Le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, recevra à Bruxelles le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, le lundi 29 juin 2026. Cette rencontre, confirmée ce 22 juin par le porte-parole de la Commission européenne Olof Gill, intervient alors que l’Union européenne s’alarme de l’ampleur de son déficit commercial avec la Chine, qui dépasse désormais le seuil symbolique d’un milliard d’euros par jour pour les échanges de biens. Selon BFM Business, cette visite s’inscrit dans un contexte de tensions commerciales croissantes entre Bruxelles et Pékin, malgré les tentatives de dialogue maintenues par les deux parties.
Ce qu'il faut retenir
- Le déficit commercial de l’UE avec la Chine atteint plus d’un milliard d’euros par jour pour les échanges de biens, selon les dernières données d’Eurostat.
- Le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, est attendu à Bruxelles le 29 juin 2026 pour des réunions avec le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič.
- Les dirigeants européens ont validé lors du dernier sommet une approche plus musclée en matière de défense commerciale, à l’exception du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez.
- L’UE pointe du doigt les subventions massives accordées aux entreprises chinoises, jugées responsables d’une concurrence déloyale dans des secteurs clés comme l’automobile ou l’acier.
- Bruxelles s’inquiète également de sa dépendance aux terres rares et aux semi-conducteurs chinois, considérés comme des matières premières critiques.
Une rencontre diplomatique au cœur des tensions commerciales
Prévue de longue date, cette visite du ministre Wang Wentao à Bruxelles s’inscrit dans un agenda diplomatique déjà chargé. Les discussions entre les deux parties devaient initialement permettre d’apaiser les tensions, mais le contexte économique a radicalement changé. Selon BFM Business, la Commission européenne confirme que le commissaire Šefčovič accueillera son homologue chinois pour des échanges centrés sur les déséquilibres commerciaux et les pratiques commerciales chinoises. « Je peux confirmer que le commissaire accueillera le ministre Wang à Bruxelles pour des réunions lundi 29 juin », a déclaré Olof Gill, porte-parole de l’UE pour le Commerce, ce 22 juin.
Les mois précédents ont été marqués par une escalade des tensions. Les dirigeants européens, lors du sommet des 27 États membres tenu la semaine dernière, ont explicitement demandé à la Commission de renforcer son arsenal en matière de défense commerciale. Cette décision, adoptée à une large majorité, reflète une volonté de réagir face aux pratiques chinoises jugées déloyales. Seul le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a exprimé une position plus nuancée, prônant une approche « pragmatique » plutôt qu’un durcissement systématique.
Un déficit commercial record et des secteurs industriels menacés
Le chiffre est accablant : le déficit commercial de l’Union européenne avec la Chine a dépassé le milliard d’euros par jour pour les échanges de biens, un niveau inédit qui illustre l’ampleur des déséquilibres. Selon les données d’Eurostat, cette situation s’explique en grande partie par les capacités de production excédentaires des entreprises chinoises, largement subventionnées par l’État. Ces subventions, dénoncées par Bruxelles, faussent la concurrence et menacent de « balayer des pans entiers de l’industrie européenne », notamment dans les secteurs de l’automobile, de la chimie ou de l’acier.
L’OCDE a révélé que, sur la période 2004-2025, les entreprises chinoises ont bénéficié en moyenne d’un soutien public trois à huit fois supérieur à celui accordé à leurs homologues européennes. Pékin rejette ces accusations, affirmant que ses pratiques commerciales respectent les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Pourtant, la dépendance de l’UE aux importations chinoises de terres rares — essentielles pour les technologies vertes et la défense — et de semi-conducteurs, cristallise les inquiétudes. Ces matières premières, stratégiques pour la transition énergétique et l’industrie high-tech, rendent l’Europe particulièrement vulnérable aux décisions de Pékin.
Vers une réponse européenne plus ferme ?
Face à l’urgence, les dirigeants européens ont acté lors du dernier sommet une stratégie plus offensive en matière de défense commerciale. Cette volonté de durcissement, adoptée par 26 des 27 États membres, marque un tournant dans la gestion des relations avec Pékin. Les outils envisagés pourraient inclure des mesures anti-dumping renforcées, des droits de douane ciblés ou des restrictions sur les subventions étrangères perçues comme déloyales. Selon BFM Business, cette approche vise à protéger les industries européennes tout en évitant une escalade incontrôlée des tensions.
Pour autant, la position espagnole, défendue par Pedro Sánchez, rappelle les divergences persistantes au sein de l’UE. Alors que certains pays, comme la France ou l’Allemagne, poussent pour une réaction rapide et ferme, d’autres prônent la prudence afin de ne pas compromettre les relations économiques avec la Chine, premier partenaire commercial de l’Europe. Cette division pourrait compliquer l’adoption de mesures unifiées et retarder leur mise en œuvre.
Cette situation laisse plusieurs questions en suspens. Comment Pékin réagira-t-il à un éventuel durcissement des règles européennes ? Quels secteurs industriels seront les premiers touchés par les nouvelles mesures de défense commerciale ? Enfin, l’UE parviendra-t-elle à réduire sa dépendance aux importations chinoises de matières premières critiques, sans compromettre ses ambitions technologiques ? Les prochains mois apporteront des éléments de réponse à ces enjeux majeurs.
Selon les dernières analyses, les secteurs de l’automobile, de la chimie et de l’acier sont les plus exposés à la concurrence chinoise. Ces industries subissent directement la pression des subventions massives accordées aux entreprises chinoises, qui leur permettent de vendre à des prix artificiellement bas. La transition vers les véhicules électriques et les technologies vertes pourrait également être ralentie par cette concurrence, si les constructeurs européens ne parviennent pas à rivaliser.
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a exprimé une position « pragmatique », privilégiant le dialogue et la recherche de compromis plutôt qu’un durcissement systématique des relations commerciales. Cette approche s’explique par les liens économiques étroits entre l’Espagne et la Chine, notamment dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures et du tourisme. Madrid craint qu’un conflit commercial ne nuise à sa croissance économique, déjà fragilisée par d’autres défis structurels.