Le Parlement lituanien a adopté, jeudi, un texte prévoyant la création de 385 postes d’internat supplémentaires en médecine, entièrement financés par l’État. Mais cette mesure, présentée comme un remède aux déserts médicaux dans les régions rurales, s’accompagne d’un engagement contraignant : à l’issue de leur formation, les jeunes médecins devront exercer pendant cinq ans dans des zones confrontées à une pénurie de professionnels de santé. Selon Euronews FR, seuls 20 de ces postes ne seront pas assortis de cette obligation, les autres nécessitant un engagement ferme.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Parlement lituanien a voté la création de 385 postes d’internat en médecine financés par l’État, dont 365 avec une obligation de cinq ans de service en zone rurale.
  • Seuls 20 postes restent sans contrepartie, tandis que le nombre de places non financées par l’État n’est pas modifié.
  • Les jeunes médecins dénoncent une mesure « populiste » et prévoient de saisir la Cour constitutionnelle pour contester cette obligation.
  • La Lituanie, malgré un nombre de médecins supérieur à la moyenne européenne, anticipe un déficit de 622 spécialistes d’ici 2032, dont 269 médecins de famille.
  • D’autres pays européens, comme la Finlande ou la Lettonie, misent sur des incitations financières ou des formations adaptées pour attirer les médecins en zone rurale.
  • Les nouvelles règles doivent entrer en vigueur en 2027.

La réforme, portée par la députée sociale-démocrate Orinta Leiputė, vise à répondre à un enjeu majeur : combler les disparités d’accès aux soins entre les zones urbaines et rurales. Pourtant, elle suscite une vive opposition au sein de la profession. Laurynas Maciulevičius, président de l’Association des jeunes médecins de Lituanie, a critiqué dans un communiqué adressé à Euronews FR une approche qui, selon lui, « ne répond pas à la question fondamentale : pourquoi les médecins choisissent-ils, ou non, de travailler dans les régions ? » « Ce dont les régions ont besoin, ce ne sont pas de médecins affectés pour cinq ans, mais d’un système dans lequel les médecins ont envie de rester », a-t-il souligné, ajoutant qu’aucune analyse des causes profondes ou étude d’impact n’a été publiée pour justifier cette mesure.

Les partisans de la réforme, dont Orinta Leiputė, insistent sur le caractère « optionnel » de cette obligation. « C’est une possibilité de choix », a déclaré la députée dans un communiqué. « Si un jeune médecin ne veut pas d’études assorties d’obligations, il ne les choisira tout simplement pas et postulera pour les places déjà existantes sans obligation. » Pourtant, le nombre de postes non contraignants reste marginal. Les 20 places sans obligation s’ajoutent aux dispositifs existants, mais le volume global de postes financés par l’État sans contrepartie reste stable. Les candidats peuvent également se tourner vers des postes non financés, une option souvent moins accessible en raison des ressources limitées.

Le débat dépasse le simple cadre de la réforme. La Lituanie, malgré un ratio de 44 médecins pour 10 000 habitants – supérieur à la moyenne de la Région européenne de l’OMS (40 pour 10 000) –, fait face à une baisse globale du nombre de praticiens. Ce phénomène s’explique par le vieillissement de la population médicale et des conditions de travail jugées peu attractives, notamment dans les hôpitaux universitaires et les grands centres urbains. Orinta Leiputė a d’ailleurs évoqué la nécessité de rendre les postes en région plus séduisants, notamment pour les médecins plus âgés « qui ne souhaitent plus travailler dans des structures où la charge de travail est particulièrement lourde ».

Une solution controversée face à un problème structurel

Les opposants au texte, parmi lesquels figurent les libéraux lituaniens, dénoncent une atteinte aux libertés individuelles. « La majorité parlementaire a porté atteinte au principe constitutionnel de la liberté d’autodétermination de l’individu », a affirmé la présidente du Mouvement libéral dans un communiqué. « On ne peut pas instaurer une égalité forcée en matière de santé ; au contraire, la contrainte ne fera que pousser encore plus de médecins à partir et à émigrer. » Cette crainte d’un effet contre-productif s’ajoute à celle, plus large, d’un manque d’attractivité durable des zones rurales.

