La dernière prise de parole médiatique de Medhi Benatia en tant que directeur sportif de l’Olympique de Marseille (OM) a pris la forme d’un véritable bilan d’étape, aussi brutal que révélateur. Selon RMC Sport, l’ancien international marocain s’est exprimé pendant plus de vingt minutes devant la presse, juste après la victoire 3-1 contre Rennes en Ligue 1, un match qui a permis au club phocéen de valider sa qualification pour la Ligue Europa 2026-2027. Dans un exercice de transparence rare, il a tiré les enseignements d’une saison marquée par des ambitions démesurées, des déconvenues sportives majeures et une série de crises internes.

Ce qu'il faut retenir

  • Medhi Benatia quitte l’OM après une saison marquée par l’irrégularité et un bilan sportif en demi-teinte : l’équipe termine à deux points du podium en Ligue 1.
  • La saison a été émaillée de déroutes, comme le 5-0 encaissé face au Paris Saint-Germain ou l’élimination en Ligue des champions après une défaite 3-0 contre Bruges.
  • Benatia assume l’échec collectif, tout en critiquant le manque de leadership dans le vestiaire et le manque de « supplément d’âme » évoqué avec Roberto De Zerbi.
  • Il quitte le club après avoir posé sa démission en février, avant de rester jusqu’à la fin de la saison à la demande de Frank McCourt, propriétaire du club.
  • Il évoque un échange tardif avec les joueurs leaders du vestiaire, où ceux-ci auraient nié toute responsabilité dans les mauvais résultats.

Une qualification en Ligue Europa, mais un goût amer pour Benatia

Malgré la victoire contre Rennes et la qualification pour la Ligue Europa, Medhi Benatia n’a pas caché son amertume. « On a essayé de finir sur une bonne note. Ça vaut ce que ça vaut mais c’est quand même une qualification en Ligue Europa », a-t-il déclaré à la presse. Pourtant, cette performance en demi-teinte ne suffit pas à effacer les regrets : « Dans une saison aussi catastrophique, on finit à deux points du podium. Ça laisse pas mal de regrets. C’est à l’image de ce qu’on a produit cette saison, on a été trop irrégulier pour espérer mieux. » Selon lui, c’est cette irrégularité qui a scellé l’échec collectif.

L’irrégularité, « le plus gros échec » de la saison

Pour Benatia, le mal de cette saison marseillaise réside dans l’incapacité à faire preuve de constance. « Quand tu rencontres des difficultés, tu as toujours deux, trois leaders qui prennent les choses en main et vont permettre de te remettre sur les rails », a-t-il expliqué. « Malheureusement, on a essayé de mettre ça en place, de le corriger. On n’a pas réussi. C’est le plus gros échec pour moi. » Il compare alors l’attitude de l’OM à celle d’autres clubs, comme Lens, capable de se battre jusqu’au bout : « Si on l’avait eu, on serait largement sur le podium. »

Un départ en demi-teinte pour Roberto De Zerbi

Medhi Benatia a également évoqué la fin de mandat de Roberto De Zerbi, entraîneur italien avec qui il partageait une vision commune du football. Les deux hommes avaient en commun une philosophie axée sur la passion et l’engagement. « Roberto disait : « Si nous deux, on n’arrive pas à donner à l’équipe plus de passion, plus de sang, personne n’y arrivera. » On n’a pas réussi à avoir ce supplément d’âme, ce qui a donné des résultats catastrophiques et mes sorties que je ne regrette pas », a-t-il précisé. Benatia a aussi défendu son ancien coach, soulignant son attachement profond au club : « Roberto est parti alors qu’il était très attaché à l’OM. Je sais ce qu’il ressentait quand il rentrait dans ce stade. »

« Roberto est quelqu’un qui mérite que l’on éclaircisse les choses. Je suis venu au stade. Je n’ai pas fait comme Kita aujourd’hui, je ne suis pas resté à la maison. Je ne me cache jamais. »
— Medhi Benatia, directeur sportif de l’OM

Une démission repoussée sous la pression des résultats

Arrivé à l’OM en novembre 2023, Medhi Benatia avait initialement posé sa démission en février 2026, avant de revenir sur sa décision à la demande de Frank McCourt. Les mauvais résultats, notamment l’élimination en Ligue des champions face au Club Bruges (3-0) ou la défaite humiliante contre le Paris Saint-Germain (5-0), avaient plongé le club dans une crise profonde. « Quand tu portes ce maillot, tu dois savoir que tu ne peux pas faire ce genre de prestation », a-t-il rappelé. « Tu dois toujours donner un minimum dans la performance et on ne l’a pas fait. Certains vont dire que c’est parce que j’ai annoncé ma démission en février, que Roberto n’était plus… Ce n’est pas vrai. »

