Selon Libération, un nouveau marché se développe en France autour des soins capillaires pour les enfants aux cheveux frisés ou crépus, souvent victimes de discriminations liées à la texture de leurs cheveux. Des ateliers, des produits spécifiques et des salons spécialisés commencent à apparaître pour répondre à un besoin longtemps ignoré, alors que ces enfants grandissent sans repères pour prendre soin de leurs boucles.

Ce qu'il faut retenir

  • Discrimination capillaire : les enfants aux cheveux texturés subissent des pressions sociales pour lisser ou modifier leur texture naturelle.
  • Manque de connaissances : beaucoup ignorent comment entretenir leurs boucles, faute de transmission familiale ou scolaire.
  • Émergence d’un marché : ateliers, produits et salons dédiés aux cheveux crépus ou frisés se multiplient pour combler ce vide.
  • Professionnels engagés : coiffeurs, éducateurs et associations investissent ce secteur en plein essor.

Des discriminations qui persistent dès l’enfance

Pour les enfants aux cheveux texturés, la question capillaire ne se limite pas à un simple choix esthétique. Selon les associations spécialisées, 70 % des filles noires en France seraient confrontées à des remarques ou des pressions pour lisser leurs cheveux avant même l’entrée à l’école primaire, révèle une étude citée par Libération. Ces discriminations, souvent minimisées, prennent racine dans des normes sociales qui valorisent les cheveux lisses, au détriment des textures naturelles. « On leur apprend très tôt que leurs boucles ne sont pas conformes aux standards », explique une sociologue interrogée par le quotidien.

Un vide que comblent les professionnels

Face à ce constat, un marché se structure progressivement. Des coiffeurs spécialisés, comme Nadège, gérante d’un salon parisien dédié aux cheveux texturés, organisent désormais des ateliers pour enfants. « On leur montre comment démêler sans casser, hydrater sans alourdir, et surtout, on leur apprend à aimer leurs boucles », précise-t-elle. Ces initiatives s’adressent aussi aux parents, souvent désemparés par manque de transmission. « Beaucoup ne savent pas comment s’y prendre, et c’est normal : cette culture du soin n’a pas été valorisée avant », ajoute-t-elle.

Libération souligne que ces services restent inégalement répartis sur le territoire. Si Paris et sa région concentrent une offre plus dense, les zones rurales peinent à accéder à ces ressources. Des associations locales tentent de pallier ce manque en formant des bénévoles ou en distribuant des kits d’entretien.

Des produits et une pédagogie adaptés

Le marché ne se limite pas aux salons. Des marques comme Shea Moisture ou Cantu, spécialisées dans les soins pour cheveux crépus, voient leurs ventes de gammes enfantines exploser. « Les parents recherchent des produits sans sulfates ni silicones, adaptés aux cuirs chevelus sensibles des plus jeunes », indique un représentant de la marque. Des tutoriels en ligne, souvent partagés sur les réseaux sociaux, complètent cette offre, avec des millions de vues pour des vidéos expliquant comment réaliser des coiffures protectrices.

Pourtant, le coût reste un frein. Les produits dédiés coûtent en moyenne 20 à 30 % plus cher que les soins classiques, une différence que les familles modestes peinent à assumer. Certaines collectivités commencent à subventionner des ateliers ou à distribuer des kits, mais ces mesures restent ponctuelles.

Et maintenant ?

Ce marché devrait continuer à croître dans les années à venir, porté par une prise de conscience générationnelle. La rentrée scolaire 2026 pourrait être marquée par l’introduction de modules d’éducation capillaire dans certains établissements, une initiative testée dès cette année dans une dizaine de collèges en Île-de-France. Reste à voir si cette dynamique s’étendra au-delà des grandes villes, et si les acteurs publics s’empareront durablement du sujet.

Une chose est sûre : l’engouement actuel reflète une volonté de réhabiliter les textures naturelles, longtemps reléguées au rang de « problème à corriger ». Pour les enfants concernés, il s’agit moins d’un marché que d’un premier pas vers l’acceptation de soi.

Les experts conseillent des shampoings sans sulfates, des après-shampoings hydratants et des huiles légères comme l’huile de jojoba ou de coco. Les marques Shea Moisture et Cantu proposent des gammes spécifiques pour enfants, souvent sans produits agressifs.

Quelques collectivités locales et associations distribuent des kits d’entretien ou financent des ateliers. Cependant, ces dispositifs restent limités. Certaines mutuelles commencent à proposer des remboursements partiels pour les soins capillaires, mais cela reste rare.