Une explosion survenue le soir du 28 juin 2026 devant un immeuble résidentiel du quartier des Moulins, à Monaco, a grièvement blessé un couple et un adolescent. L’engin explosif, déposé devant l’entrée de leur domicile, a provoqué une scène de guerre et profondément ébranlé la population monégasque, habituée à une sécurité sans faille. L’enquête, menée conjointement par la police monégasque et la gendarmerie française, a rapidement mis en lumière une piste ukrainienne, évoquant un règlement de comptes entre oligarques, selon Franceinfo – Faits divers.
Ce qu'il faut retenir
- Trois victimes : un homme de 58 ans, son épouse (amputée d’une jambe) et un adolescent, tous évacués d’urgence vers l’hôpital.
- Une suspecte identifiée : Anastasia Berezovska, 39 ans, Ukrainienne, recherchée par Interpol après 96 heures d’enquête.
- Un mode opératoire minutieux : repérages répétés sur plusieurs jours, dépôt d’un sac piégé devant l’immeuble de la victime.
- Une victime ciblée : Vadim Ermolaev, 58 ans, 190 millions d’euros de patrimoine, figure controversée parmi les oligarques ukrainiens.
- 630 policiers et 1 400 caméras pour 2 km² : Monaco, l’un des endroits les plus sécurisés au monde, confronté à une attaque inédite.
- Un contexte géopolitique tendu : l’enquête explore les liens entre blanchiment d’argent, fortunes ukrainiennes et réseaux criminels transfrontaliers.
Une attaque d’une violence inouïe dans un paradis sous haute surveillance
L’explosion, survenue à 20h58, a soufflé la porte d’entrée d’un immeuble du quartier des Moulins, situé en plein cœur de Monaco. Trois personnes, dont un couple et leur fils adolescent, ont été grièvement blessées. L’homme, Vadim Ermolaev, a été évacué en urgence absolue vers l’hôpital, tandis que son épouse, amputée d’une jambe, présentait les blessures les plus graves. « J’ai vu une dame affalée sur le bord des escaliers. On avait l’impression qu’elle était encastrée. À un moment, son ventre a bougé : elle était vivante », témoigne Silvano Ippolito, riverain présent sur les lieux.
Les fenêtres de l’immeuble ont volé en éclats sous la déflagration, dont l’écho a retenti à plusieurs centaines de mètres. Les habitants, sidérés, ont décrit une scène « de guerre ». « Le bruit était énorme, comme une plaque de tôle tombant d’une hauteur vertigineuse », raconte une témoin. « On est tous en état de sidération. On se parle dans la rue, on se demande comment une telle chose a pu arriver ici. »
Une traque internationale après l’identification de la suspecte
Grâce aux caméras de vidéosurveillance, les enquêteurs ont reconstitué le parcours de la suspecte. Anastasia Berezovska, 39 ans, a été filmée à plusieurs reprises entre le 26 et le 28 juin 2026, effectuant des repérages dans le quartier. Vêtue d’un bob noir et portant un sac cabas, elle a disparu après avoir déposé l’engin explosif devant le domicile d’Ermolaev. « La sophistication de l’explosif et le modus operandi indiquent qu’elle n’a pas agi seule », a précisé Morgan Raymond, procureur général adjoint de Monaco.
La traque s’est étendue bien au-delà des frontières monégasques. 200 policiers monégasques, 35 gendarmes français et deux hélicoptères ont été mobilisés pour retrouver la fugitive, qui a quitté Monaco en direction de Beausoleil, en France. Son signalement a été transmis à Interpol, faisant d’elle une cible prioritaire pour les services de police internationaux. « Tout cet environnement est méconnu pour les Monégasques, habitués à une sécurité maximale. La présence massive de forces de l’ordre a marqué les esprits », souligne Mohamed Mezeraï, envoyé spécial de Franceinfo à Monaco.
Vadim Ermolaev, oligarque ukrainien au cœur d’une enquête géopolitique
La victime, Vadim Ermolaev, est une figure controversée parmi les oligarques ukrainiens. Avec un patrimoine estimé à 190 millions d’euros, il s’était enrichi dans les années 1990 en rachetant des entreprises industrielles après la chute de l’URSS. Son empire, bâti à Dnipro, s’étendait aux secteurs du bâtiment et des détergents, avant de se diversifier dans la finance et l’immobilier. « Ermolaev incarne ces oligarques qui ont profité de la transition post-soviétique pour s’enrichir rapidement, parfois au détriment de l’État ukrainien », explique Alban Mikoczy, spécialiste des questions internationales pour Franceinfo.
