Le marché de la longévité regorge de solutions prétendument miracles, entre compléments anti-âge, injections de « sang jeune » et tests d’âge biologique. Mais où en est réellement la science ? Selon Le Figaro, le biologiste Venki Ramakrishnan, prix Nobel de chimie en 2009, décrypte dans son ouvrage Pourquoi nous mourons — publié en mai 2026 aux éditions Odile Jacob — les promesses les plus vertigineuses de cette industrie.
Ce qu'il faut retenir
- Venki Ramakrishnan, prix Nobel de chimie, analyse dans son livre les promesses de l’industrie de la longévité en les confrontant aux preuves scientifiques.
- L’ouvrage, publié en français en mai 2026, distingue les pistes sérieuses des fantasmes commerciaux ou scientifiques.
- Le chercheur admet prendre lui-même un comprimé de multivitamines par jour, tout en soulignant son absence de fondement scientifique.
- Parmi les promesses passées au crible : la cryonie, les injections de sang jeune, les compléments anti-âge et les tests d’âge biologique.
- Ramakrishnan, ancien président de la Royal Society, insiste sur la nécessité de séparer ce qui relève de la science de ce qui relève du marketing.
Un scientifique iconoclaste face aux promesses de l’immortalité
Physicien reconverti en biologiste, Venki Ramakrishnan a reçu le prix Nobel pour ses travaux sur le ribosome, cette « usine cellulaire » où sont fabriquées les protéines. Pourtant, face aux promesses de rajeunissement ou de vie prolongée au-delà de 120 ans, il adopte une posture résolument pragmatique. Son livre, fruit de plusieurs années d’analyse, se présente comme un « correctif » face à un marché où les fantasmes l’emportent souvent sur les faits. « Où est la preuve ? », interroge-t-il systématiquement, comme il l’explique à Le Figaro.
Ce positionnement lui vaut une réputation d’iconoclaste dans un secteur où les start-up et les investisseurs misent sur des solutions souvent présentées comme révolutionnaires. Pourtant, Ramakrishnan assume ses propres contradictions : il prend quotidiennement un comprimé de multivitamines, qu’il qualifie lui-même de « superstition ». « C’est un peu une assurance. La preuve que les scientifiques ne sont pas totalement rationnels », plaisante-t-il. Il précise cependant que ce geste n’a aucun lien avec une quête de longévité, mais relève davantage d’un réflexe lié à ses voyages fréquents et à une alimentation variée.
Cryonie, sang jeune et compléments : le grand tri des promesses
Parmi les sept promesses majeures de longévité examinées par le prix Nobel, certaines relèvent clairement de la science-fiction, tandis que d’autres s’appuient sur des pistes de recherche plus sérieuses. La cryonie — technique consistant à congeler un corps dans l’espoir de le ressusciter dans un futur où la médecine aura progressé — est la première à passer au crible. Ramakrishnan rappelle qu’aucune preuve ne démontre à ce jour la faisabilité de cette méthode.
Autre piste controversée : les injections de sang jeune, popularisées par des études sur des souris montrant un rajeunissement partiel après des transfusions. Le chercheur souligne que les résultats restent très limités et que leur transposition à l’humain n’est pas validée. Quant aux compléments anti-âge — antioxydants, collagène ou autres pilules miracles — il rappelle qu’aucune étude indépendante n’a prouvé leur efficacité sur l’espérance de vie. Enfin, les tests d’âge biologique, souvent présentés comme des outils prédictifs, sont également passés au tamis. « Mesurer son âge biologique ne signifie pas forcément pouvoir l’inverser », souligne-t-il.
L’âge biologique et l’alimentation : les rares pistes crédibles
Si Ramakrishnan se montre sceptique face aux promesses les plus médiatisées, il reconnaît que certaines pistes de recherche méritent une attention particulière. L’âge biologique — mesuré par des marqueurs comme la longueur des télomères ou la méthylation de l’ADN — pourrait, à terme, devenir un outil utile pour évaluer le vieillissement cellulaire. Cependant, il insiste sur le fait que ces outils ne sont pas encore prêts pour une utilisation grand public à des fins de rajeunissement.
Côté prévention, le chercheur met en avant des facteurs bien établis : une alimentation équilibrée, une activité physique régulière et un sommeil de qualité restent les piliers d’une vie longue et en bonne santé. Il rappelle que les centenaires en bonne santé, comme ceux des « zones bleues » (régions du monde où l’espérance de vie est exceptionnellement élevée), doivent leur longévité davantage à leur mode de vie qu’à des traitements miracles. « La longévité n’est pas une question de pilule, mais de comportement », résume-t-il.
Pour Ramakrishnan, la priorité reste la prévention : « La meilleure façon de vivre plus longtemps est encore de bien vivre aujourd’hui ». Son message s’adresse autant aux chercheurs qu’aux consommateurs, invités à distinguer les avancées réelles des mirages marketing.
L’âge biologique mesure le vieillissement des cellules et des tissus, contrairement à l’âge chronologique, qui correspond simplement au nombre d’années écoulées. Il peut être évalué via des marqueurs comme la longueur des télomères ou des modifications de l’ADN. Cependant, son utilité pour prédire ou inverser le vieillissement reste limitée à ce stade, selon Venki Ramakrishnan.
Le chercheur qualifie lui-même sa prise quotidienne de multivitamines de « superstition » et d’« assurance ». Il précise qu’il n’y voit aucun effet sur sa longévité, mais que ce geste relève davantage d’un réflexe lié à son mode de vie (voyages fréquents, alimentation variée) que d’une croyance en son efficacité scientifique.