écossaise Simon Howie Butchers, basée dans le Perthshire, a lancé une pétition afin que Washington autorise à nouveau la commercialisation du haggis sur son territoire. Une initiative soutenue par des figures médiatiques locales et qui pourrait, si elle aboutit, permettre aux supporters américains de découvrir ce plat traditionnel lors de leur accueil des équipes européennes.
Ce qu'il faut retenir
- Le haggis, plat emblématique écossais à base d’abats de mouton, est interdit aux États-Unis depuis 1979 en raison de réglementations fédérales interdisant l’importation de poumons de mouton.
- La boucherie Simon Howie Butchers, installée dans le Perthshire, a lancé une pétition intitulée « Make Haggis Legal Again » (MHLA) pour faire lever cette interdiction avant la Coupe du monde.
- L’Écosse participera au Mondial 2026 pour la première fois depuis 1998, après six échecs en qualifications.
- Les supporters écossais recevront des drapeaux aux couleurs du pays avec le slogan « No haggis, no party » lors de leur déplacement aux États-Unis.
- Le tournoi se déroulera du 11 juin au 19 juillet 2026 et sera organisé conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique.
Un plat emblématique, une interdiction historique
Le haggis, souvent décrit comme un « monument de la gastronomie écossaise », est préparé à partir d’un mélange d’abats de mouton – cœur, foie et poumons –, hachés avec des oignons, du gruau d’avoine et des épices. Traditionnellement, ce mélange est cuit et servi dans l’estomac de l’animal. Malgré sa réputation d’être un plat « qui ne plaît pas à première vue », il séduit par son goût unique et sa texture. Selon Euronews FR, le Larousse Gastronomique de 2001 le décrit même comme un mets « dont la description n’est pas d’emblée séduisante ». Pourtant, les amateurs le considèrent comme un incontournable de la cuisine écossaise.
Son interdiction aux États-Unis remonte à 1979, lorsque les autorités sanitaires américaines ont interdit l’importation de poumons de mouton en raison de risques sanitaires potentiels. Or, ces abats représentent jusqu’à 15 % de la recette traditionnelle du haggis. Depuis, les producteurs écossais ne peuvent plus exporter leur produit vers les États-Unis, privant ainsi les consommateurs américains d’une spécialité qu’ils ne connaissent pas, ou presque. Pourtant, d’autres produits considérés comme moins traditionnels, voire moins sains, y sont autorisés sans restriction.
Une campagne symbolique pour un retour aux sources
Face à cette situation, Simon Howie Butchers a décidé de passer à l’action. La boucherie, située dans le Perthshire, a lancé une pétition en ligne intitulée « Make Haggis Legal Again » (MHLA), un acronyme volontairement évocateur pour les Américains. Le mouvement est porté par le journaliste et animateur écossais Gordon Smart, qui met en avant l’aspect culturel et identitaire de cette demande. « Pour la première fois depuis une génération, la Tartan Army va retrouver la scène mondiale. Mais nous avons un problème, et de taille… Notre plat national, le haggis, est interdit aux États-Unis précisément au moment où cela compte le plus », a-t-il déclaré dans une publication sur Instagram.
Dans ses communiqués, Simon Howie a souligné l’absurdité de cette réglementation, affirmant : « Ce n’est pas seulement une tradition ignorée, c’est la réglementation devenue folle. » Il a également évoqué les liens historiques entre l’Écosse et les États-Unis, rappelant que les deux pays partagent une « ancienne complicité ». « Nous appelons les États-Unis à adopter cette délicieuse spécialité et à “rendre le haggis à nouveau légal” », a-t-il ajouté. La campagne s’accompagne d’une mobilisation des supporters, qui recevront des drapeaux floqués du slogan « No haggis, no party » lors de leurs déplacements pour le Mondial.
Un contexte politique et sportif déjà tendu
Cette initiative s’inscrit dans un contexte où la Coupe du monde 2026 suscite déjà de vifs débats. Entre les critiques sur les prix exorbitants des billets, les polémiques autour de la gouvernance de la FIFA sous la présidence de Gianni Infantino, et les tensions géopolitiques liées à l’organisation du tournoi, l’événement s’annonce chargé. Certains pays, comme l’Iran, ont d’ailleurs exprimé leurs réserves quant à leur participation, évoquant notamment la « répression migratoire violente » de l’administration américaine actuelle. Dans ce paysage déjà complexe, la question du haggis ajoute une dimension à la fois folklorique et symbolique.
L’humoriste américano-écossais Craig Ferguson a d’ailleurs résumé la situation avec une pointe d’ironie : « Le haggis n’est rien d’autre qu’un hot-dog avec un mauvais attaché de presse. » Une comparaison qui illustre bien le paradoxe entre la perception du plat et sa réalité gustative. Reste à savoir si les Américains seront prêts à franchir le pas et à adopter ce plat, dont la composition peut dérouter ceux qui le découvrent pour la première fois.
Quoi qu’il en soit, cette affaire rappelle que les grands événements sportifs sont aussi l’occasion de mettre en lumière les cultures et les traditions des pays participants. Entre enjeux gastronomiques et symboles identitaires, le haggis pourrait bien devenir, d’ici quelques mois, un ambassadeur inattendu de l’Écosse auprès des Américains.
Le haggis est interdit aux États-Unis depuis 1979 en raison d’une réglementation fédérale interdisant l’importation de poumons de mouton, un ingrédient essentiel dans la recette traditionnelle. Cette interdiction a été maintenue par le département américain de l’Agriculture, qui considère que ces abats présentent des risques sanitaires potentiels.
La boucherie Simon Howie Butchers, à l’origine de la pétition, compte mobiliser davantage l’opinion publique et les médias avant le début de la Coupe du monde 2026. Si la campagne parvient à rassembler un nombre suffisant de signatures et à attirer l’attention des autorités, une révision de la réglementation pourrait être envisagée. Les organisateurs pourraient également collaborer avec des restaurants aux États-Unis pour proposer des versions alternatives du plat.