La Lituanie n’est pas le seul pays européen à expérimenter des dispositifs pour lutter contre les déserts médicaux. En Finlande, les autorités ont ajusté la répartition géographique des places de formation en médecine et élargi le rôle des infirmiers, tout en proposant des salaires plus élevés et des modalités de travail flexibles pour inciter les médecins à s’installer en zone reculée. En Lettonie, les facultés de médecine privilégient les candidats s’engageant à exercer en zone rurale après leur formation, avec des primes mensuelles et un soutien financier accru pour les professionnels déjà en poste.

Ces exemples montrent que les approches varient selon les pays. Si la contrainte est l’un des outils envisagés, elle n’est pas la seule. En Lituanie, la réforme actuelle mise sur un mélange d’obligations et d’incitations, comme des bourses supplémentaires, des primes à l’installation ou une aide au logement. « Cette mesure n’est pas une solution miracle », a reconnu Orinta Leiputė, « mais elle s’ajoute à d’autres initiatives déjà en place pour attirer les médecins en région. »

Un calendrier serré avant l’entrée en vigueur

Les nouvelles règles, qui doivent entrer en vigueur en 2027, laissent peu de temps pour apaiser les tensions. Les jeunes médecins, déterminés à contester la légalité de l’obligation de service, pourraient saisir la Cour constitutionnelle dès l’adoption définitive du texte. Leur argumentaire repose sur l’absence de justification claire quant à l’efficacité d’un système contraignant sur le long terme. « Aucune analyse des causes profondes, aucune étude d’impact n’a été fournie », a rappelé Laurynas Maciulevičius, mettant en doute la pertinence de cette approche face à un problème complexe.

Pour les autorités, l’enjeu est double : garantir l’accès aux soins dans les zones rurales tout en évitant une fuite des talents vers l’étranger ou vers les grandes villes. Mais la réforme, perçue comme un pis-aller, pourrait bien se heurter à la réalité d’un système de santé où la liberté de choix des praticiens reste un pilier. Dans ce contexte, la question n’est plus seulement de savoir si les jeunes médecins accepteront de signer ces contrats, mais si cette obligation suffira à transformer durablement l’attractivité des territoires ruraux.

Et maintenant ?

Les prochains mois seront décisifs. D’ici la fin de l’année, le texte devra être publié au Journal officiel pour entrer en vigueur en 2027. D’ici là, les négociations entre le gouvernement, les représentants des jeunes médecins et les acteurs locaux pourraient permettre d’ajuster certaines dispositions. Pour les opposants, l’enjeu sera de convaincre les autorités de privilégier des solutions incitatives plutôt que contraignantes. Dans le même temps, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) devrait publier un rapport actualisé sur les politiques européennes de répartition des médecins, qui pourrait influencer le débat en Lituanie.

Une chose est sûre : le modèle lituanien, s’il se généralise, pourrait inspirer d’autres pays confrontés aux mêmes défis. Mais pour l’instant, la réforme reste un pari risqué, entre urgence sanitaire et respect des libertés professionnelles.

Ils dénoncent une mesure jugée « populiste » et contraignante, estimant qu’elle ne répond pas aux causes réelles de la désertification médicale. Selon eux, l’obligation de cinq ans de service ne résoudra pas le manque d’attractivité des zones rurales, sans analyse préalable des besoins ou des conditions de travail.

La Finlande mise sur des incitations financières et des formations adaptées, tandis que la Lettonie privilégie des engagements volontaires en échange de primes. D’autres pays, comme la France, combinent aides à l’installation et télémédecine pour maintenir l’accès aux soins dans les territoires isolés.