Dans un entretien accordé au Wall Street Journal et publié dans la nuit du 10 au 11 mai 2026, le patron de Mercedes-Benz, Ola Källenius, a évoqué la possibilité pour le constructeur automobile allemand de se lancer dans le secteur de la défense. Selon BFM Business, cette déclaration s’inscrit dans un contexte de réarmement accéléré de l’Europe face à la menace russe, deux ans après l’invasion de l’Ukraine en février 2022. Le dirigeant n’a pas exclu que son groupe puisse jouer un rôle dans ce domaine, tout en précisant que cette activité resterait marginale par rapport à son cœur de métier historique.
Ce qu'il faut retenir
- Ola Källenius, PDG de Mercedes-Benz, n’exclut pas une diversification de son groupe dans l’armement, selon un entretien au Wall Street Journal publié début mai 2026.
- Le constructeur automobile justifie cette orientation par l’imprévisibilité croissante du contexte géopolitique, notamment en raison de la guerre en Ukraine et de la montée des tensions avec la Russie.
- Mercedes-Benz collabore déjà avec des partenaires pour fournir des châssis adaptés à des applications militaires, une activité qualifiée de « stratégique » par une porte-parole du groupe.
- Le groupe allemand évoque un marché potentiel « en pleine croissance », mais insiste sur le fait que cette diversification ne représentera qu’une part mineure de son activité.
- Cette annonce intervient alors que Volkswagen a déjà entamé des discussions avec des entreprises d’armement, comme Rafael Advanced Defence Systems, pour reconvertir une de ses usines en Allemagne.
Ola Källenius a rappelé que l’Europe devait « renforcer son profil en matière de défense » dans un monde devenu plus instable. « Si nous sommes en mesure de jouer un rôle positif dans ce domaine, nous serions prêts à le faire », a-t-il déclaré au Wall Street Journal. Cette prise de position marque un tournant pour un constructeur traditionnellement associé à l’industrie automobile, alors que les géants allemands de la défense, comme Rheinmetall, profitent déjà de cette dynamique de réarmement.
Face à la montée des droits de douane et à la concurrence accrue des constructeurs chinois, l’industrie automobile allemande traverse une crise majeure. Dans ce contexte, une diversification vers des secteurs porteurs comme la défense pourrait offrir une bouffée d’oxygène à des groupes comme Mercedes-Benz ou Volkswagen, en quête de nouveaux relais de croissance. D’après BFM Business, ces initiatives s’inscrivent dans une stratégie plus large de reconversion industrielle, soutenue par les pouvoirs publics allemands.
Un contexte géopolitique qui pousse à l’action
L’annonce de Mercedes-Benz intervient à un moment où l’Allemagne, sous l’impulsion de son gouvernement, accélère son réarmement face à la menace russe. Depuis 2022, Berlin a considérablement augmenté ses dépenses militaires, avec un budget de la défense passant de 1,5 % du PIB en 2022 à 2,5 % en 2026, selon les estimations du ministère allemand de la Défense. Cette politique s’accompagne d’une modernisation des équipements et d’un soutien accru à l’industrie nationale, notamment à des groupes comme Rheinmetall, spécialisé dans les blindés et les systèmes d’artillerie.
Les tensions persistantes en Europe de l’Est, couplées à l’incertitude autour des politiques de sécurité américaines, ont poussé les dirigeants européens à revoir leur stratégie de défense. « Le monde est devenu plus imprévisible », a souligné Ola Källenius, un constat partagé par de nombreux industriels allemands. Dans ce cadre, une diversification vers l’armement pourrait permettre à Mercedes-Benz de diversifier ses activités tout en répondant aux attentes des autorités.
Cette orientation ne se limite pas à Mercedes-Benz. Début 2026, Oliver Blume, PDG de Volkswagen, avait déjà évoqué des discussions avec des entreprises spécialisées dans la défense antimissile, comme l’israélienne Rafael Advanced Defence Systems. Selon le Financial Times, des pourparlers sont en cours pour reconvertir une usine allemande de Volkswagen en unité de production d’équipements militaires, notamment des systèmes de transport pour les forces armées.
