Une commission paneuropéenne indépendante, composée de scientifiques et d’anciens ministres de la Santé, exhorte l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à reconnaître officiellement le réchauffement climatique comme une urgence de santé publique de portée mondiale. Selon Courrier International, cette déclaration, si elle était adoptée, pourrait enfin déclencher une réponse internationale coordonnée face à une crise sanitaire dont l’ampleur ne cesse de s’aggraver.

Ce qu'il faut retenir

  • En Europe, la pollution atmosphérique liée aux énergies fossiles provoque plus de 600 000 décès par an.
  • Les vagues de chaleur ont causé 63 000 morts en Europe en 2024, et près de 70 % des décès estivaux en 2025 dans 854 villes européennes.
  • L’Europe se réchauffe deux fois plus vite que le reste du monde, avec 95 % de ses territoires ayant connu des températures supérieures à la moyenne en 2025.
  • En Inde, certaines villes ont enregistré 46,2 °C en avril 2026, tandis qu’à Karachi, au Pakistan, 10 décès liés à la chaleur ont été recensés début mai.

Une crise sanitaire déjà bien réelle, selon les experts

Pour la Commission paneuropéenne indépendante sur le climat et la santé, la crise climatique n’est pas une menace future, mais une réalité qui frappe de plein fouet les populations aujourd’hui. « La crise climatique n’est pas une menace à situer dans le futur », déclare Katrin Jakobsdóttir, ex-Première ministre islandaise et présidente de la commission, dans les colonnes du Guardian. « Il s’agit d’une crise tout à fait actuelle, qui s’aggrave et qui affecte simultanément la santé, l’alimentation, l’eau, l’énergie et la sécurité nationale. »

À la veille de la 79e Assemblée mondiale de la santé, qui s’ouvre ce lundi 18 mai à Genève, les membres de la commission insistent sur la nécessité d’une action urgente. « Une telle déclaration ne suffirait pas à inverser le réchauffement climatique, mais elle pourrait déclencher la réponse internationale coordonnée qu’exige l’ampleur de la crise sanitaire », soulignent-ils. Aujourd’hui, malgré l’urgence, aucune mesure globale n’a encore été mise en place à l’échelle mondiale.

L’Europe en première ligne face aux canicules meurtrières

Les chiffres compilés par la commission et relayés par Courrier International donnent une mesure concrète de l’impact du réchauffement en Europe. La pollution de l’air, principalement due aux énergies fossiles, est responsable de plus de 600 000 décès prématurés chaque année sur le continent. Mais c’est la multiplication des vagues de chaleur qui constitue désormais l’une des principales menaces sanitaires. En 2024, 63 000 personnes sont décédées en Europe à cause des températures extrêmes. L’année suivante, en 2025, le réchauffement climatique a été à l’origine de près de 70 % des décès liés à la chaleur dans quelque 854 villes européennes.

Une étude de l’Institut de Barcelone pour la santé mondiale (ISGlobal), publiée par El País, révèle un paradoxe surprenant : ce sont souvent les régions les plus riches et les plus urbanisées qui enregistrent les taux de mortalité les plus élevés lors des épisodes de forte chaleur. « Il s’agit souvent de villes où la végétation est rare et où l’asphalte est omniprésent, favorisant l’absorption de la chaleur et contribuant à l’effet d’îlot de chaleur urbain », explique Blanca Paniello-Castillo, chercheuse à l’ISGlobal. Si une meilleure isolation des logements et une moindre précarité énergétique protègent du froid, « la prospérité économique ne protège pas de la chaleur », précise-t-elle.

Un continent qui se réchauffe deux fois plus vite que la planète

L’Europe paie un lourd tribut au réchauffement climatique, et les données récentes le confirment. Selon le bilan climatique 2025 établi par Copernicus, le service climatique de l’Union européenne, et l’Organisation météorologique mondiale, 95 % des territoires européens ont connu des températures supérieures à la moyenne (1991-2020) en 2025. Une moyenne elle-même réévaluée à la hausse tous les dix ans, rappelle Le Temps.