Un vestiaire en crise : des joueurs leaders en porte-à-faux

Benatia a révélé avoir organisé un échange tardif avec plusieurs joueurs expérimentés du vestiaire lors d’un stage à Clairefontaine après la défaite contre Bruges. « J’avais rencontré les leaders pendant le stage à Clairefontaine, après Bruges. J’ai dit aux gars : « Quand on joue comme vous à Bruges, je vous le dis, j’ai un petit peu d’expérience, c’est qu’on est contre quelqu’un. Soit vous êtes contre le coach et vous n’osez pas me le dire, connaissant ma relation avec Roberto… Mais les gars, c’est mon boulot. S’il faut le sortir, j’en parlerai avec Pablo (Longoria) et on le sortira. Soit vous en avez contre le président, dans ce cas il faut me le dire, ce sera compliqué mais on fera remonter le message. Soit c’est contre moi. Si c’est ça, je suis prêt à démissionner demain pour le bien du club. » »

Selon ses dires, les joueurs interrogés à 1h du matin auraient tous répondu ne rien avoir contre personne, une réponse qui a visiblement laissé Benatia perplexe. « Les gars, dites-moi juste comment c’est possible de jouer comme ça, de ne pas aller au combat, dans le duel… Expliquez-moi, j’ai besoin de savoir. Le coach ne comprend pas non plus, il est perdu. »

L’avenir de l’OM : Grégory Lorenzi dans le viseur ?

Sur la question de son successeur, Medhi Benatia s’est montré évasif. « Aucune idée », a-t-il répondu à ce sujet. Il a cependant glissé quelques mots en faveur de Grégory Lorenzi, actuellement entraîneur du Stade Brestois : « Si c’est lui, je serai très content pour lui et le club. Pour moi, c’est quelqu’un qui s’est fait dans un club où les moyens sont réduits, c’est plus compliqué. Il a montré de très belles choses. » Il lui souhaite alors « beaucoup de réussite, beaucoup de patience, parce qu’il en faut, et j’espère qu’il restera droit dans ses bottes, comme il l’a fait en Bretagne, qu’il viendra avec son sang corse et qu’il ne fera pas de demi-mesure comme on aime faire ici, quand on se fait prendre par le contexte. »

Un bilan assumé, une retraite temporaire ?

Medhi Benatia, qui a mis fin à son aventure marseillaise après plus de deux ans et demi au club, a indiqué vouloir prendre du recul avant d’envisager un nouveau défi professionnel. « Je vais prendre le temps de me reposer, je ne sais pas si je vais repartir sur autre chose. Je trouverai le temps de m’exprimer », a-t-il annoncé. Il n’a pas caché non plus son attachement au club, malgré les difficultés rencontrées : « Je réponds toujours de mes erreurs, de mon bilan, toujours la tête haute. »

Et maintenant ?

L’OM devra désormais se tourner vers l’avenir avec un nouveau directeur sportif. Frank McCourt et ses collaborateurs devront rapidement trancher sur le profil à recruter pour reconstruire une équipe compétitive, alors que la Ligue Europa constituera un objectif prioritaire pour la saison 2026-2027. La question de la stabilité technique se pose également, dans un contexte où les choix stratégiques du club sont scrutés de près par les supporters. La prochaine assemblée générale des actionnaires, prévue avant l’été, pourrait apporter des éléments de réponse sur la feuille de route à suivre.

Reste à savoir si le club parviendra à tirer les leçons des errements de cette saison et à construire un projet cohérent, capable de redonner des ambitions à un public marseillais exigeant.

Frank McCourt, propriétaire du club, lui a demandé de rester jusqu’à la fin de la saison afin d’assurer une transition plus stable, selon les informations rapportées par RMC Sport. Cette décision a été prise dans un contexte de crise sportive marquée par plusieurs défaites retentissantes.

Roberto De Zerbi, entraîneur de l’OM jusqu’à sa démission, partageait avec Medhi Benatia une vision commune axée sur la passion et l’engagement. Cependant, les deux hommes n’ont pas réussi à insuffler cette énergie au collectif, selon les déclarations de Benatia. Les mauvais résultats, comme le 5-0 contre le PSG, ont précipité son départ.