Des activités militaires déjà existantes, mais discrètes
Interrogée par l’AFP, une porte-parole de Mercedes-Benz a tenu à rappeler que le groupe n’en était pas à ses débuts dans le secteur de la défense. « Nous fournissons depuis de nombreuses années des châssis à des entreprises spécialisées qui les équipent et les commercialisent sous leur propre responsabilité et sous leur propre marque pour des applications militaires », a-t-elle indiqué. Cette collaboration, bien que limitée, montre que le constructeur dispose déjà d’une expertise technique exploitable dans ce domaine.
La porte-parole a ajouté que les activités liées à la sécurité et à la défense constituaient un « axe de développement stratégique » pour Mercedes-Benz. « Nous continuerons à les développer activement, en collaboration avec nos partenaires », a-t-elle confirmé. Pour l’instant, le groupe n’a pas précisé quels types de produits pourraient être fabriqués, mais il évoque un créneau « en pleine croissance », susceptible de contribuer aux résultats du groupe sans pour autant devenir un pilier de son activité.
Cette discrétion s’explique en partie par la sensibilité du sujet. Alors que l’opinion publique allemande reste majoritairement opposée à une militarisation accrue, les dirigeants doivent naviguer entre les impératifs économiques et les réticences sociétales. Mercedes-Benz, marque emblématique du luxe et de la technologie allemande, pourrait ainsi être perçue comme un acteur inattendu dans un secteur traditionnellement dominé par des groupes comme Rheinmetall ou Krauss-Maffei Wegmann.
Une diversification risquée, mais potentiellement rentable
Si Mercedes-Benz mise sur ce créneau, c’est aussi parce que le marché de la défense en Europe est en plein essor. Selon les analystes du secteur, les commandes militaires en Allemagne ont augmenté de 40 % entre 2022 et 2025, portées par les besoins en équipements modernes pour les forces armées. Cette tendance devrait se poursuivre, avec des budgets européens de défense atteignant 350 milliards d’euros d’ici 2028, selon les projections de l’Agence européenne de défense.
Pour un constructeur comme Mercedes-Benz, une entrée sur ce marché pourrait se traduire par des contrats juteux, notamment pour la fourniture de véhicules blindés ou de systèmes logistiques. Cependant, le groupe devra composer avec une concurrence féroce et des exigences réglementaires strictes. Les normes en matière d’exportation d’armes, notamment vers des pays tiers, pourraient aussi limiter ses ambitions.
D’après BFM Business, les dirigeants de Mercedes-Benz tablent sur une activité militaire représentant moins de 5 % du chiffre d’affaires global du groupe. Un niveau modeste, mais qui pourrait nonetheless améliorer la rentabilité dans un secteur automobile en pleine mutation. « Ces activités pourraient être un créneau en pleine croissance susceptible de contribuer également aux résultats commerciaux », a précisé Ola Källenius.
En attendant, les dirigeants de Mercedes-Benz devront aussi justifier cette orientation auprès de leurs partenaires sociaux, dans un contexte où les syndicats allemands sont traditionnellement méfiants envers une militarisation de l’économie. Les prochaines négociations internes pourraient ainsi s’avérer tendues, alors que le groupe cherche à concilier innovation industrielle et responsabilité sociétale.
Cette annonce marque un tournant pour l’industrie automobile allemande, longtemps réticente à s’engager dans le secteur de la défense. Si elle aboutit, elle pourrait inspirer d’autres constructeurs à explorer des voies similaires, dans un marché en pleine mutation où les frontières entre civil et militaire s’estompent progressivement.
Selon le PDG Ola Källenius, cité par BFM Business, le groupe souhaite répondre à l’imprévisibilité croissante du contexte géopolitique, notamment en raison de la guerre en Ukraine et des tensions avec la Russie. Mercedes-Benz voit dans la défense un secteur « en pleine croissance » et une opportunité pour diversifier ses activités, alors que son cœur de métier, l’automobile, traverse une crise face à la concurrence chinoise et aux droits de douane.
Le groupe n’a pas encore précisé les produits concernés. D’après ses déclarations, Mercedes-Benz fournirait principalement des châssis adaptés à des applications militaires, en collaboration avec des partenaires spécialisés. Ces équipements pourraient inclure des véhicules blindés ou des systèmes logistiques, mais aucune annonce officielle n’a été faite à ce stade.