Les hôtels de luxe transforment leurs espaces en clubs privés, proposant des lieux de vie où se mêlent travail, bien-être et networking. Une tendance qui s’accélère depuis la pandémie, selon Euronews FR, alors que les voyageurs et les habitants recherchent des expériences plus communautaires et intégrées.
Ce qu'il faut retenir
- Les clubs privés dans les hôtels de luxe transforment ces établissements en espaces de vie quotidiens, au-delà des simples hébergements.
- Des enseignes comme Six Senses, The Cover et Auberge Collection développent des clubs avec des équipements uniques (spas géants, salles de sport high-tech, espaces de coworking).
- Ces clubs proposent des événements réguliers (cours de bien-être, conférences, dîners privés) pour fidéliser une clientèle de créatifs et d’entrepreneurs.
- Des villes comme Londres, Barcelone, Vienne et Genève abritent déjà plusieurs de ces espaces, avec des ouvertures prévues à Amsterdam et Londres d’ici 2026.
- Les adhésions varient de 3 mois (pour les nomades numériques) à 1 an, avec des tarifs adaptés à des prestations haut de gamme.
Autrefois réservés aux voyageurs de passage, les hôtels de luxe misent désormais sur les clubs privés pour attirer une clientèle locale et internationale en quête de lieux de vie polyvalents. Selon Euronews FR, cette mutation s’inscrit dans une tendance plus large : celle des « troisièmes lieux », ces espaces intermédiaires entre le domicile et le bureau qui favorisent les rencontres et la productivité. Depuis la pandémie, les créatifs et entrepreneurs ont investi ces lieux, transformant les hôtels en véritables hubs communautaires.
Avec plus de 40 clubs répartis dans le monde, Soho House reste un acteur historique du secteur. Mais de nouveaux concurrents émergent, à commencer par les hôtels de luxe. Ces établissements, déjà équipés de salles de sport et de piscines, peuvent facilement basculer vers un modèle de club privé en y ajoutant des espaces de coworking et des programmes d’événements. « Créer une communauté cohérente, qui fonctionne aussi bien le jour que le soir et qui reflète l’identité de l’hôtel, est un défi de taille », reconnaît un expert du secteur cité par Euronews FR.
Des clubs privés qui misent sur l’expérience locale et le bien-être
Les clubs privés intégrés aux hôtels de luxe se distinguent par leur ancrage dans la culture locale et leur offre de services innovants. The Cover, qui fait partie de la Sircle Collection, a ouvert son premier club en 2021 à l’hôtel Sir Victor de Barcelone. Un deuxième établissement a été inauguré en novembre 2025 au Max Brown 7th District de Vienne, avec des ouvertures prévues à Londres et Amsterdam en 2026.
« Les hôtels « lifestyle » deviennent une destination pour les habitants de la ville, que ce soit grâce aux restaurants étoilés, aux cafés ou aux événements organisés », explique Margo Ford, responsable des adhésions en Europe pour The Cover. Elle ajoute : « La marque Sir Hotels, au sein de Sircle Collection, privilégie des emplacements peu touristiques, qui reflètent l’âme de la ville et où les locaux ont envie de se retrouver. » Les infrastructures varient selon les clubs : à Vienne, un cinéma privé a été aménagé, tandis qu’à Barcelone, un vaste espace spa a été intégré. Dans tous les cas, les membres bénéficient d’une programmation dynamique, avec des événements axés sur le networking et la collaboration professionnelle.
Autre acteur majeur, Six Senses Place a inauguré son club londonien en 2025 dans l’ancien grand magasin Whiteley’s, un bâtiment classé de grade II. Ce projet marque la première incursion de la marque, connue pour ses retraites en Asie, dans l’hôtellerie urbaine. Le club mise sur des valeurs fortes : bien-être, durabilité et lien avec la nature. « Six Senses défend des principes autour du lien, de la nutrition et du mouvement. Avec ce club, nous voulons renforcer cet engagement dans un cadre urbain », précise Nico Eden, directeur de Six Senses Place. La programmation inclut des cours Sanctum (méditation, respiration, cardio), des safaris éco-responsables et des ateliers autour des plantes médicinales au bar Alchemy, où un « maître alchimiste » concocte des toniques sur mesure.
