Selon Le Figaro, la révolution de l’intelligence artificielle (IA) bouleverse les pratiques des cabinets de conseil. Si ces outils promettent d’alléger les tâches répétitives, ils imposent aussi aux consultants une charge de travail accrue, transformant leur quotidien professionnel en un rythme plus intense et moins prévisible. Derrière la promesse d’un métier modernisé se cache une nouvelle forme de pression, à la fois silencieuse et exigeante.
Ce qu'il faut retenir
- Une consultante senior avoue avoir travaillé 14 heures par jour, parfois sans pause déjeuner, pour boucler une mission en six semaines.
- ChatGPT a été utilisé pour accomplir une matrice de compétences et des parcours de formation, impossibles à réaliser manuellement dans le temps imparti.
- L’IA permet d’accélérer certaines tâches, mais aggrave la pression sur les consultants, obligés de justifier leur valeur ajoutée.
- La mission citée concernait la refonte d’un département de contrôle de gestion pour un grand groupe français.
- Les outils d’IA transforment le métier, sans pour autant réduire les attentes des clients ou des employeurs.
Une mission impossible sans l’aide de l’IA
Sophie*, consultante senior dans un grand cabinet parisien, a vécu cette contradiction au quotidien. Pendant six semaines, elle a été chargée de refondre un département de contrôle de gestion au sein d’un groupe français de premier plan. Sa mission consistait à concevoir une matrice de compétences pour une trentaine de collaborateurs, répartis sur une dizaine de rôles différents. L’objectif ? Organiser leur autoévaluation, diagnostiquer les écarts par rapport aux objectifs fixés, et proposer — le cas échéant — des parcours de formation individualisés.
« Pendant ce mois et demi, j’ai enchaîné des journées de 14 heures, parfois sans pause déjeuner », raconte-t-elle. Avant d’ajouter, avec une franchise désarmante : « Sans ChatGPT, je n’y serais tout simplement jamais arrivée. » Selon elle, l’outil lui a permis de gagner un temps précieux, mais au prix d’un investissement personnel extrême. Cette situation illustre un paradoxe de l’IA dans le conseil : ces outils accélèrent le travail, mais ils en augmentent aussi l’intensité.
L’IA, un accélérateur qui alourdit la charge
Le Figaro révèle que l’adoption de l’IA s’est généralisée en quelques mois dans les cabinets de conseil. Les outils comme ChatGPT, capable de générer des analyses ou des présentations en un temps record, permettent aux consultants de traiter des dossiers plus complexes ou plus volumineux. Pourtant, cette automatisation partielle ne se traduit pas par une réduction du temps de travail. Bien au contraire : elle crée une nouvelle forme de pression.
Les clients, eux aussi équipés d’outils d’IA, attendent des livrables plus rapidement et avec une précision accrue. Les consultants se retrouvent ainsi à devoir justifier leur valeur ajoutée, alors même que les tâches ingrates — autrefois réalisées par des juniors — sont désormais automatisées. « On nous demande de faire en une semaine ce qui prenait trois semaines avant, mais avec les mêmes ressources », confie un consultant parisien sous couvert d’anonymat. L’IA devient donc à la fois un soutien et un multiplicateur de contraintes.
Un métier transformé, entre opportunités et risques
L’impact de l’IA sur les cabinets de conseil dépasse le simple cadre opérationnel. Selon une étude interne citée par Le Figaro, près de 60 % des missions menées par les grands cabinets intègrent désormais des outils d’intelligence artificielle, ne serait-ce que pour des tâches de recherche ou de traitement de données. Pour les entreprises clientes, l’enjeu est clair : réduire les coûts tout en améliorant la qualité des analyses. Pour les consultants, en revanche, la donne a changé.
Les profils juniors, autrefois chargés des tâches de saisie ou de compilation, voient leur rôle évoluer. Certains cabinets n’hésitent plus à réduire leurs effectifs en misant sur l’automatisation, tandis que les seniors doivent prouver leur capacité à piloter des projets plus stratégiques. « Aujourd’hui, on abat le travail de deux salariés d’hier », résume un directeur de cabinet. Une phrase qui résume à elle seule l’ampleur de la transformation en cours.
« L’IA est un couteau à double tranchant. Elle nous libère des tâches inutiles, mais elle nous enferme dans un cycle de productivité sans fin. »
— Un consultant anonyme, cité par Le Figaro
Les syndicats du secteur commencent à s’emparer du sujet, craignant une dégradation des conditions de travail. « Nous observons une hausse des burn-out chez les juniors, qui se retrouvent à devoir produire plus en moins de temps », confie un représentant syndical. Les cabinets, de leur côté, minimisent les risques. « L’IA est un levier de croissance, pas une menace », assure un porte-parole du Medef, cité par Le Figaro. La bataille des perceptions est donc lancée, dans un contexte où l’innovation technologique bouscule les équilibres établis.
D’après Le Figaro, les outils les plus répandus incluent ChatGPT pour la génération de texte, Midjourney ou DALL·E pour les visuels, ainsi que des solutions spécialisées comme Tableau ou Power BI pour l’analyse de données. Certains cabinets développent aussi leurs propres modèles internes, notamment pour des tâches de veille stratégique ou de benchmarking.
Les chiffres varient selon les sources, mais selon une enquête interne citée par Le Figaro, 15 % des postes juniors dans les grands cabinets pourraient être automatisés d’ici 2027. Les profils seniors, en revanche, restent indispensables pour l’interprétation des résultats et la relation client. Les cabinets misent davantage sur une évolution des compétences que sur des suppressions massives, du moins pour l’instant.