Pour répondre à l'explosion des commandes militaires et aux objectifs fixés par les autorités européennes, le missilier français MBDA annonce la construction d'une nouvelle usine près d'Orléans. Selon BFM Business, ce site, dédié à la production d'éléments mécaniques, vise à multiplier par six la capacité de fabrication de missiles en France d'ici la fin de la décennie.
Ce qu'il faut retenir
- Une nouvelle usine sera construite près d'Orléans, deux fois plus grande que celle de Bourges.
- MBDA prévoit de multiplier par six sa production de missiles en France entre 2023 et 2030.
- L'entreprise investit deux milliards d'euros en France pour moderniser et étendre ses capacités de production.
- Le choix d'Orléans s'explique par la saturation des sites existants autour de Bourges, où MBDA est déjà fortement implanté.
- La cadence de production devrait atteindre son rythme de croisière d'ici quatre ans.
Un projet industriel ambitieux pour répondre à une demande croissante
Alors que le site de Bourges, où MBDA est historiquement présent, « commence à saturer », l'entreprise européenne a décidé de franchir une nouvelle étape en implantant une usine dédiée à la production d'éléments mécaniques près d'Orléans. Selon Stéphane Reb, directeur des Programmes de MBDA, l'objectif est clair : « étendre les capacités de production, augmenter les cadences et les cycles », en particulier sur « les produits à forte demande ».
D'ici 2030, MBDA vise une multiplication par six du nombre de missiles produits en France par rapport à 2023. « Nous sommes au rendez-vous de la hausse de production », a-t-il souligné ce jeudi 11 juin 2026, tout en précisant que ces ambitions s'accompagnent d'investissements massifs, estimés à deux milliards d'euros en France.
Un site deux fois plus grand que celui de Bourges, mais sans précision sur l'emploi
Si les détails techniques restent encore flous, MBDA indique que le nouveau site sera « deux fois plus grand que le site de Bourges ». Pour l'heure, aucun chiffre précis concernant la création d'emplois n'a été communiqué. On estime cependant que le nombre de salariés devrait se compter en centaines. Les discussions sont actuellement en cours pour l'acquisition d'un terrain, avant de lancer la construction des bâtiments. La cadence de production devrait atteindre son rythme de croisière d'ici quatre ans.
— Les premières annonces précises sur les effectifs et les calendriers détaillés devraient être communiquées dans les prochains mois, une fois les négociations foncières finalisées.
Pourquoi Orléans plutôt que Bourges ?
Le choix de la région orléanaise s'explique avant tout par la saturation progressive des sites industriels autour de Bourges. Cette zone, qui concentre déjà de nombreuses entreprises de la défense comme MBDA, KNDS ou ASB, arrive à ses limites en termes d'espace et de logistique. Orléans, en revanche, représente un « nouveau bassin d'emplois » pour le missilier, offrant des opportunités de développement sans les contraintes actuelles.
Stéphane Reb a confirmé cette analyse en évoquant la nécessité de « libérer de la capacité » pour répondre aux besoins futurs. Bourges reste un site stratégique, mais son extension n'est plus envisageable à court terme.
Un impératif stratégique face à la concurrence internationale
Cette accélération de la production répond à des enjeux politiques et militaires pressants. Lors d'une visite dans l'usine de Bourges en avril 2026, le commissaire européen à la Défense, Andrius Kubilius, avait appelé l'Europe à « passer à la vitesse supérieure ». « Pour le moment, la Russie produit plus que nous dans différents domaines, et parfois de beaucoup. Nous devons donc afficher très clairement l’ambition de dépasser la Russie en termes de production », avait-il déclaré.
MBDA, qui conçoit un large éventail de missiles comme les sol-sol Storm Shadow utilisés par l'Ukraine contre la Russie ou les Aster employés dans la défense antiaérienne, se positionne ainsi comme un acteur clé de la souveraineté européenne. Avec 19 000 salariés majoritairement en France, au Royaume-Uni, en Italie et en Allemagne, et un chiffre d'affaires de 5,8 milliards d'euros en 2025, l'entreprise joue un rôle central dans l'industrie de défense du continent.
Des investissements massifs pour une filière industrielle en mutation
Ce projet s'inscrit dans un contexte de budgets de défense en forte hausse en Europe, motivé par la guerre en Ukraine et les tensions géopolitiques. Pourtant, malgré cette manne financière, certaines PME peinent à tirer leur épingle du jeu, freinées par des délais ou des complexités administratives. MBDA, en revanche, mise sur une industrialisation massive pour répondre à la demande.
Les commandes affluent également de la part d'alliers traditionnels de l'Europe. Les Allemands, les Japonais, les Polonais ou encore les Saoudiens attendent avec impatience la livraison de missiles Patriot, tandis que l'Ukraine a récemment dévoilé une version cinq fois moins chère que le modèle américain, illustrant la course à l'innovation et à la compétitivité.
Dans les prochains mois, les observateurs surveilleront de près les annonces complémentaires de MBDA, notamment sur les partenariats industriels et les financements publics mobilisés pour soutenir ce projet.
MBDA n'a pas encore précisé quels modèles de missiles seraient prioritairement fabriqués à Orléans. L'entreprise évoque simplement une augmentation de la production d'éléments mécaniques pour répondre à la demande sur « les produits à forte demande ». Les missiles comme le Storm Shadow ou les Aster, déjà produits en série, pourraient bénéficier de cette nouvelle capacité, mais aucune confirmation officielle n'a été donnée pour l'instant.
Selon les informations disponibles, la cadence de production devrait atteindre son rythme de croisière d'ici quatre ans. Cela signifie que les premiers missiles produits en série pourraient sortir des lignes d'Orléans d'ici 2030. Les travaux de construction devraient débuter après l'acquisition du terrain, dont les discussions sont en cours.