La start-up française Orus, fondée en 2024, s’apprête à lancer d’ici fin 2026 un satellite d’un nouveau genre, capable d’analyser la composition des matériaux au sol grâce à des images hyperspectrales. Selon BFM Business, cette technologie pourrait révolutionner la détection des leurres militaires, comme ces avions peints pour tromper l’ennemi et gaspiller des missiles à plusieurs millions d’euros.
Fondée au début de l’année 2024, Orus compte désormais 25 salariés et mise sur l’innovation pour se positionner comme un acteur indépendant face aux géants américains et chinois. Son satellite, conçu pour être déployable en constellation, promet des applications bien au-delà du domaine militaire, allant de l’agriculture de précision à la gestion des catastrophes naturelles.
Ce qu'il faut retenir
- Orus, start-up française fondée en 2024, prépare le lancement d’un satellite hyperspectral pour fin 2026.
- L’entreprise a déjà levé 5 millions d’euros en 2025 pour financer ce projet.
- Le satellite permettra d’analyser la composition des matériaux au sol, utile pour déjouer les leurres militaires ou détecter des camouflages ennemis.
- Orus vise une indépendance technologique en évitant les composants américains ou chinois.
- Les applications envisagées incluent l’agriculture, la géologie, le climat et la gestion des catastrophes naturelles.
Une technologie née pendant la pandémie pour contourner les limites des grands projets
L’idée d’Orus est née durant la crise du Covid-19, comme le rappelle Laurent Escarrat, son dirigeant. À l’époque, les missions scientifiques spatiales coûtaient des millions d’euros et nécessitaient des années de préparation. Face à ces contraintes, l’équipe a imaginé un produit « plus rapide, moins performant mais complémentaire », capable de répondre à des besoins immédiats sans rivaliser avec les programmes internationaux comme Copernicus, le projet d’observation de la Terre européen. « Il y avait de grandes missions scientifiques de plusieurs années qui coûtaient plusieurs millions d’euros », se souvient Laurent Escarrat. « Alors, il décide de développer un produit plus vite, un peu moins performant mais complémentaire. »
Cette approche a convaincu l’agence d’innovation de la défense (DGA), qui a signé un contrat avec Orus, ainsi que le Centre national d’études spatiales (Cnes). Ces partenariats ont permis à la start-up de concrétiser son ambition : offrir une solution spatiale industrialisable et scalable, sans dépendre des infrastructures étrangères.
Détecter les leurres militaires et bien plus encore
L’une des applications les plus stratégiques de cette technologie réside dans la lutte contre les leurres ennemis. Peindre un avion au sol pour le faire passer pour une cible ennemie reste une tactique rudimentaire, mais toujours utilisée dans les conflits récents. Un missile tiré sur une fausse cible représente un gaspillage colossal. Orus promet de lever ce doute grâce à son satellite hyperspectral, qui analyse la composition des matériaux de chaque pixel. « Analyser le sol pour éviter qu’un véhicule ne s’y embourbe, repérer des branches mortes utilisées par l’ennemi pour camoufler un système d’artillerie… », énumère Laurent Escarrat.
Mais les usages militaires ne s’arrêtent pas là. Le satellite pourrait aussi cartographier les zones de stress hydrique en agriculture, identifier des pollutions, ou encore suivre l’évolution des écosystèmes. Yann Chemin, l’un des scientifiques du projet, explique : « On peut caractériser une pollution, voir l’évolution des espèces, voir chaque type d’arbre dans une forêt. En fait, chaque pixel aura une signature. » Une fois les données récupérées, leur interprétation repose sur un algorithme d’intelligence artificielle développé par Orus, capable de traiter un million d’informations par image.
Une levée de fonds et une roadmap ambitieuse
Pour concrétiser ce projet, Orus a mené une première levée de fonds de 5 millions d’euros en 2025. Cet apport financier doit permettre de lancer trois satellites supplémentaires en 2028, suivis d’un satellite de nouvelle génération en 2029. Laurent Escarrat insiste sur l’importance de ces étapes : « Il faut être sûr qu’une fois lancé, ça fonctionne. » Pour cela, l’entreprise a mis en place un « jumeau numérique » afin de simuler les conditions réelles et valider les performances avant le décollage.
Contrairement aux grands projets internationaux, Orus mise sur une approche modulaire et industrialisable. L’entreprise souligne qu’elle ne dépend ni de composants chinois ni américains, un argument clé dans un contexte géopolitique tendu. « Un produit industrialisé, déployable en constellation et non dépendant de composants chinois ou américains », résume Laurent Escarrat. Cette stratégie vise à offrir une alternative souveraine aux besoins de surveillance et d’analyse spatiale, que ce soit pour la défense, l’environnement ou l’industrie.
Des usages concrets en cas de crise
Orus envisage également des applications en situation de catastrophe naturelle. Par exemple, en cas de marée noire ou d’incendie de forêt, le satellite pourrait identifier rapidement la nature des résidus ou des polluants. « Vous avez une tâche sur l’eau, on saura vous dire de quoi il s’agit exactement », illustre Laurent Escarrat. Cette capacité à fournir une analyse précise en temps quasi réel pourrait s’avérer décisive pour les secours ou les autorités environnementales. Les algorithmes d’IA développés par l’entreprise permettront de traiter ces données massives et d’en extraire des informations exploitables.
Le projet s’inscrit dans une dynamique plus large de miniaturisation et de démocratisation de l’accès à l’espace. En proposant une solution moins coûteuse et plus flexible que les grands programmes spatiaux, Orus pourrait inspirer d’autres start-up européennes à se lancer dans l’observation hyperspectrale. La question reste de savoir si cette technologie parviendra à convaincre suffisamment d’acteurs publics et privés pour assurer sa pérennité à long terme.
Un satellite classique prend des images en lumière visible, comme une photo classique. Un satellite hyperspectral, en revanche, analyse la composition chimique de chaque pixel en captant des centaines de bandes spectrales. Cela permet d’identifier la matière (métal, peinture, végétation, eau, etc.), même sous un camouflage ou une fausse apparence. Autant dire qu’il s’agit d’un outil bien plus précis pour discriminer les leurres ou analyser des environnements complexes.