Le 8 mai 1945, l’Allemagne nazie capitule. Ce jour-là, connu sous le nom de « V-Day », marque la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe. Pourtant, le symbole qui l’accompagne, le célèbre « V » formé de deux doigts levés, n’a pas été créé par les Alliés, mais par un Belge exilé à Londres. Comme le rapporte Courrier International, cette histoire mêle résistance, propagande et une touche de génie communicationnel.
Ce qu'il faut retenir
- Victor de Laveleye, un homme politique belge libéral, est à l’origine du symbole « V » en janvier 1941.
- Le « V » représente la première lettre de « victoire » en français et de vrijheid (« liberté ») en néerlandais, facilitant son adoption dans plusieurs pays occupés.
- La BBC a amplifié sa diffusion en l’associant au code morse (« ...- ») et à la Cinquième Symphonie de Beethoven, dont les premières notes correspondent à ce rythme.
- Winston Churchill a adopté le geste en juillet 1941, en faisant sa « marque de fabrique » lors de ses discours.
- Le symbole s’est répandu sous diverses formes : graffitis, objets pliés, ou même ustensiles de cuisine disposés en « V ».
Un symbole né dans l’exil londonien
Victor de Laveleye, figure politique belge, quitte son pays en 1940 après l’invasion nazie. Arrivé à Londres, il prend la tête de Radio Belgique, une antenne soutenue par la BBC qui diffuse des programmes en français et en néerlandais vers les territoires occupés. Radio Belgique se positionne comme une alternative à Radio Bruxelles, contrôlée par les collaborateurs, et vise à galvaniser la population et à informer sur les avancées du conflit.
En janvier 1941, de Laveleye propose d’utiliser la lettre « V » comme signe de ralliement. Le choix est stratégique : la lettre est la première de « victoire » en français et de vrijheid (« liberté ») en néerlandais, deux mots porteurs d’espoir pour les populations sous occupation. Facile à reproduire et à reconnaître, le symbole se diffuse rapidement. « Le V avait l’avantage de fonctionner dans les deux langues », souligne De Standaard, cité par Courrier International.
Une résistance créative et variée
Le « V » s’impose comme un langage universel de la résistance. On le retrouve peint sur les murs, gravé sur des véhicules allemands, ou même matérialisé avec des objets du quotidien. Le quotidien flamand De Standaard rapporte des exemples insolites : « Une allumette pliée, une assiette où fourchette et couteau étaient disposés en forme de V ». Ces manifestations symbolisent un message clair aux occupants : « L’écrasante majorité de la population occupée n’attend qu’un signe de faiblesse de votre part », explique de Laveleye dans ses émissions.
Le symbole dépasse les frontières belges. Aux Pays-Bas et dans le nord de la France, où le néerlandais et le français sont parlés, le « V » est adopté avec enthousiasme. Il gagne aussi les territoires occupés d’Europe de l’Est, où il devient un emblème de l’opposition. En Grande-Bretagne, épargnée par l’occupation, le geste gagne en popularité après avoir été repris par une figure majeure.
Churchill et la BBC : l’amplification d’un symbole
En juillet 1941, Winston Churchill intègre le « V » à son répertoire gestuel lors de ses discours. Le Premier ministre britannique en fait « sa marque de fabrique », contribuant à sa diffusion internationale. Pourtant, le symbole doit aussi son succès à la BBC, qui lui donne une dimension sonore et rythmique.
Dès 1941, la BBC ouvre ses émissions destinées à l’Europe occupée par trois points et un tiret, soit le code morse de la lettre « V » (« ...- »). Ce rythme correspond aux quatre premières notes de la Cinquième Symphonie de Beethoven. « On s’est mis à jouer cette symphonie partout dans les territoires occupés », indique la BBC. Ironie de l’histoire : les nazis, qui interdisent le « V » (sans succès), ne peuvent se résoudre à bannir Beethoven, compositeur allemand emblématique.
« L’ironie de l’affaire ne pouvait échapper à personne, pas même aux nazis : le compositeur allemand le plus célèbre utilisé comme symbole de résistance. Ils pouvaient interdire le V – ils l’ont d’ailleurs fait. Mais interdire Beethoven ? Ç’aurait été aller trop loin. »
— Carole Lyon, Courrier International
Un héritage toujours visible
Le 8 mai 1945, le « V » devient le symbole officiel de la victoire. Ce jour-là, baptisé « V-Day », célèbre la capitulation nazie et l’espoir retrouvé. Pourtant, l’histoire du symbole ne s’arrête pas là. Dans les décennies qui suivent, le « V » est réinterprété à plusieurs reprises. Dans les années 1960, il est repris par les mouvements pacifistes, notamment par les hippies et leur slogan « peace and love ». Plus tard, il devient un geste de victoire dans le sport ou la politique, perdurant comme un emblème universel de triomphe.
Les exemples de son utilisation abondent. Dans les années 1940, des vitrines de magasins comme Garry’s Gowns arboraient le « V » sur leurs devantures. Aujourd’hui, le symbole reste présent dans l’inconscient collectif, évoquant à la fois la Résistance et la liberté.
La prochaine commémoration du 8 mai 2027 pourrait être l’occasion de rappeler l’origine belge et l’histoire méconnue de ce geste, qui a marqué l’Europe et le monde bien au-delà de 1945.
Le choix de la lettre « V » repose sur plusieurs critères : elle est la première lettre de « victoire » en français et de vrijheid (« liberté ») en néerlandais, deux mots porteurs d’espoir pour les populations occupées. Facile à reproduire et à reconnaître, elle s’est imposée comme un symbole universel de résistance et d’opposition aux nazis.
La BBC a amplifié la diffusion du « V » en l’associant au code morse (« ...- ») et en diffusant les quatre premières notes de la Cinquième Symphonie de Beethoven, dont le rythme correspond à ce code. Ces éléments ont renforcé la dimension sonore et symbolique du geste, le rendant encore plus reconnaissable.