À l’aube de la Coupe du monde 2026, qui se tiendra pour la première fois à 48 équipes et sera organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique, le sociologue Albrecht Sonntag publie une série de chroniques pour Ouest France afin de lever certains préjugés tenaces sur le football aux États-Unis. Dans son premier volet, il met en garde contre une vision dépassée et condescendante du « soccer » outre-Atlantique.
Ce qu'il faut retenir
- Une image obsolète : l’image que l’Europe se fait du football américain serait selon le sociologue « dépassée » et mériterait d’être actualisée.
- Le football aux États-Unis possède une histoire riche et méconnue, bien plus ancienne qu’on ne le croit souvent.
- La Coupe du monde 2026 sur le continent nord-américain pourrait être l’occasion de redécouvrir cette discipline sous un nouveau jour.
- Le « soccer » américain a connu des périodes de forte croissance, notamment dans les années 1970-1980 avec la création de la NASL.
Une histoire du football aux États-Unis bien plus ancienne qu’on ne le pense
Contrairement à une idée reçue tenace, le football n’est pas arrivé aux États-Unis au XXe siècle. Dès le XIXe siècle, des clubs amateurs se formaient déjà, principalement dans les grandes villes de la côte Est comme New York ou Boston. Les premières rencontres organisées remontent à 1869, entre deux universités, Princeton et Rutgers, selon les archives de l’US Soccer. « L’histoire du football américain ne commence pas avec la création de la Major League Soccer en 1996 », rappelle Albrecht Sonntag. Autant dire que son développement ne date pas d’hier.
Pourtant, cette profondeur historique est souvent ignorée en Europe, où le football est perçu comme un sport d’immigration récente. « On a tendance à réduire le soccer américain à une pratique marginale, alors qu’il a connu des heures de gloire bien avant l’arrivée du basketball ou du baseball comme sports majeurs », souligne le sociologue. Ces périodes fastes incluent notamment l’émergence de ligues professionnelles dès les années 1920, bien que leur durée de vie ait été limitée.
Des périodes de croissance et de déclin qui ont façonné le paysage actuel
Le football américain a traversé des cycles de popularité contrastés. Dans les années 1970, la création de la North American Soccer League (NASL) a marqué un tournant. Des stars comme Pelé ou Franz Beckenbauer ont évolué dans ce championnat, attirant des foules importantes. À son apogée, en 1978, la NASL comptait 24 franchises et attirait en moyenne 13 000 spectateurs par match. Un succès relatif, mais qui a permis de structurer le football professionnel aux États-Unis.
Cependant, la ligue a périclité au début des années 1980, faute de modèle économique viable. « Ces échecs successifs ont nourri l’idée d’un sport incapable de s’imposer face aux sports traditionnels », explique Albrecht Sonntag. Pourtant, depuis les années 2000, avec la création de la Major League Soccer (MLS) et l’arrivée de nouvelles franchises, le football connaît une nouvelle dynamique. En 2026, 29 équipes évolueront en MLS, contre seulement 10 en 1996.
Pourquoi la Coupe du monde 2026 pourrait changer la donne
L’organisation conjointe de la Coupe du monde par les États-Unis, le Canada et le Mexique représente une opportunité unique pour le football nord-américain. Pas moins de 16 stades répartis sur le continent accueilleront les matchs, dont des enceintes emblématiques comme le MetLife Stadium (New Jersey) ou le AT&T Stadium (Texas). « Cet événement pourrait enfin permettre au public américain de découvrir le football sous un angle différent », estime Sonntag.
D’autant que les infrastructures sportives américaines, souvent plébiscitées pour leur modernité, pourraient offrir une expérience inédite aux supporters. Avec une couverture médiatique massive et l’engouement croissant pour la MLS, les conditions sont réunies pour que la Coupe du monde 2026 marque un tournant dans la perception du football aux États-Unis.
Une chose est sûre : l’Europe, souvent prompte à juger le football américain avec condescendance, pourrait bien être surprise par la passion et l’engagement des supporters d’outre-Atlantique lors de l’été 2026.
Parmi les clubs emblématiques, on peut citer le New York Cosmos, star de la NASL dans les années 1970, ou encore le LA Galaxy et le D.C. United, franchises fondatrices de la MLS en 1996. Ces clubs ont marqué l’histoire du soccer américain par leurs performances ou leur influence.