Au Liban, la guerre a laissé des dizaines de villages en ruines, plus d’un million de personnes déplacées et une crise humanitaire qui s’installe. Face à cette situation, l’armée libanaise a appelé les habitants du Sud à attendre avant de rentrer chez eux, alors qu’un cessez-le-feu précaire est en vigueur mais que des combats locaux persistent. Dans ce contexte, la solidarité interconfessionnelle s’organise entre Libanais, comme en témoigne un monastère chrétien du district de Jezzine, qui accueille désormais des familles chiites déplacées. Ce reportage, signé Elena Volochine, Antonia Kerrigan et Hala Moukaddem, est publié par France 24.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus d’un million de personnes sont déplacées au Liban après des mois de conflit.
  • L’armée libanaise recommande aux habitants du Sud de ne pas rentrer chez eux pour l’instant, malgré un cessez-le-feu fragile.
  • Un monastère chrétien de Jezzine héberge des familles chiites fuyant les combats.
  • Cette initiative illustre une solidarité interconfessionnelle entre Libanais.

Un million de déplacés et une armée prudente

La guerre a réduit en cendres des dizaines de villages libanais, laissant derrière elle un paysage de désolation. Selon les dernières estimations, plus d’un million de personnes ont été contraintes de quitter leur foyer, transformant la crise en une urgence humanitaire majeure. L’armée libanaise, consciente des risques persistants, a appelé les habitants du Sud à rester prudents. « Les combats peuvent reprendre à tout moment, il est préférable d’attendre », a indiqué un officier sous couvert d’anonymat. Malgré un cessez-le-feu précaire, des affrontements localisés continuent de perturber la région, empêchant tout retour en sécurité.

Jezzine, symbole de solidarité interconfessionnelle

Dans le district de Jezzine, à une centaine de kilomètres au sud de Beyrouth, un monastère chrétien s’est transformé en refuge pour des familles chiites fuyant les zones de combat. Ce lieu de culte, habituellement dédié à la prière, abrite désormais des dizaines de personnes déplacées, partageant un toit commun malgré des différences religieuses. « Nous n’avons pas hésité un instant. Quand on nous a dit que des familles avaient besoin d’abri, nous avons ouvert nos portes », explique le père Antoine, responsable du monastère.

« Ce n’est pas une question de religion, c’est une question d’humanité. Nous sommes tous Libanais, et nous devons nous serrer les coudes dans ces moments difficiles. »

Les familles accueillies, souvent originaires de villages du Sud dévastés, racontent des parcours éprouvants. « Nous avons tout perdu : notre maison, nos biens, nos proches. Ici, au moins, nous sommes en sécurité », confie Fatima, une mère de famille arrivée il y a deux semaines. Selon les responsables du monastère, une quinzaine de familles, soit près de quatre-vingts personnes, bénéficient actuellement de cet hébergement provisoire.

Une solidarité qui dépasse les clivages

Ce geste de solidarité, bien que minoritaire, n’est pas isolé. À travers tout le Liban, des initiatives similaires émergent, portées par des particuliers, des associations ou des lieux de culte. « Ce qui se passe à Jezzine montre que, malgré les divisions politiques et religieuses, une partie de la population reste unie par l’entraide », souligne un observateur local. Les chiffres officiels indiquent que plus de 80 % des déplacés se sont repliés vers Beyrouth et ses environs, où les conditions de vie deviennent de plus en plus précaires. Les ressources s’épuisent, et les besoins en nourriture, eau potable et soins médicaux ne cessent de croître.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour les déplacés libanais. Plusieurs organisations humanitaires ont annoncé des distributions de vivres et de kits d’hygiène dans les prochains jours, mais leur portée reste limitée face à l’ampleur des besoins. Les autorités libanaises, de leur côté, devraient rendre publics de nouveaux plans d’évacuation et de reconstruction d’ici la fin du mois de juin, mais aucune date précise n’a encore été avancée. Une chose est sûre : sans une solution politique durable et une aide internationale accrue, la crise humanitaire ne fera qu’empirer.

La situation au Liban reste donc sous haute tension, entre espoirs de paix et réalités d’un pays exsangue. À Jezzine, le monastère chrétien continue d’accueillir ceux qui frappent à sa porte, preuve que, même dans les épreuves, l’humanité peut l’emporter sur les divisions.

D’après les dernières estimations, plus de 1,2 million de personnes ont été déplacées depuis le début du conflit, et une centaine de villages ont été partiellement ou totalement détruits. Les zones les plus touchées se situent dans le Sud du pays et dans la Bekaa.

Plusieurs acteurs humanitaires sont mobilisés, dont le Croissant-Rouge libanais, l’UNHCR, Médecins Sans Frontières et des ONG locales. Leurs actions portent principalement sur la distribution de nourriture, l’accès à l’eau potable et les soins médicaux d’urgence.