La perspective d’une reconduction partielle de la surtaxe de l’impôt sur les sociétés (IS) en 2027 inquiète le patronat français. Selon BFM Business, le Medef, par la voix de son président Patrick Martin, s’est dit ce lundi 22 juin « totalement opposé » à cette mesure, alors que le gouvernement semble envisager son maintien sous une forme allégée. Cette surtaxe, instaurée en 2025 pour un an, a déjà été prolongée une première fois et rapporte environ 8 milliards d’euros de recettes fiscales annuelles à l’État.

Ce qu'il faut retenir

  • La surtaxe de l’IS, en vigueur depuis 2025, a déjà été reconduite une fois et pourrait l’être à nouveau en 2027 sous une forme réduite.
  • Elle ne concerne directement que 400 entreprises, mais le Medef dénonce un effet de ruissellement sur les plus petites structures.
  • Le président du Medef, Patrick Martin, a réaffirmé son opposition totale lors d’une conférence de presse, critiquant l’instabilité des engagements de l’État.
  • Le gouvernement, en discussion avec le Parti socialiste pour adopter les budgets récents, a reporté la suppression totale de la CVAE, un autre impôt de production.
  • Patrick Martin a évoqué un « épuisement moral » des chefs d’entreprise face à la complexité des réformes économiques.

Instaurée initialement pour une durée d’un an en 2025, la surtaxe sur l’IS a déjà été prolongée jusqu’en 2026. Son maintien en 2027, même sous une version atténuée, divise le monde économique. BFM Business rapporte que le Medef, reçu en audience par le Premier ministre Sébastien Lecornu le 15 juin, a exprimé son désaccord lors de cette rencontre. « Cela fait partie des sujets qu’on a abordés en nous désolant que la parole de l’État ne soit pas tenue », a déclaré Patrick Martin lors d’une conférence de presse ce 22 juin.

Le président du Medef a souligné que l’instabilité fiscale nuit à la crédibilité de l’État. « Si le crédit politique de l’État est altéré, c’est parce que bien souvent il ne tient pas ses engagements », a-t-il affirmé. Selon lui, la justification selon laquelle cette surtaxe ne toucherait que 400 entreprises n’est pas recevable, en raison des répercussions sur l’ensemble du tissu économique. « Il y a un effet de ruissellement » sur les plus petites sociétés, a-t-il insisté, rappelant que cette mesure ne vise pas uniquement les actionnaires, mais bien des entreprises dans leur globalité.

Patrick Martin a également reconnu la difficulté à défendre cette position, souvent perçue comme une défense des « ultra-riches ». « On parle d’entreprises, pas d’actionnaires », a-t-il précisé, ajoutant que les critiques contre cette taxe ne constituent « pas une cause facile à défendre ». Le patronat redoute par ailleurs que cette mesure ne s’inscrive dans une logique de taxation excessive des grands groupes, alors que la compétitivité économique française est déjà mise à l’épreuve.

Le Medef a également évoqué la suppression progressive de la CVAE (Contribution sur la Valeur Ajoutée des Entreprises), un impôt de production qui devait être entièrement éliminé sur le quinquennat actuel. Or, cette suppression n’a été que partiellement appliquée. « On n’est pas très optimistes sur la mise en œuvre de l’engagement pris par les gouvernements successifs », a déploré Patrick Martin, pointant du doigt les compromis passés avec le Parti socialiste pour faire adopter les derniers budgets. « On a des gouvernants qui prennent des mesures qui vont à l’encontre de leurs convictions », a-t-il critiqué.

Dans un contexte économique jugé « d’une rudesse incroyable », le président du Medef a alerté sur les limites psychologiques et morales des dirigeants d’entreprise. « À un moment donné, y compris en termes de moral des chefs d’entreprise, on va atteindre les limites de l’exercice », a-t-il mis en garde. Cette inquiétude reflète une lassitude croissante face à l’instabilité fiscale et réglementaire, perçue comme un frein à l’investissement et à la croissance.

« On est assez inquiets (...) on comprend qu’il y a des réflexions assez avancées de la part du gouvernement pour reconduire, peut-être sur un format un peu réduit, cette surtaxe d’IS, et on y est totalement opposés. »
— Patrick Martin, président du Medef, 22 juin 2026

Cette opposition du Medef survient alors que la France tente de concilier relance économique et rigueur budgétaire. La reconduction de la surtaxe de l’IS, même partielle, pourrait s’inscrire dans une stratégie de consolidation des finances publiques, mais elle risque d’aggraver les tensions avec le monde entrepreneurial. Les prochaines semaines seront décisives, alors que le gouvernement finalise les orientations fiscales pour le prochain budget.

Et maintenant ?

La décision sur la reconduction de la surtaxe de l’IS pour 2027 devrait être prise d’ici la fin de l’été, lors de la préparation du projet de loi de finances. Si le gouvernement maintient partiellement cette mesure, il devra justifier son choix face aux critiques du patronat et à la crainte d’un nouveau report de la suppression de la CVAE. Les entreprises, déjà confrontées à un environnement économique tendu, attendent des clarifications sur les prochaines étapes fiscales.

Reste à savoir si l’État parviendra à concilier ses objectifs de réduction des déficits avec les impératifs de compétitivité et de stabilité pour les entreprises. Une chose est sûre : le débat sur la fiscalité des grandes entreprises ne fait que commencer, et son issue pourrait redéfinir les rapports entre l’exécutif et le patronat pour les années à venir.

La surtaxe de l’IS, bien que ciblant directement un nombre restreint de grandes entreprises (environ 400 en France), génère un « effet de ruissellement » selon le Medef. Les grandes structures, souvent intégrées dans des chaînes de valeur complexes, répercutent ces coûts sur leurs partenaires, fournisseurs ou sous-traitants, notamment les PME. Ces dernières, plus vulnérables, voient alors leurs marges se réduire ou leurs prix augmenter, ce qui peut affecter leur compétitivité et leur capacité d’investissement. Le Medef souligne ainsi que l’impact dépasse largement le cercle des entreprises directement taxées.