Le réalisateur israélien Nadav Lapid a annoncé son retrait du jury du 37e Festival du film de Marseille, prévu en juillet 2026, après des appels au boycott lancés par des militants pro-palestiniens. Ces derniers lui reprochent le financement partiel de son dernier long-métrage, « Oui », par des fonds publics israéliens, comme le rapporte Euronews FR.
Ce qu'il faut retenir
- Nadav Lapid devait initialement siéger au jury du Festival de Marseille, avant de renoncer en raison d’un boycott lié à son film « Oui »
- Le financement du film par des fonds publics israéliens a suscité une vive polémique
- « Oui » est un film satirique mêlant comédie musicale et drame, critiquant la société israélienne après les événements du 7 octobre 2023
- Plus de 350 cinéastes, dont Natalie Portman et Jacques Audiard, ont signé une lettre en soutien à Lapid, dénonçant une démarche « absurde »
- Le film a déjà été projeté aux États-Unis et en France, mais certains distributeurs hésitent à le sortir en raison de son contenu politique
Selon Euronews FR, l’annonce de Lapid intervient après une campagne de boycott lancée par des participants du festival et des militants pro-palestiniens. Ces derniers estiment que le financement public du film, partiellement couvert par des fonds israéliens, en fait un outil de propagande pour l’État israélien. Le cinéaste, qui vit en France depuis cinq ans, est connu pour ses prises de position critiques envers la politique israélienne et le Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Sorti en 2025 à la Quinzaine des cinéastes du Festival de Cannes, « Oui » explore la société israélienne à travers l’histoire d’un musicien de jazz et de sa femme danseuse, vivant à Tel-Aviv tandis que Gaza est « totalement rasée ». Le film alterne entre satire, comédie musicale et drame, dépeignant avec ironie la décadence morale et l’indifférence des Israéliens face au sort des Palestiniens. Une première mondiale qui a marqué les esprits, même si sa sortie en salles reste limitée en raison de sa charge politique.
Un film qui divise, mais soutenu par une partie du milieu artistique
Depuis sa sortie, « Oui » a suscité des réactions contrastées. D’un côté, certains y voient une œuvre audacieuse, saluant son courage et sa critique sans concession de la société israélienne. De l’autre, des voix s’élèvent pour dénoncer un film « partial » ou « excessif ». Le ministre israélien de la Culture a même produit une vidéo pour accuser Lapid de nuire à l’image de l’armée israélienne, promettant que plus aucun fonds public ne lui serait accordé. Une réaction qui, selon le réalisateur, ne fait que confirmer l’importance de son travail.
Face à cette polémique, un groupe de 350 cinéastes internationaux, dont Natalie Portman, Justine Triet et Jacques Audiard, a signé une lettre ouverte pour soutenir Lapid. Ils y qualifient le boycott de « démarche absurde » et rappellent que « les cinéastes russes, israéliens et iraniens ne doivent pas être menacés d’effacement comme forme d’expiation pour des crimes commis par des gouvernements dont ils sont souvent les plus fervents critiques ». Une prise de position qui souligne l’absurdité, selon eux, de cette logique de punition collective.
Un film « sous stéroïdes » et une critique de l’art face au pouvoir
Lors d’un entretien accordé à Euronews FR à Chypre en juin 2026, Lapid a expliqué que son film refusait toute catégorisation simple. « Pour moi, « Oui » est un film qui refuse toute forme de catégorisation, toute classification simple. Sous cet angle, je dirais que c’est un film de fiction « sous stéroïdes ». Il ressemble à la vie, qui, elle aussi, refuse d’entrer dans des cases », a-t-il déclaré. Le réalisateur y mêle en effet plusieurs genres : histoire d’amour, film politique, comédie musicale et drame, tout en interrogeant le rôle de l’art face à la politique.
Dans le film, les protagonistes, un musicien et une danseuse, tentent de mener une vie « normale » malgré les atrocités commises à Gaza. Une contradiction que Lapid explore en profondeur : peut-on vivre heureux en sachant que des crimes de masse sont perpétrés à quelques kilomètres de chez soi ? « Plus le film avance, plus l’histoire d’amour recule devant le film d’horreur politique. Et la réponse à cette question est, en quelque sorte, « non » : elles ne peuvent pas coexister », a-t-il expliqué. Une réflexion qui résume l’ambition de son œuvre : confronter le spectateur à sa propre responsabilité morale.
Une distribution difficile et un exil artistique
La sortie de « Oui » a également été marquée par des difficultés à trouver des distributeurs. Selon Lapid, « nous vivons à l’ère de la peur ». Les institutions cinématographiques, plus que les spectateurs ou les critiques, ont souvent hésité à soutenir le film en raison de son contenu politique. « J’ai découvert que, plus on a de pouvoir, plus on devient craintif », a-t-il souligné. Pourtant, malgré ces obstacles, « Oui » a été acheté par plusieurs distributeurs à travers le monde, même si certains craignent de le sortir dans leurs pays respectifs.
Cinq ans après avoir quitté Israël pour s’installer à Paris, Lapid vit désormais une forme d’exil artistique. « Être Israélien aujourd’hui est presque impossible », a-t-il confié. « Tout mon parcours de cinéaste est une danse de haine et d’intimité avec mon pays. Je ne suis pas Che Guevara, mais j’ai payé le prix et pris des risques pour défendre mes positions ». Un constat qui illustre la complexité de sa relation avec Israël, entre attachement et rejet.
Le Festival de Marseille, quant à lui, devra désormais composer avec l’absence de Lapid dans son jury. Une décision qui pourrait influencer les prochaines éditions, alors que la question des boycotts culturels et des financements publics continue de diviser le monde du cinéma.
Le cinéaste a renoncé à sa participation après un appel au boycott lancé par des militants pro-palestiniens, qui lui reprochent le financement partiel de son film « Oui » par des fonds publics israéliens. Selon lui, cette démarche vise à sanctionner les artistes pour les actions de leur gouvernement, ce qu’il juge « absurde » et contre-productif.
Le film suit un musicien de jazz et sa femme danseuse, vivant à Tel-Aviv, tandis que Gaza est « totalement rasée ». À travers une satire mêlant comédie musicale et drame, Nadav Lapid explore l’indifférence morale de la société israélienne face aux crimes commis à Gaza, tout en interrogeant la possibilité de mener une vie « normale » dans un tel contexte.