Alors que l’hantavirus mobilise l’attention des autorités sanitaires, l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) publie ce jeudi 13 mai son rapport annuel sur les risques pandémiques d’origine animale. Selon Franceinfo – Santé, l’institution, qui collabore avec plusieurs agences des Nations unies, souligne un « sous-financement chronique et dangereux » des dispositifs de surveillance des maladies zoonotiques.
Ce qu'il faut retenir
- L’OMS animale estime que moins de 0,6 % des dépenses mondiales de santé sont consacrées aux systèmes de prévention des zoonoses.
- Près de 60 % des maladies infectieuses humaines ont une origine animale, rappelle le rapport.
- La déforestation et la fragmentation des habitats naturels augmentent les risques de transmission entre faune sauvage, humains et animaux domestiques.
- L’organisation appelle les États à investir davantage dans la surveillance vétérinaire et les campagnes de vaccination en élevage.
Une alerte lancée dans un contexte d’inquiétude sanitaire
L’hantavirus, dont plusieurs cas ont été signalés ces dernières semaines, a ravivé les craintes d’une nouvelle crise sanitaire d’origine animale. L’OMS animale, qui avait déjà joué un rôle clé dans la gestion de la pandémie de Covid-19, insiste sur l’urgence de renforcer les moyens dédiés à la détection précoce des pathogènes. Dans son rapport rendu public le 13 mai 2026, elle pointe un paradoxe : malgré les leçons tirées de crises passées, les investissements restent insuffisants. « Les systèmes de surveillance, les effectifs vétérinaires et les dispositifs de contrôle sanitaire dans les élevages ne représentent aujourd’hui que 0,6 % des dépenses mondiales de santé », précise le document.
Des menaces amplifiées par l’activité humaine
L’organisation met en garde contre l’augmentation des risques de transmission entre la faune sauvage et les humains, un phénomène accéléré par l’extension des zones urbaines et agricoles au détriment des écosystèmes naturels. « Plus les humains pénètrent dans des habitats sauvages, plus les contacts avec des espèces comme les moustiques, les rongeurs ou les chauves-souris se multiplient », explique un expert de l’OMS animale. Ces interactions favorisent l’émergence de nouvelles maladies, comme ce fut le cas pour Ebola, le SRAS ou le Covid-19. Le rapport souligne que près de 60 % des maladies infectieuses humaines sont déjà d’origine animale, un chiffre qui rappelle l’importance de la vigilance.
La déforestation et la fragmentation des habitats naturels jouent également un rôle clé dans cette dynamique. En réduisant les espaces sauvages, l’homme expose davantage les populations aux pathogènes portés par la faune, créant des conditions idéales pour l’émergence de nouvelles épidémies.
Un appel à l’action pour les États
Face à ce constat, l’OMS animale enjoint les gouvernements à agir rapidement. Le rapport recommande de renforcer les systèmes de surveillance épidémiologique, d’améliorer les campagnes de vaccination dans les élevages et de former davantage de vétérinaires spécialisés. « Investir dans la prévention aujourd’hui, c’est éviter une crise sanitaire demain », a déclaré le directeur général de l’organisation lors de la présentation du document. Il a rappelé que les dépenses actuelles, bien que marginales, ne permettent pas de couvrir les besoins réels des pays, en particulier dans les régions les plus exposées.
L’OMS animale rappelle aussi que les zoonoses ne sont pas une fatalité. « Si on prend nos précautions, les risques sont limités », a-t-elle souligné, citant en exemple les programmes de surveillance mis en place en Argentine pour contrer l’hantavirus. Ces initiatives, bien que locales, démontrent qu’une approche préventive peut réduire significativement les impacts sanitaires.
Reste à savoir si les gouvernements, encore marqués par les séquelles économiques et sociales de la pandémie de Covid-19, seront prêts à engager des budgets supplémentaires dans un contexte de restrictions budgétaires. Une chose est sûre : l’OMS animale ne compte pas relâcher la pression. « Le monde a les moyens de se protéger, il lui reste à en prendre la décision », a conclu son directeur.
Une zoonose est une maladie ou infection naturellement transmissible des animaux vertébrés à l’homme, et vice-versa. Parmi les exemples les plus connus, on trouve la grippe aviaire, la rage, le paludisme ou encore le Covid-19.