Plusieurs dizaines de milliers de manifestants ont défilé samedi 16 mai dans les rues de Londres, opposant d’un côté les partisans de Tommy Robinson, militant d’extrême droite anti-immigration et anti-islam, et de l’autre les militants propalestiniens et antiracistes. Selon BMF - International, ces deux cortèges, encadrés par un dispositif policier exceptionnel, se sont déroulés sans incident majeur, malgré un climat politique et social particulièrement tendu au Royaume-Uni.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 50 000 personnes attendues pour la marche « Unite The Kingdom » de Tommy Robinson, selon les organisateurs
- 4 000 policiers déployés, avec véhicules blindés, drones et caméras de reconnaissance faciale en temps réel — une première lors d’une manifestation
- 31 arrestations signalées en cours de journée, mais aucun débordement majeur n’a été rapporté
- Une contre-manifestation propalestinienne a réuni plusieurs milliers de participants pour commémorer la « Nakba » et dénoncer l’extrême droite
- Le Premier ministre travailliste Keir Starmer a qualifié les organisateurs de « voyous » et de « racistes condamnés par la justice »
- Le niveau de menace terroriste au Royaume-Uni a été relevé à « sévère » début mai, en raison de la montée des tensions communautaires
Un dispositif policier historique pour deux cortèges aux motivations opposées
Avec quelque 4 000 agents mobilisés, la police londonienne a mis en place l’un des plus importants dispositifs de sécurité jamais déployés pour encadrer des manifestations simultanées. Outre les traditionnels effectifs en tenue, les forces de l’ordre ont fait appel à des véhicules blindés, des drones et des hélicoptères, tandis que des caméras de reconnaissance faciale ont été utilisées en direct pour surveiller les foules — une première dans ce contexte. Cette mobilisation exceptionnelle s’explique par la concomitance avec la finale de la Coupe d’Angleterre, disputée au stade de Wembley, où 90 000 spectateurs étaient attendus.
Les organisateurs de la marche « Unite The Kingdom », menée par Tommy Robinson — de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon —, avaient annoncé une participation dépassant les 50 000 personnes. Ce militant, figure de l’extrême droite britannique, a déjà organisé un rassemblement similaire en septembre 2025, qui avait attiré jusqu’à 150 000 personnes selon ses estimations. Contrairement à cette dernière mobilisation, la marche de samedi n’était pas officiellement affiliée au parti Reform UK, dirigé par Nigel Farage, qui a pourtant réalisé une percée électorale remarquée lors des scrutins locaux du 5 mai dernier.
Tommy Robinson dénonce l’immigration et attaque le gouvernement travailliste
À l’arrivée du cortège à Parliament Square, devant une foule brandissant des drapeaux anglais et britanniques, Tommy Robinson a pris la parole pour fustiger la politique migratoire du gouvernement travailliste. « Le peuple britannique est trahi par ses dirigeants », a-t-il lancé, avant de dénoncer une immigration « incontrôlée » et une « soumission » aux élites politiques. Plusieurs personnalités d’extrême droite britanniques, dont Alice Cordier, fondatrice du collectif identitaire français Némésis, figuraient parmi les intervenants. Une mère dont la fille a été tuée par un demandeur d’asile et un groupe de musique complétaient la tribune.
En amont de cette manifestation, Tommy Robinson avait appelé à la « retenue » et au « calme », après les affrontements survenus lors de sa précédente marche en septembre. Pourtant, Downing Street avait annoncé l’interdiction d’entrée au Royaume-Uni pour 11 « agitateurs étrangers d’extrême droite », dont l’Américano-Colombienne Valentina Gomez, accusée de tenir des propos « incendiaires » et « déshumanisants » à l’encontre des musulmans. Le Premier ministre Keir Starmer avait d’ailleurs qualifié, vendredi, les organisateurs de « voyous » et de « racistes condamnés par la justice, qui colportent la haine et la division ».
Une contre-manifestation propalestinienne pour commémorer la « Nakba »
Dans le même temps, une manifestation propalestinienne, organisée à l’appel de plusieurs associations, a réuni plusieurs milliers de participants pour commémorer la « Nakba » — terme arabe désignant l’exode de 760 000 Palestiniens lors de la création de l’État d’Israël en 1948. Les slogans scandés, comme « Racistes hors de nos rues, réfugiés bienvenus », visaient autant à dénoncer la politique israélienne qu’à s’opposer à l’extrême droite britannique. De nombreux manifestants arboraient des keffiehs et brandissaient des drapeaux palestiniens.
La police londonienne avait prévenu qu’elle interviendrait en cas de slogans appelant à la « mondialisation de l’intifada », une référence aux soulèvements palestiniens contre l’armée israélienne. Keir Starmer avait lui-même jugé ce type de propos « totalement inacceptable », allant jusqu’à évoquer la possibilité d’une interdiction des marches propalestiniennes « dans certains cas », après l’attaque au couteau perpétrée début mai dans le quartier juif de Golders Green à Londres. Deux hommes avaient été blessés, et une série d’incendies à caractère antisémite avait également été recensée dans le nord de la capitale.
Un contexte sécuritaire alourdi par la menace terroriste
Ces rassemblements surviennent alors que le gouvernement britannique a relevé, début mai, le niveau de menace terroriste à « sévère », évoquant une hausse des risques liés à la fois à l’extrême droite et à l’islamisme radical. Cette décision fait suite à une série d’incidents violents, dont l’attaque de Golders Green et des actes de vandalisme antisémite. Les autorités ont pris soin de maintenir une distance entre les deux cortèges pour éviter tout contact, tout en surveillant de près les éventuels débordements.
Malgré cette tension palpable, les forces de l’ordre ont indiqué en fin de journée que 31 personnes avaient été arrêtées, principalement pour des infractions mineures ou des troubles à l’ordre public. Aucune violence majeure n’a été signalée, bien que plusieurs sources aient évoqué des échanges verbaux tendus entre les deux camps. Selon un journaliste de l’AFP sur place, les manifestants propalestiniens et les sympathisants de Tommy Robinson avaient été tenus à l’écart les uns des autres grâce à un cordon policier renforcé.
Enfin, la question d’un encadrement plus strict des manifestations, notamment propalestiniennes, pourrait revenir sur le devant de la scène politique. Keir Starmer, sous pression, a laissé entendre qu’une interdiction ciblée pourrait être envisagée si des slogans jugés trop radicaux venaient à se généraliser. Une décision qui, si elle était prise, ne manquerait pas de raviver les débats sur la liberté de réunion et la lutte contre la radicalisation.