Le spa du club s’étend sur 2 300 mètres carrés, avec une piscine intérieure de 20 mètres (la première à Londres à utiliser du magnésium), une salle de sport de 325 mètres carrés, 13 espaces bien-être et six salles de soins proposant cryothérapie, flottaison et luminothérapie. Les membres ont également accès à un Biohack Recovery Lounge (transats sonores, bottes de compression) et à une antenne de la clinique de longévité HUM2N, qui réalise des analyses sanguines avancées et des perfusions de nutriments.
Genève, Londres : les prochaines étapes de cette expansion européenne
Auberge Collection a rejoint la tendance en mars 2026 avec l’ouverture du Club Woodward à Genève, installé dans le Woodward, un manoir Belle Époque transformé en hôtel en 2021. Le club propose trois niveaux d’adhésion : le Salon Membership (accès prioritaire aux restaurants étoilés et aux dîners privés), l’Essence Membership (accès au spa Guerlain et à la salle de sport) et le Premier Membership, qui combine les deux. « L’idée est de créer des espaces où les amateurs de gastronomie, de bien-être et de convivialité peuvent se retrouver », explique un porte-parole du groupe.
D’ici la fin de l’année, Auberge Collection devrait ouvrir un autre club privé au sein de l’hôtel Cambridge House, dans le quartier londonien de Mayfair. Ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large de développement de clubs haut de gamme en Europe, où la concurrence est déjà rude. Londres compte en effet plus de 130 clubs privés, mais Six Senses Place mise sur une offre unique, combinant science du bien-être et approches plus alternatives. « Ce qui m’enthousiasme, c’est cette alliance entre des méthodes fondées sur des données et des pratiques plus ésotériques. Ces approches peuvent coexister et se compléter », souligne Nico Eden.
À Barcelone, les membres de The Cover profitent d’un espace privé sur The Rooftop, offrant une vue sur la Casa Milà de Gaudí, ainsi que d’un bar-restaurant The Club et d’un salon d’événements, The Den. À Vienne, l’offre inclut un cinéma privé et un espace de coworking, The Study, avec des cabines téléphoniques réservables. Les adhésions peuvent être annuelles ou limitées à 3 mois pour les nomades numériques, avec des avantages comme l’accès à d’autres clubs du réseau et des réductions sur les nuits d’hôtel.
Ces clubs privés, autrefois perçus comme des lieux guindés et élitistes, se réinventent pour séduire une génération en quête de sens et de connections. Entre bien-être, durabilité et networking, ils misent sur des valeurs qui résonnent avec les attentes actuelles. Pour les hôtels, l’enjeu est désormais de créer des communautés authentiques, capables de fidéliser une clientèle exigeante et volatile.
Les tarifs varient selon les clubs et les niveaux d’adhésion. Par exemple, à Six Senses Place London, les formules commencent autour de 3 000 € par an pour un accès de base, avec des options premium dépassant 10 000 €. À The Cover, les adhésions annuelles s’échelonnent entre 2 500 € et 6 000 €, tandis que la formule pour nomades numériques (3 mois) coûte environ 1 500 €. À Genève, le Club Woodward propose des abonnements à partir de 2 000 € par an pour le Salon Membership, avec des options plus complètes à 5 000 €.
Non, ces clubs sont ouverts aux membres, qu’ils séjournent ou non à l’hôtel. Ils s’adressent aussi bien aux habitants locaux qu’aux voyageurs en quête d’espaces de travail ou de détente. Certains clubs, comme Six Senses Place, sont même conçus pour être des destinations à part entière, avec des événements accessibles uniquement sur réservation.