Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a entamé samedi 17 mai 2026 une visite officielle de quatre jours en Inde, un déplacement visant à renforcer les liens entre Washington et New Delhi, alors que les relations entre les deux pays avaient été mises à l’épreuve par la politique étrangère du président Donald Trump. Selon Le Figaro, cette tournée, qui s’inscrit dans un contexte de tensions régionales et de rivalités stratégiques, s’accompagne d’une participation à la réunion des ministres des Affaires étrangères du Quad, un format diplomatique conçu pour contrebalancer l’influence chinoise dans l’océan Indien.
Ce qu'il faut retenir
- Marco Rubio effectue sa première visite officielle en Inde, où il rencontrera le premier ministre Narendra Modi dès samedi 17 mai 2026.
- Il participera à une réunion du Quad, regroupant l’Inde, les États-Unis, l’Australie et le Japon, perçue comme un contrepoids à la Chine.
- Les discussions porteront notamment sur les exportations de pétrole américain vers l’Inde, en réponse à la dépendance énergétique du pays.
- Les tensions régionales, comme le conflit entre l’Iran et Israël, et leurs répercussions sur le détroit d’Ormuz, seront également abordées.
- Le déplacement survient une semaine après la visite de Donald Trump en Chine, où aucune annonce majeure n’a été conclue.
Un déplacement diplomatique sous haute tension géopolitique
Marco Rubio, qui n’avait jamais séjourné en Inde auparavant, a quitté Washington accompagné de son épouse Jeanette Rubio. Leur itinéraire les mènera d’abord à Calcutta, dans l’est du pays, où le chef de la diplomatie américaine visitera le siège des Missionnaires de la Charité, fondés par Mère Teresa. Il se rendra ensuite à New Delhi pour s’entretenir avec Narendra Modi, un rendez-vous qui intervient dans un climat de méfiance réciproque depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche. Comme le rapporte Le Figaro, Trump s’est rapproché du Pakistan ces derniers mois, un choix qui contraste avec la priorité traditionnelle américaine en faveur de l’Inde, partenaire stratégique dans la région indo-pacifique.
Le secrétaire d’État a d’ailleurs rappelé à bord de son avion que l’Inde était un « grand allié » et un « grand partenaire » des États-Unis. Il a évoqué la possibilité de vendre davantage de pétrole américain à New Delhi, alors que l’économie indienne, en pleine croissance, reste dépendante des importations énergétiques. Cette proposition s’inscrit dans un contexte marqué par l’instabilité des prix du brut depuis l’attaque américano-israélienne contre l’Iran fin février 2026. Cette opération avait provoqué une riposte iranienne sous forme de blocage du détroit d’Ormuz, une voie maritime cruciale pour le commerce mondial.
Le Quad, un outil de containment face à Pékin
Le dernier jour de sa tournée, Marco Rubio participera à la réunion des ministres des Affaires étrangères du Quad, un groupe informel créé en 2007 et relancé en 2017 pour contrer l’influence croissante de la Chine en Asie. Les quatre membres — l’Inde, les États-Unis, le Japon et l’Australie — y aborderont des sujets liés à la sécurité maritime, aux chaînes d’approvisionnement et à la cybersécurité. Pékin considère ce format comme une tentative d’encercler la Chine et a déjà critiqué par le passé la participation de New Delhi à ces discussions.
La visite de Rubio survient à un moment où les relations sino-américaines connaissent une période de détente relative, illustrée par la visite officielle de Donald Trump en Chine la semaine précédente. Malgré un accueil chaleureux réservé par le président Xi Jinping, aucune avancée concrète n’a été annoncée lors de ce déplacement. Ce rapprochement temporaire ne doit pas occulter les divergences persistantes entre Washington et Pékin, notamment sur les questions commerciales et technologiques.
Des relations indo-américaines sous le signe de l’incertitude
Les liens entre l’Inde et les États-Unis, historiquement solides, ont été ébranlés par les choix diplomatiques de Donald Trump. Le président américain s’est notamment rapproché du Pakistan, un allié traditionnel de Washington pendant la guerre froide, en raison de son rôle supposé dans la médiation du conflit indo-pakistanais de 2025. À l’époque, Islamabad avait été salué par Trump pour son rôle dans la cessation des hostilités, après des frappes indiennes en représailles à des attaques terroristes au Cachemire. Modi, de son côté, avait refusé de reconnaître publiquement le rôle des États-Unis dans ce dénouement, ce qui avait irrité Trump. Ce dernier avait alors imposé des sanctions douanières à l’Inde, plus sévères que celles infligées à la Chine.
Cette situation a créé un climat de méfiance entre les deux dirigeants. Pourtant, les relations bilatérales ont connu une amélioration récente grâce à la nomination de Sergio Gor comme ambassadeur des États-Unis en Inde. Cet ancien conseiller politique de Donald Trump, arrivé à New Delhi en début d’année, a permis de négocier un accord commercial qui a apaisé les tensions. Le Figaro souligne que cette visite de Marco Rubio s’inscrit dans la continuité de ces efforts de réconciliation, même si les défis restent nombreux.
« L’ascension de l’Inde ne doit pas se faire au détriment commercial des États-Unis. Nous ne répéterons pas les mêmes erreurs qu’avec la Chine », a déclaré Christopher Landau, numéro deux de Marco Rubio, lors d’une conférence de presse.
L’Inde, entre Iran, Israël et équilibres régionaux
La position de l’Inde dans le conflit entre l’Iran et Israël illustre les défis auxquels New Delhi doit faire face. Traditionnellement proche de Téhéran, l’Inde a également développé ses relations avec Israël, où Narendra Modi s’est rendu quelques jours avant le début de la guerre. Ce conflit a relancé le rôle du Pakistan, ennemi historique de l’Inde, qui s’est présenté comme un médiateur. Le chef de l’armée pakistanaise s’est même rendu à Téhéran la semaine dernière, une visite qui témoigne de l’influence retrouvée d’Islamabad sur la scène régionale.
Cette complexité géopolitique place l’Inde dans une position délicate. D’un côté, le pays dépend de l’Iran pour ses approvisionnements en pétrole et en gaz, tandis que de l’autre, ses liens avec Israël se renforcent dans les domaines de la défense et de la technologie. La visite de Marco Rubio pourrait donc offrir une occasion de clarifier la position américaine sur ces enjeux, alors que l’Inde cherche à préserver ses intérêts sans s’aliéner aucun de ses partenaires.
Cette visite s’inscrit dans un contexte où l’Inde, deuxième pays le plus peuplé au monde, cherche à affirmer son rôle de puissance régionale. Pour les États-Unis, l’enjeu est double : consolider un partenariat stratégique dans l’Indo-Pacifique tout en évitant de s’aliéner la Chine, avec laquelle Washington entretient des relations à la fois concurrentielles et interdépendantes. Les prochains mois seront déterminants pour savoir si ce déplacement diplomatique marque un tournant dans les relations bilatérales.
Le Quad est considéré par Pékin comme une alliance de facto visant à encercler la Chine et à limiter son influence en Asie. Les quatre membres du groupe — l’Inde, les États-Unis, le Japon et l’Australie — collaborent sur des sujets comme la sécurité maritime, la cybersécurité et les chaînes d’approvisionnement. La Chine y voit une tentative de contenir son ascension économique et militaire dans la région indo-pacifique.