La CFDT et l’Union Indépendants ont mis en demeure Uber Eats et Deliveroo pour exiger la transparence de leurs algorithmes de rémunération et contester les désactivations de comptes jugées arbitraires, selon BFM Business.
Cette initiative, qui pourrait déboucher sur une action de groupe en justice, intervient alors qu’une directive européenne visant à renforcer les droits des travailleurs des plateformes doit être transposée en droit français d’ici la fin de l’année. Quelque 600 000 personnes, principalement des livreurs de repas et des VTC, sont concernées par cette réforme, d’après le ministère du Travail.
Ce qu'il faut retenir
- La CFDT et l’Union Indépendants ont adressé une mise en demeure à Uber Eats et Deliveroo pour exiger la transparence sur leurs algorithmes de rémunération, jugés « opaques ».
- Les syndicats dénoncent des désactivations de comptes jugées abusives, souvent sans explication claire, et réclament une indemnisation en cas de préjudice.
- En deux ans, l’Union Indépendants a traité près de 2 800 dossiers de désactivations brutales, dont 50 % ont été réactivés.
- La directive européenne sur les droits des travailleurs des plateformes doit être transposée en France d’ici décembre 2026.
- Uber Eats affirme dialoguer régulièrement avec les syndicats et avoir revu plusieurs cas de désactivation, tandis que Deliveroo assure agir « en pleine conformité avec ses obligations légales ».
Des algorithmes opaques qui alimentent les tensions
Les associations et syndicats reprochent à Uber Eats et Deliveroo de ne pas révéler les critères qui déterminent la rémunération des livreurs, alors que ces plateformes emploient des travailleurs indépendants. « Un prestataire, un salarié ou un artisan comprend sa rémunération, mais pour les livreurs de repas travaillant avec Uber Eats ou Deliveroo, ou les VTC, c’est l’un des seuls domaines où on ne sait pas combien on est payé », a dénoncé Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, lors d’une conférence de presse à Paris.
Outre l’opacité des algorithmes, les syndicats pointent du doigt les désactivations de comptes, souvent sans motif explicite. Ces déconnexions peuvent priver les livreurs de leurs moyens de subsistance pendant des semaines, voire des mois. « C’est l’un des seuls secteurs où l’on ignore comment on est rémunéré », a souligné Marylise Léon, rappelant que les travailleurs indépendants ne bénéficient pas des mêmes protections que les salariés classiques.
Des désactivations arbitraires aux conséquences dramatiques
Les témoignages recueillis par les syndicats illustrent les conséquences parfois catastrophiques de ces désactivations. Morgan Lempereur, un livreur de 30 ans ayant effectué 39 000 courses à Cambrai (Nord) pour Uber Eats, a vu son compte professionnel désactivé « pendant deux mois » en raison d’une photo jugée trop sombre. « Cela m’a mis dans la misère », a-t-il témoigné.
Un autre livreur, Carlo Armando, a été déconnecté par Uber Eats « depuis un mois » pour avoir oublié d’enlever son casque. En 2020, Deliveroo avait également bloqué le compte de ce père de deux enfants « pendant trois ans, sans aucune raison ».
Selon l’Union Indépendants, premier syndicat des livreurs, 50 % des 2 800 dossiers de désactivations brutales traités en deux ans ont finalement abouti à une réactivation du compte. Pourtant, les livreurs subissent un préjudice financier difficile à compenser.
Des demandes précises : transparence et réparations
Les syndicats réclament désormais deux choses : d’abord, que les plateformes révèlent les recettes issues de leurs algorithmes, jugées « opaques » ; ensuite, qu’elles indemnisent les livreurs en cas de désactivation abusive, une fois leur compte réactivé. « Les plateformes doivent réparer le préjudice subi par les livreurs », a insisté Me Céline Cotza, l’avocate chargée du dossier côté travailleurs.
Sans réponse satisfaisante dans un délai de six mois, les syndicats menacent de saisir le tribunal judiciaire pour engager une action de groupe. Une procédure similaire avait été lancée en avril par des associations d’aide aux livreurs, dont Médecins du Monde, contre Uber Eats. L’entreprise est celle qui a fourni le plus d’éléments matériels aux associations, selon BFM Business.
Les plateformes répondent, mais les désaccords persistent
Uber Eats a déclaré rencontrer « très régulièrement » l’Union Indépendants et avoir « notamment des échanges pour discuter des désactivations de comptes de livreurs », allant jusqu’à « accepter de revoir plusieurs cas ». La plateforme a toutefois exprimé sa préférence pour le dialogue plutôt que pour des procédures judiciaires, qu’elle juge « infondées ». « Nous souhaitons que la voie du dialogue et de l’écoute réciproques reste la voie privilégiée », a-t-elle déclaré à l’AFP.
De son côté, Deliveroo a estimé « particulièrement regrettable que cette initiative intervienne alors même que les discussions dans ce cadre doivent reprendre dans les prochaines semaines ». La société affirme ne jamais mettre « fin à une relation commerciale sans motif » et précise qu’aucun compte n’est désactivé « sans intervention humaine préalable ». Les livreurs disposeraient d’un droit de recours, assure Deliveroo.
Sur le sujet des algorithmes, la plateforme assure agir « en pleine conformité avec ses obligations légales ». Elle indique que chaque proposition de commande affiche de manière transparente la rémunération ainsi que la distance avant acceptation.
Si les plateformes insistent sur leur volonté de dialogue, les syndicats, eux, restent déterminés à faire valoir les droits des livreurs. « Ce n’est pas une question de bonne volonté, mais de respect des droits fondamentaux », a rappelé Marylise Léon. L’issue de ce bras de fer pourrait avoir des répercussions bien au-delà du secteur des livraisons, alors que la question de l’emploi via les plateformes numériques continue de faire débat en Europe.
Les livreurs dénoncent avant tout l’opacité de leurs algorithmes de rémunération, qui ne permettent pas de connaître précisément le montant des courses effectuées. Ils critiquent également les désactivations de comptes jugées arbitraires, souvent sans motif clair, et l’absence d’indemnisation en cas de préjudice.
Les syndicats ont donné six mois aux plateformes pour répondre à leurs demandes. Si aucune solution n’est trouvée, ils menacent de saisir le tribunal judiciaire pour engager une action de groupe. Par ailleurs, la transposition en droit français de la directive européenne sur les droits des travailleurs des plateformes, prévue pour décembre 2026, pourrait renforcer leur position.