Alors que la France peine à distribuer une partie des nouveaux traitements approuvés en Europe depuis 2020, Stéphane Bancel, directeur général de Moderna, a appelé ce lundi 22 juin 2026 à une augmentation urgente des prix des médicaments en France et en Europe. Invité de l'émission Good Morning Business sur BFM Business, il a souligné les risques de perte d’attractivité du continent en matière de santé, notamment face à la concurrence chinoise et à la fermeture d’usines de production en Allemagne.
Ce qu'il faut retenir
- Seulement 40 % des médicaments innovants approuvés en Europe depuis 2020 sont disponibles en France, contre 90 % en Allemagne et 70 % en Italie.
- Stéphane Bancel, PDG de Moderna, estime que les prix des traitements sont « trop bas » en France, freinant l’accès aux innovations.
- L’industrie pharmaceutique française craint une « pénurie silencieuse » d’accès aux médicaments innovants, selon le Leem (syndicat des laboratoires).
- En 2025, une molécule sur trois en licence provenait de Chine, où les coûts et délais des essais cliniques sont bien moindres qu’en Europe.
- Trois usines de production de vaccins à ARN messager de BioNTech en Allemagne fermeront d’ici fin 2027, marquant un tournant pour l’industrie.
- Les résultats financiers de Moderna au premier trimestre 2026 ont chuté de 35 % en un an, avec une perte nette de 532 millions d’euros.
Un accès inégal aux innovations thérapeutiques en Europe
Stéphane Bancel a rappelé que l’Europe, malgré son « énorme potentiel scientifique », peine à distribuer les nouveaux médicaments. « Il y a plus de personnes âgées en Europe qu’aux États-Unis, c’est un continent plus grand, il y a un énorme terroir scientifique médical qui est excellent », a-t-il déclaré. Pourtant, les chiffres sont parlants : seulement 6 médicaments sur 10 approuvés en Europe depuis 2020 sont disponibles en France, contre 90 % en Allemagne et 70 % en Italie. « Et si rien ne change, ce phénomène va s’amplifier », a-t-il prévenu.
Cette situation s’explique en partie par une régulation « trop contraignante » des prix négociés, selon les laboratoires. En mars 2026, le Leem (Les entreprises du médicament) avait déjà alerté contre une « forme de pénurie silencieuse » en matière d’accès aux traitements innovants, alors que les laboratoires dénoncent des prix jugés insuffisants pour couvrir leurs investissements.
La concurrence asiatique et la fermeture des sites européens inquiètent
Le patron de Moderna a pointé du doigt la montée en puissance de la Chine dans le secteur pharmaceutique. « En 2025, une molécule sur trois prise en licence par les grands laboratoires européens ou américains venait de Chine », a-t-il indiqué. « Aujourd’hui, vous faites une étude clinique en Chine, ça prend la moitié du temps et la moitié du coût qu’en Europe ou aux États-Unis. » Cette compétitivité accrue menace directement les sites de production européens, déjà fragilisés.
Autre signal d’alerte : la fermeture de trois usines BioNTech en Allemagne d’ici fin 2027, où étaient produits des vaccins à ARN messager. Une décision qui illustre la difficulté de l’Europe à maintenir une industrie pharmaceutique compétitive, alors que le continent a pourtant été un leader pendant la crise du Covid-19. « Il n’y aura plus d’ARN messager sur le continent », a regretté Stéphane Bancel, soulignant que Moderna ne dispose plus que de sites aux États-Unis, au Canada, en Australie et en Angleterre.
Des résultats financiers en chute libre pour Moderna
La fragilité de l’industrie se reflète aussi dans les comptes de Moderna. Au premier trimestre 2026, son chiffre d’affaires a plongé de 35 % sur un an, à 118 millions d’euros. Dans le même temps, la perte nette s’est creusée à 532 millions d’euros, contre 416 millions un an plus tôt. Une dégradation liée à la baisse de la demande en vaccins anti-Covid, dont les ventes se sont effondrées après la fin de la pandémie. « La faible activité des vaccins anti-Covid a plombé nos résultats », a confirmé Stéphane Bancel.
Cette situation pousse l’industrie à chercher des relais de croissance, notamment dans les traitements contre le cancer ou les maladies chroniques. Pour autant, le PDG de Moderna estime que sans une revalorisation des prix en France et en Europe, l’attractivité du continent pour l’innovation médicale continuera de diminuer. « Les prix des médicaments sont trop bas », a-t-il martelé, appelant à un « investissement massif » dans la prévention.
Donald Trump et la pression américaine sur les prix
La question des prix des médicaments est un sujet récurrent dans les relations transatlantiques. Le président américain Donald Trump exerce une pression croissante sur les pays européens, et particulièrement la France, pour réduire la facture des traitements aux États-Unis. « Les États-Unis veulent importer des médicaments moins chers, ce qui met la pression sur les laboratoires européens », explique un observateur du secteur. Une dynamique qui pourrait aggraver les disparités d’accès aux innovations entre les deux rives de l’Atlantique.
Face à ce constat, Stéphane Bancel a insisté sur l’urgence d’agir. « Il y a un énorme terroir scientifique médical en Europe, mais sans un écosystème économique favorable, nous risquons de perdre cette avance », a-t-il souligné. Une mise en garde qui rejoint les craintes exprimées par d’autres acteurs du secteur, comme le Leem, qui craint une « pénurie silencieuse » si rien n’est fait pour rendre l’industrie plus attractive.
Interrogé sur les prochaines étapes, Stéphane Bancel a indiqué que Moderna continuerait à investir dans la recherche, mais que « sans un changement de paradigme sur les prix, l’Europe restera à la traîne ». Une position qui devrait alimenter le débat sur l’avenir de la santé publique en Europe, alors que les enjeux de prévention et d’accès aux soins n’ont jamais été aussi cruciaux.
Selon Stéphane Bancel, cette différence s’explique principalement par des prix des médicaments jugés « trop bas » en France, ce qui décourage les laboratoires d’y commercialiser leurs innovations. De plus, la régulation des prix y est souvent perçue comme plus contraignante qu’en Allemagne, où les laboratoires bénéficient d’un cadre plus incitatif.
Le risque principal est une « pénurie silencieuse » d’accès aux traitements innovants, comme l’a alerté le Leem. Les patients pourraient se voir privés de médicaments récemment approuvés en Europe, limitant leur accès aux dernières avancées thérapeutiques. Cela concernerait particulièrement les maladies chroniques ou rares, où les innovations sont les plus récentes.