Une campagne de désinformation climatique ciblant l’Europe, menée conjointement par des acteurs étatiques et des géants du numérique, s’est intensifiée entre 2024 et 2026. C’est ce que révèle une note publiée le 19 mai par l’Observatoire défense et climat, un groupe de réflexion coordonné par l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) pour le compte du ministère français des Armées. Selon ce document, la Russie et les États-Unis figurent parmi les principaux promoteurs de ces manipulations, aux côtés d’acteurs historiques des énergies fossiles et de la Big Tech.

Ce qu'il faut retenir

  • Une étude de l’Observatoire défense et climat (Iris) met en lumière une campagne coordonnée de désinformation climatique ciblant l’Europe entre 2024 et 2026.
  • Les principaux acteurs identifiés incluent la Russie, les États-Unis, les lobbies des énergies fossiles et des entreprises de la Big Tech.
  • Le rapport souligne une diversification des méthodes, combinant désinformation traditionnelle et exploitation des réseaux sociaux.
  • Cette note, commandée par le ministère des Armées, s’inscrit dans une réflexion plus large sur les enjeux géostratégiques du climat.

Des acteurs étatiques au cœur de la manipulation

L’Observatoire défense et climat précise que la désinformation climatique n’est plus l’apanage des lobbies pétroliers ou gaziers. Les États-Unis et la Russie y jouent désormais un rôle central, selon le rapport rendu public le 19 mai. Ces deux pays, par le biais de leurs services de communication ou de groupes informels, diffusent massivement des contenus visant à semer le doute sur les consensus scientifiques autour du réchauffement climatique.

Le document indique que les méthodes employées vont de la diffusion de fausses études à la manipulation algorithmique sur les plateformes numériques. L’objectif serait double : affaiblir les politiques européennes de transition énergétique et discréditer les organisations internationales comme le GIEC. — Autant dire que cette stratégie s’inscrit dans une logique de confrontation géopolitique où le climat devient un champ de bataille.

La Big Tech, un relais involontaire ou complice ?

Le rapport de l’Iris souligne aussi le rôle ambigu joué par les géants du numérique. Plusieurs plateformes, dont les algorithmes favorisent les contenus polémiques ou conspirationnistes, sont pointées du doigt. Certains acteurs de la Big Tech pourraient, par négligence ou calcul, amplifier la propagation de fausses informations sur le climat, sans pour autant en être les commanditaires directs.

Un responsable de l’Observatoire a déclaré : «

Les réseaux sociaux, en raison de leur modèle économique basé sur l’engagement, deviennent des vecteurs idéaux pour la désinformation climatique. Les algorithmes, en privilégiant les contenus émotionnels, favorisent la diffusion de fake news, même lorsqu’elles contredisent les données scientifiques.
» L’étude ne cite cependant aucun groupe en particulier, se contentant de souligner « une porosité croissante entre acteurs étatiques et plateformes numériques ».

Un enjeu stratégique pour l’Europe

Cette campagne survient à un moment où l’Union européenne tente d’accélérer sa transition écologique. Le rapport rappelle que les dépenses militaires et les politiques climatiques sont de plus en plus liées, notamment dans les doctrines de défense des pays membres. En ciblant l’opinion publique européenne, Moscou et Washington pourraient chercher à fragiliser la cohésion des Vingt-Sept sur des sujets comme le Pacte vert ou les sanctions contre les énergies fossiles.

L’Observatoire défense et climat met en garde : « La désinformation climatique n’est plus un phénomène marginal, mais une arme géopolitique ». Pour l’Europe, la réponse passe autant par une régulation accrue des plateformes numériques que par une communication scientifique renforcée auprès des citoyens. — Reste à savoir si les États membres parviendront à coordonner une riposte efficace.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances pourraient influencer l’évolution de cette campagne de désinformation. D’abord, la révision du règlement européen sur les services numériques (DSA), prévue pour fin 2026, pourrait imposer de nouvelles obligations aux plateformes en matière de modération des contenus climato-sceptiques. Ensuite, le sommet de l’OTAN en juillet 2026 à La Haye devrait aborder la question de la résilience des infrastructures critiques face aux cybermenaces, dont la désinformation fait désormais partie. Enfin, les prochaines élections européennes de 2029 pourraient être un terrain propice à la manipulation, les partis eurosceptiques étant souvent les premiers à relayer des thèses climato-dénialistes.

Si la note de l’Iris alerte sur l’ampleur du phénomène, elle ne propose pas de solution miracle. Reste à voir si l’Europe saura transformer cette menace en opportunité : en renforçant sa souveraineté numérique ou en unifiant ses stratégies de communication scientifique. Une chose est sûre : la bataille des récits sur le climat ne fait que commencer.

Le rapport mentionne plusieurs méthodes : la diffusion de fausses études scientifiques, la manipulation algorithmique sur les réseaux sociaux, l’amplification de contenus conspirationnistes via des comptes automatisés, et la création de faux sites d’information imitant des médias reconnus. Les auteurs soulignent aussi l’utilisation de deepfakes et de campagnes de harcèlement en ligne contre des chercheurs ou des militants écologistes.