L’encours global du Livret A a chuté de 1,28 milliard d’euros en avril 2026, marquant ainsi son quatrième mois de baisse consécutive, selon les données publiées vendredi par la Caisse des dépôts (CDC).
Ce qu'il faut retenir
- L’encours du Livret A atteint 445,2 milliards d’euros fin avril, soit une baisse inédite pour un mois d’avril depuis 2009.
- Les retraits ont dépassé les dépôts de 250 millions d’euros pour les Livrets de développement durable et solidaire (LDDS), dont l’encours s’élève à 165 milliards d’euros.
- Depuis le début de l’année, près de 5 milliards d’euros se sont évaporés des deux produits d’épargne réglementée, un record en 18 ans.
- La faiblesse du taux de rémunération, divisé par deux en un an, explique en grande partie cette désaffection des épargnants.
- Le Livret d’épargne populaire (LEP), pourtant plus rémunérateur (2,5 %), a également subi des retraits nets de 320 millions d’euros en avril.
- Une hausse du taux du Livret A, attendue pour août 2026, pourrait relancer son attractivité.
Cette tendance s’inscrit dans un contexte où les Français se détournent des livrets réglementés, jugés peu rémunérateurs, au profit d’autres placements comme l’assurance vie. Les sommes collectées sur le Livret A et le LDDS financent notamment le logement social et la politique de la ville. Or, cette désaffection coïncide avec une réflexion plus large sur l’utilisation de cette épargne, la Caisse des dépôts ayant récemment réorienté une partie de ces fonds vers des investissements comme le financement de six nouveaux réacteurs nucléaires.
Cette orientation a suscité des critiques de la part de plusieurs organisations. Dans une déclaration commune, le Droit au logement (DAL), Greenpeace France, Les Écologistes et La France insoumise ont souligné que « cette utilisation de l’épargne réglementée (...) serait inévitablement réalisée au détriment du financement des logements sociaux et de leur isolation », selon un communiqué diffusé lundi.
Un recul historique pour le Livret A en avril
Avec un encours de 445,2 milliards d’euros à la fin du mois, le Livret A enregistre sa plus forte baisse pour un mois d’avril depuis que la Caisse des dépôts publie ces statistiques, soit depuis 2009. Pourtant, malgré cette érosion, le produit reste l’un des plus répandus en France, avec près de 58 millions de livrets ouverts.
Les retraits ont continué de dépasser les dépôts, confirmant la tendance observée depuis janvier. En avril, la baisse de 1,28 milliard d’euros s’ajoute à celles de février (-1,3 milliard) et mars (-1,1 milliard), portant à quatre le nombre de mois consécutifs de repli. Les spécialistes attribuent cette situation à la faiblesse du taux de rémunération, fixé à 1,5 % depuis février 2025, un niveau historiquement bas après avoir été divisé par deux en moins d’un an.
Les LDDS suivent la même trajectoire
Le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), dont le taux est aligné sur celui du Livret A, n’échappe pas à cette dynamique. En avril, les retraits ont excédé les dépôts de 250 millions d’euros, ramenant son encours à 165 milliards d’euros. Depuis le début de l’année, ce sont près de 5 milliards d’euros qui ont quitté ces deux livrets réglementés, un chiffre qui n’avait pas été atteint depuis 18 ans.
Cette situation profite à des produits concurrents, comme l’assurance vie, dont les encours ont progressé ces derniers mois. Les épargnants recherchent en effet des rendements plus attractifs, alors que l’inflation reste élevée et que les taux des comptes sur livret classiques peinent à suivre.
Le LEP, malgré un taux à 2,5 %, peine aussi à convaincre
Le Livret d’épargne populaire (LEP), accessible sous conditions de ressources et offrant un taux de 2,5 %, n’a pas échappé à la tendance. En avril, les épargnants ont retiré 320 millions d’euros de plus qu’ils n’ont déposé sur leurs livrets, selon les chiffres de la Caisse des dépôts. Ce repli intervient alors que le produit reste l’un des rares à offrir un rendement supérieur à l’inflation.
Cette désaffection interroge sur les causes profondes de ce désengagement. Certains observateurs pointent du doigt la complexité des critères d’éligibilité pour le LEP, tandis que d’autres évoquent un simple effet de report vers des placements plus flexibles ou mieux rémunérés.
Le financement du logement social en question
Les sommes collectées sur le Livret A et le LDDS sont traditionnellement utilisées pour financer des projets liés au logement social et à la rénovation urbaine. Or, la baisse des encours pourrait, à terme, réduire les ressources disponibles pour ces politiques publiques.
Cette problématique a été au cœur d’un débat récent entre économistes et associations. Dans une tribune publiée la semaine dernière, plusieurs organisations ont alerté sur les risques d’une réorientation des fonds vers d’autres secteurs, comme le nucléaire. « Cette utilisation de l’épargne réglementée (...) serait inévitablement réalisée au détriment du financement des logements sociaux et de leur isolation », ont-elles averti.
Ces craintes interviennent alors que la Caisse des dépôts a annoncé vouloir mobiliser une partie de ces fonds pour financer des projets d’infrastructure, dont six nouveaux réacteurs nucléaires. Une décision qui divise, entre ceux qui y voient une diversification nécessaire et d’autres un détournement des missions historiques du Livret A.
En attendant, les prochaines publications de la Caisse des dépôts, attendues chaque mois, permettront de mesurer l’ampleur du phénomène et d’évaluer l’impact de ces retraits sur le financement du logement social.
La principale raison réside dans la faiblesse du taux de rémunération, fixé à 1,5 % depuis février 2025. Ce taux, divisé par deux en un an, est jugé insuffisant face à l’inflation et aux alternatives comme l’assurance vie ou les fonds euros, qui offrent des rendements plus attractifs.