Cette accélération du réchauffement s’accompagne d’une multiplication des événements extrêmes. En avril 2026, l’Inde a enregistré un phénomène météorologique exceptionnel : les 50 villes les plus chaudes de la planète se trouvaient toutes dans ce pays, selon CNN. La ville de Banda, dans l’État d’Uttar Pradesh, a notamment atteint 46,2 °C le 27 avril. Des experts mettent en garde : d’ici 2050, certaines zones de l’Inde pourraient devenir inhabitables en raison de la chaleur, dépassant « la limite de survie » pour les êtres humains en bonne santé.

Asie du Sud : des températures mortelles et des records battus

Le 4 mai 2026, au moins dix personnes sont mortes à Karachi, au Pakistan, en raison de températures caniculaires. Le Département météorologique du Pakistan (PMD) a enregistré un pic à 44,1 °C, le plus élevé depuis le 31 mai 2018, date à laquelle le mercure avait atteint 46 °C. Les météorologues pakistanais alertent : des journées encore plus chaudes pourraient survenir dans les semaines à venir.

Cette situation s’inscrit dans un contexte climatique global marqué par le phénomène El Niño, qui intensifie les vagues de chaleur dans plusieurs régions du monde. L’Asie du Sud, déjà vulnérable en raison de sa densité démographique et de ses infrastructures limitées, est particulièrement exposée. Les autorités locales peinent à adapter leurs systèmes de santé et leurs plans d’urgence pour faire face à une telle escalade des températures.

Repenser les indicateurs économiques et les politiques de sécurité

Face à l’urgence, la Commission paneuropéenne ne se contente pas de tirer la sonnette d’alarme. Elle appelle les gouvernements européens à intégrer pleinement le risque climatique dans leurs politiques de sécurité nationale. Les experts estiment également qu’il est temps de remettre en cause le produit intérieur brut (PIB) comme principal indicateur de progrès économique, un critère incapable de refléter les coûts humains et environnementaux du réchauffement.

« Le PIB ne protège pas de la chaleur », rappelle la commission dans ses recommandations. Les régions les plus riches, souvent concentrées dans des métropoles bétonnées, paient aujourd’hui un lourd tribut aux canicules, en raison de l’effet d’îlot de chaleur urbain. Une prise de conscience s’impose : la prospérité matérielle ne suffit pas à garantir la résilience face aux dérèglements climatiques.

Et maintenant ?

La 79e Assemblée mondiale de la santé, qui s’ouvre ce lundi 18 mai à Genève, pourrait marquer un tournant dans la lutte contre les conséquences sanitaires du réchauffement. Les membres de la commission espèrent que l’OMS déclarera enfin l’urgence climatique comme une « urgence de santé publique mondiale ». Une telle décision, bien que symbolique, pourrait accélérer la coordination internationale et inciter les États à renforcer leurs politiques de prévention et d’adaptation. Reste à voir si les gouvernements, souvent divisés sur les questions climatiques, parviendront à s’accorder sur des mesures concrètes.

Dans l’immédiat, les prévisions météorologiques pour l’été 2026 en Europe et en Asie du Sud laissent présager de nouvelles vagues de chaleur intenses. Les systèmes de santé, déjà mis à rude épreuve, devront faire face à des défis croissants. La question n’est plus de savoir si la crise climatique affecte la santé publique, mais à quelle vitesse les sociétés pourront s’adapter pour en limiter les dégâts.

Une « urgence de santé publique de portée internationale » (USPPI) est une déclaration de l’OMS qui permet de mobiliser une réponse coordonnée des États membres face à une menace sanitaire grave et soudaine. Cette notion a été utilisée par le passé pour des épidémies comme Ebola ou la Covid-19, mais jamais pour une crise environnementale comme le réchauffement climatique. Selon les critères de l’OMS, une telle déclaration peut être adoptée en cas de risque de propagation internationale ou de conséquences graves pour la santé humaine.