Son nom est régulièrement cité dans des affaires de blanchiment et de collaboration présumée avec la Russie. En 2023, le président ukrainien Volodymyr Zelensky l’a inscrit sur une liste de sanctions pour « collaboration avec l’ennemi », gelant ses actifs et lui interdisant toute activité économique en Ukraine. Malgré ces mesures, Ermolaev aurait transféré une partie de sa fortune à l’étranger, notamment à Monaco, Chypre et en Estonie, où il possède une banque. « Son argent n’est plus en Ukraine aujourd’hui. Le fisc ukrainien n’a plus grand-chose à récupérer », précise Alban Mikoczy.
Monaco, plaque tournante des fortunes ukrainiennes et des zones d’ombre financières
La Principauté attire depuis des décennies les ultrariches d’Europe de l’Est, fuyant conflits ou pressions fiscales. À Monaco, on les surnomme ironiquement le « Bataillon Monaco » : plus de 350 Ukrainiens, principalement des millionnaires et milliardaires, y résident aujourd’hui. « Ce sont des gens détestés par les Ukrainiens, qui profitent de la guerre pour continuer leur business, y compris avec la Russie. Ils sont haïs pour leur train de vie ostentatoire à l’abri du conflit », note Alban Mikoczy.
Parmi eux figurent des figures controversées comme Kostyantyn Zhevago, septième fortune d’Ukraine, ou les frères Surkis, accusés de corruption dans le football ukrainien. « Certains ont fui vers Monaco dès les premiers jours du conflit, avec des millions en liquide. Leur présence illustre les failles d’un système qui attire l’argent sans toujours vérifier sa provenance », ajoute le journaliste. Cette concentration de fortunes suspectes a valu à Monaco d’être pointée du doigt par l’Union européenne, notamment pour son rôle dans le blanchiment d’argent.
« Monaco a construit sa prospérité financière sur l’axiome selon lequel l’argent n’a jamais d’odeur. »
Arnaud Montebourg, député socialiste et rapporteur du rapport sur le blanchiment en 2000.
Un passé trouble et des réformes récentes insuffisantes
En 2000, le rapport Montebourg accusa Monaco de faciliter le blanchiment d’argent via son système bancaire opaque. La Principauté fut inscrite sur la liste noire des paradis fiscaux par l’OCDE avant d’être retirée après des engagements de transparence. Pourtant, les critiques persistent. En 2025, l’Union européenne a de nouveau inscrit Monaco sur sa liste grise, craignant un manque de coopération dans la lutte contre l’argent gris. « Monaco respecte désormais certaines règles, mais son système reste conçu pour attirer les fortunes, même douteuses. L’argent y circule à la limite de la légalité », estime Audrey Goutard, spécialiste des faits de société pour Franceinfo.
Malgré ces remous, la Principauté continue de cultiver son image de havre de paix. En juin 2025, le président français Emmanuel Macron y a effectué une visite d’État inédite depuis 1984, espérant éviter une nouvelle inscription sur la liste noire de l’UE. Monaco mise sur ses 1 400 caméras et ses 630 policiers pour garantir une sécurité maximale. Pourtant, l’attaque du 28 juin 2026 révèle les limites de ce dispositif.
Cette affaire rappelle aussi les tensions persistantes entre transparence financière et discrétion bancaire, un équilibre que Monaco devra peut-être revoir pour préserver sa réputation. Dans l’attente, la population monégasque reste sous le choc, confrontée à une réalité qui contredit l’image idyllique de la Principauté.
Ermolaev est un oligarque ukrainien dont la fortune, estimée à 190 millions d’euros, a été construite dans les années 1990 après la chute de l’URSS. Il a accumulé des ennemis en raison de ses pratiques financières jugées douteuses, notamment des accusations de collaboration avec la Russie après l’annexion de la Crimée en 2014. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky l’a sanctionné en 2023 pour « collaboration avec l’ennemi », gelant ses actifs en Ukraine. Son transfert de fonds à l’étranger, notamment à Monaco, a également alimenté les soupçons de blanchiment.
Monaco a déjà engagé des réformes pour se conformer aux standards internationaux, mais l’UE l’a placé sur sa liste grise en 2025, le sommant de renforcer ses contrôles. Après l’attentat du 28 juin 2026, les autorités pourraient accélérer certaines mesures, comme un durcissement des vérifications sur les origines des fonds déposés par les résidents étrangers. Cependant, l’équilibre reste délicat : trop de contraintes pourraient inciter les fortunes à quitter la Principauté, menaçant son modèle économique.