Longtemps réservés à une main-d’œuvre majoritairement masculine, les postes techniques liés à l’organisation de concerts et de festivals s’ouvrent peu à peu aux femmes, constate Libération. Pourtant, les témoignages recueillis par le quotidien révèlent que les comportements sexistes et les inégalités persistent dans un secteur encore très masculin.
Ce qu'il faut retenir
- Une féminisation progressive des métiers du live, encore timide mais réelle, selon les observateurs du secteur.
- Les postes techniques (son, lumière, logistique) restent majoritairement occupés par des hommes, avec seulement 20 à 30 % de femmes dans certaines équipes.
- Des témoignages font état de remarques sexistes, de comportements inappropriés et d’un plafond de verre persistant.
- Certaines initiatives locales et collectifs militants tentent de faire évoluer les mentalités.
- Le secteur du spectacle vivant, estimé à plus de 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel en France, reste un bastion de la domination masculine.
Des métiers traditionnellement masculins, mais en mutation
Les coulisses des salles de concert et des festivals ont longtemps été un territoire exclusivement masculin. Les postes de techniciens du son, de régisseurs ou de managers logistiques étaient occupés presque sans exception par des hommes, une tradition qui remonte aux débuts de l’industrie musicale. Pourtant, depuis quelques années, la donne évolue lentement. « On voit de plus en plus de femmes intégrer les formations techniques », confie une professionnelle du secteur, citée par Libération. Des écoles comme l’Institut National des Sciences Appliquées (INSA) ou des formations spécialisées en production musicale comptent désormais près de 40 % d’étudiantes, un chiffre encore modeste mais en hausse.
Cette féminisation s’explique en partie par des politiques publiques volontaristes. Le ministère de la Culture a lancé en 2020 un plan « égalité femmes-hommes dans les arts et la culture », incluant des quotas pour les formations subventionnées. Certaines entreprises du spectacle, comme Live Nation France ou la Fête de la Musique, ont également mis en place des programmes de mentorat pour les jeunes femmes souhaitant se lancer dans les métiers techniques.
Un sexisme persistant dans les coulisses
Malgré ces avancées, le quotidien des femmes travaillant dans le secteur reste marqué par des comportements sexistes. Plusieurs témoignages recueillis par Libération évoquent des remarques déplacées, des situations de harcèlement ou des difficultés à se faire respecter sur le terrain. « On nous demande souvent si on est là pour aider ou pour travailler », raconte une technicienne son, qui préfère garder l’anonymat. D’autres rapportent avoir été exclues de réunions importantes ou cantonnées à des tâches administratives jugées moins prestigieuses.
Le problème dépasse les simples anecdotes. Une étude publiée en 2023 par le Collectif 50/50 pour l’égalité dans les arts et la culture révélait que 60 % des femmes travaillant dans le spectacle vivant avaient déjà été victimes de discrimination ou de harcèlement au travail. Un chiffre qui illustre l’ampleur des défis à relever pour un secteur encore largement dominé par une culture du « boys’ club ».
Des initiatives pour faire bouger les lignes
Face à cette réalité, des collectifs militants et des associations tentent de faire évoluer les mentalités. Le groupe « Les Pionnières », fondé en 2021, organise des ateliers et des rencontres pour promouvoir la place des femmes dans les métiers techniques du live. « Notre objectif est double : sensibiliser les employeurs et donner confiance aux femmes qui veulent se lancer », explique sa fondatrice, Claire Martin. Des festivals comme les Eurockéennes de Belfort ou Solidays ont également signé la charte « Égalité » du ministère de la Culture, s’engageant à lutter contre les discriminations et à promouvoir la parité dans leurs équipes.
Ces initiatives commencent à porter leurs fruits. Lors de l’édition 2025 du festival Rock en Seine, 35 % des techniciens employés étaient des femmes, un record pour l’événement. Un progrès salué par les organisateurs, même si le chemin vers l’égalité reste long. « On est encore loin de la parité, mais chaque petit pas compte », reconnaît un responsable technique.
Si la féminisation des métiers du live est une réalité incontestable, elle s’accompagne d’un constat plus large : celui d’une industrie culturelle encore largement inégalitaire. Entre initiatives locales et politiques publiques, le débat dépasse désormais les simples questions de représentation pour interroger les fondements mêmes de ce milieu professionnel.
Les postes de techniciens du son, de régisseurs et de managers logistiques sont ceux où la présence des femmes progresse le plus lentement. Les métiers de la lumière et de la scène restent également très masculins, avec des taux de féminisation inférieurs à 15 % dans certaines structures.
Pour l’heure, il n’existe pas de quotas légaux imposant une proportion minimale de femmes dans les équipes techniques. Cependant, certains festivals et salles de concert s’engagent volontairement à atteindre des objectifs de parité, comme c’est le cas pour Rock en Seine ou les Eurockéennes de Belfort.